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16 mai 2008

L'Atelier de Wrath N°3: Comment écrire des dialogues?

Writer2 Quand j'ai commencé à écrire, les dialogues me posaient pas mal de problèmes. J'avais un peu l'impression de rédiger une rédaction de collégien:

"Je ne suis pas d'accord avec toi", dit Prune.

"Tu n'as pas le choix", répondit sa soeur.

1) Ecrire "comme on parle"

La grande erreur du débutant, c'est de rédiger les dialogues comme le reste de la narration: avec des phrases bien ordonnées (sujet-verbe-complément), une construction gramaticale correcte, etc...

Or quand on parle, on saute certains mots (le "ne" de la négation), on déforme les syllabes ("chais pas" au lieu de "je ne sais pas"), on se répète, on hésite...

Bref, pour écrire des dialogues qui sonnent vrais, il faut écouter ses personnages parler: ont-il un accent particulier? des tics de langage? sont-ils gênés, intimidés, d'où les hésitations et les phrases pas claires?

Avec de l'entrainement, vous verrez que chacun de vos personnages se met à développer une voix autonome:

"Franchement, non, je suis pas sûre... Enfin, toi, c'est toi, et moi c'est moi", dit Prune en regardant ses ongles. Le bord formait une sorte de dentelle sanglante.

"Tu crois vraiment que t'as le choix? A ta place, ça ferait longtemps que je me serais bougée les fesses!"

2) Réfléchir au point de vue.

A moins que votre narrateur connaisse tout sur les personnages (point de vue omniscient), il faut réfléchir à qui entend le dialogue. Le plus facile est d'observer la scène à travers les yeux d'un personnage.

Un bon dialogue pourra alors lu de plusieurs façon: le personnage a-t-il bien interprété ce qu'il a vu ou entendu? Dans le cas contraire, vous avez affaire à un narrateur peu digne de confiance (unreliable narrator), ce qui laisse une marge d'interprétation au lecteur.

3) La question des "dit que" et "répond que"

Trop de "dit machinchose" et "répond trucmuche" alourdit le récit. Mais trop peu le rend incompréhensible. Il faut trouver un juste milieu...

En général, je supprime pas mal de "dit" et "répond" quand je corrige mon premier jet. Mais là, je suppose qu'il n'y a pas UNE méthode!

Allez, je vous laisse avec des devoirs. Relisez le début de Plateforme de Houellebecq (chapitre 2, la scène où le narrateur se fait interroger par un gendarme). C'est un bon exemple de dialogue, plein de sous-entendus et d'hésitations.

Mais les meilleurs dialoguistes restent à mon sens les Anglo-Saxons. Tom Wolfe est un maître en la matière, de même que Bret Easton Ellis. L'influence du screenwriting, probablement...

(Pour lire les autres posts de "L'Atelier de Wrath", c'est ICI)

Festival du premier roman, Chambéry

Affiche_festival_2008 Le festival du premier roman se tient à Chambéry jusqu'au 18 mai. Le programme m'a l'air plutôt alléchant, avec ses échanges européens et sa volonté d'impliquer les lecteurs.

Ce qui me plaît moins, c'est la sur-représentation d'auteurs "100% milieu parisien". On se demande pourquoi les organisateurs ont sélectionné Jeanne Labrune (réalisatrice de 58 ans, publiée chez Grasset) ou Alexandra Julhiet (dont le roman "Rockstar" a eu droit à 3 pages de pub dans Livres-hebdo).

Puisqu'il s'agit d'un festival du premier roman, pourquoi ne pas donner une chance à des auteurs vraiment inconnus? Il est grand temps que les festivals et autres prix littéraires se tournent vers une littérature nouvelle. A bas le milieu incestueux de Saint-Germain-des-prés, place à la nouvelle génération !

15 mai 2008

Volte-face des éditions Volpilière

Launderedmoney Souvenez-vous de l'arnaque des concours de nouvelles à 20 €. Eh bien, figurez-vous qu'Elisabeth Robert et les éditions Volpilière ont fait volte-face: les droits d'inscription sont maintenant fixés à 10 €. Ce qui montre que la voix des wannabes est entendue!

Quelques questions cependant:

_Qu'en est-il des apprentis-écrivains qui ont déjà envoyé 20 € ? Rien n'est précisé sur le site des éditions Volpilière. Un effort de transparence ne serait pas de trop...

_D'après le règlement: "Les auteurs publiés toucheront 3% de droits d'auteur sur le prix HT de vente de l'ouvrage. Un contrat à compte d'éditeur sera établi."

Or les auteurs obtiennent généralement 10% de droit d'auteur (voir ICI). Je suppose que les participants aux concours de nouvelles n'en attendent pas gloire et argent. N'empêche, 3%, c'est vraiment maigre...

14 mai 2008

Jodi Picoult et les romans de gare

Joditulips En France, on lit de la littérature "sérieuse" et on crache sur les "romans de gare". Eh bien, figurez-vous qu'aux Etats-Unis, c'est la même chose. Les auteurs de commercial fiction sont regardés de haut (ce qui plutôt étonnant dans un pays où le succès se mesure au salaire...)

Ainsi Jodi Picoult, auteure du bestseller "My sister's keeper", a fait les frais de ce snobisme littéraire:

"Early on I had to choose whether to go towards literary or commercial fiction. Literary fiction gets you the accolades and awards but no marketing budget, a small print run, and no one can find your books in a bookstore. Commercial fiction has marketing, advertising, larger print runs, and you are reaching people which, ultimately, was what I wanted to do. If I happened to slip them a well-written book at the same time then, so be it." (The Independent, 11/05)

Bien sûr, Jodi Picoult, qui est diplômée de Princeton et d'Harvard, aurait pu écrire des romans sérieux (literary fiction). Mais en choisissant la fiction commerciale, elle a réalisé son but: conquérir un large public, trouver une audience.

Et finalement, j'ai toujours eu le même objectif.

La reconnaissance du milieu littéraire, les prix, les sourires, les soirées, tout cela ne m'intéresse pas. Au fond, j'ai l'idée qu'un écrivain n'est rien sans son public. Reste à savoir comment conquérir une audience, quand l'accès à la publication est réservé aux happy few...

10 mai 2008

Lire un roman entier en anglais

Avant de m'installer à Londres, je crois n'avoir jamais lu de roman complet en anglais. Ah si, ça me revient: à Sciences-Po, j'avais dû me taper un "detective novel" de Raymond Chandler.

L'envie de découvrir la littérature anglophone ne m'est venue que plus tard, une fois avoir acquis le vocabulaire familier et argotique (ce qu'on ne vous apprend pas quand vous faites vos études en France...)

Donc si la fiction anglo-saxonne vous tente, que vous avez un bon niveau d'anglais sans être bilingue pour autant, voilà ce que je conseille:

Commencez par un best-seller de qualité. Vocabulaire facile à comprendre et structure des phrases plutôt basique: vous devriez vous en sortir !

Par exemple, "In the dark" de Deborah Moggach. L'intrigue se situe durant la Première Guerre mondiale: Eithne Clay, qui tient une pension décrépite, apprend la mort de son mari au front. Sa situation matérielle s'empire, jusqu'à ce que le boucher du quartier, Neville Turk, s'intéresse à son sort...

Je l'ai lu dans le cadre de mon "défi Orange Prize". En temps normal, j'hésiterais à ouvrir ce genre de roman. Mais "In the dark" s'est avéré une divine surprise...

09 mai 2008

Les nègres, des écrivains comme les autres?

Au moment de la sortie des Bienveillantes, tout le milieu ne parlait que des "agents littéraires". Maintenant, la mode est au nègre (ou "ghoswriter", terme plus politiquement correct).

La sortie de"Roman nègre" (Dan Frank) aux éditions Grasset, a entraîné une grande curiosité: article du Figaro, et post de la Lettrine, notamment.

Dan Frank a notamment été nègre pour Zidane (désigné par Z dans le roman). Je vous conseille d'écouter son interview ICI.

Ce qui est marrant, c'est que Dan Frank se considère comme un romancier, un vrai. Par exemple, la découverte du milieu du football l'a complètement fasciné. D'où l'idée de parler du foot dans un roman signé de son nom.

Comme quoi, être nègre peut être un bon plan pour faire des recherches, accumuler de la documentation. Bref, rentrer au coeur de son sujet...

08 mai 2008

L'Atelier de Wrath: Recherches, documentation, intrigue

Clouds_and_sky_at_the_bnf_koalie La semaine dernière, j'ai parlé de la construction de personnages. Mais un roman ou une nouvelle ne peuvent pas tenir uniquement sur des personnages, même bien construits.

Vous n'êtes pas là pour confesser vos petites misères, mais pour donner envie au lecteur de tourner les pages. Et l'intrigue est le seul moyen d'animer votre récit.

Revenons rapidement sur les personnages. Un bon personnage aura certes des traits de personnalité communs avec vous, ce qui assure un "effet de réel". Mais ne vous contentez pas de la facilité: pour enrichir vos personnages, et donc votre intrigue, faites des recherches.

Documentation, recherches et réalisme

Il faut imaginer que vous êtes un professionnel de l'écriture: est-ce qu'un chercheur écrirait un papier sans avoir lu un maximum sur son sujet? Est-ce qu'un journaliste pondrait un article sans s'être déplacé sur le terrain, et avoir conduit quelques interviews ?

En tant qu'écrivain, vous devez être le plus exact possible. Et pour atteindre un niveau satisfaisant de réalisme, il faut vous documenter sur votre sujet, vous déplacer, rencontrer quelques personnes qui pourront vous renseigner.

Si un de vos amis est avocat, pourquoi ne pas demander à visiter son cabinet? Emportez un petit carnet, et prenez un maximum de notes: décoration aux murs, emplacement des bureaux, vêtements de la secrétaire,...

Pour mon second roman, j'ai rencontré la responsable de l'association Huntington à Londres. Elle m'a donné de la documentation et a gentiment répondu à mes questions.

Rythme de travail

Mais attention à ne pas vous laisser piéger dans des recherches qui n'en finissent pas. Fixez-vous dès le départ une date limite.

Et ensuite, reprenez l'écriture, en essayant d'être le plus régulier possible. Personnellement, j'essaie d'écrire 1h (quand j'ai travaillé la journée), ou 3-4h par jour (dans le cas contraire). Et quand je vois que ça n'avance pas, je me fixe un nombre minimum de 1 000 mots.

Un écrivain, ce n'est pas quelqu'un qui attend l'inspiration, c'est quelqu'un qui écrit. Et si vous êtes parfois découragé, dites-vous que l'essentiel est d'essayer (dixit le grand Houellebecq...)

Source de l'image: Koalie, Flickr

07 mai 2008

Concours de nouvelles: chers et trop provinciaux

Burne_jones Le problème des concours de nouvelles, c'est que la plupart sont organisés par les pouvoirs publics dans un cadre régional. Et au risque de paraître méprisante pour la province, je me vois mal envoyer mes nouvelles au Musée français de la Brasserie ou à  la Médiathèque municipale de Tonnay-Charente...

D'autre part, je ne vois pas pourquoi les wannabes devraient payer des frais de participation. A la limite, une petite contribution de 5 ou 6 € peut paraître raisonnable. Mais que les organisateurs demandent 20 €  (voir ICI et LA), ça ressemble fort à de l'arnaque. Voilà un moyen commode pour les petites maisons peu scrupuleuses de remplir leur caisse.

Reste à savoir comment améliorer les choses. A mon avis, seul un concours 100% internet permet de réunir gratuité et ouverture. Pas de "les participants devront habiter à Chaugey-sur-Saône depuis 3 générations" mais plutôt "everyone's welcome"...

05 mai 2008

Adieu Ken le rouge, bienvenue à Bonnet Jaune...

Borisking2 Boris Johnson, dit "Boris Bonnet Jaune" à cause de sa coupe de cheveux, a fait passer la mairie de Londres dans le camp des Tories (= parti conservateur).

C'est donc avec un petit pincement au coeur que je vois partir Ken Livingstone, surnommé "Ken le rouge" pour ses positions gauchistes radicales.

Mayor Ken a dirigé Londres pendant 8 ans et nous avait habitués au pire comme au meilleur. Le pire avec ses prises de positions en faveur de l'islam radical, et du régime d'Hugo Chavez. Le meilleur, avec l'amélioration du système de transport (augmentation des bus, introduction d'une carte unique de transport...)

Mais surtout, Ken Livingstone avait su comprendre l'essence de Londres: une ville multi-culturelle, globale, capable d'attirer les étrangers les plus qualifiés.

En comparaison de Ken, Boris "Bonnet Jaune" fait pâle figure. Il a pourtant fait un triomphe dans les banlieues de Londres, en promettant de supprimer la taxe de £25 contre les 4x4 et autres véhicules polluants.

Boris a également promis de lutter contre la criminalité des teenagers: 15 ados ont été tués à Londres depuis le début de l'année...

Et dans son discours d'investiture, "Bonnet Jaune" a reconnu que Londres ne serait jamais une ville de conservateurs. Voilà un point sur lequel je suis d'accord: contrairement à ce que croient les Français, la capitale britannique n'est pas le haut-lieu du capitalisme sauvage, mais plutôt un paradis pour bobos. Ou du moins, ça l'était sous le règne de "Ken le rouge"...

Source de l'image: The Londonist

03 mai 2008

"Sorry" de Gail Jones, ou la culpabilité d'être Blanc

Dans la série "il n'y a pas que les Français qui écrivent des bouses", je suis malheureusement forcée de parler de "Sorry": s'il n'avait pas été sélectionné pour le Orange Prize, je n'aurais jamais lu ce roman (et j'aurais bien fait!)

L'auteure de "Sorry", Gail Jones, est un pur produit de la gauche australienne, rousseauiste et infestée par le "white guilt" (le "sanglot de l'homme blanc", comme dirait Pascal Bruckner).

"Sorry" parle donc des gentils Aborigènes, proches de la nature (ils mangent des lézards) et des méchants Blancs.

Tout commence dans les années 1930 avec le départ de Nicholas Keene, un anthropologue anglais, pour l'Australie. Sa femme Stella y donne naissance à une petite fille, Perdita.

Seulement voilà: Stella ne s'adapte pas à ce nouveau pays, si différent de l'Angleterre. Quant à Perdita, elle est élevée par des servantes aborigènes. Son père étudie les moeurs des "sauvages" la journée, et viole les servantes noires la nuit.

Perdita, elle, passe son temps avec les Aborigènes qui sont les seuls à lui apporter un peu  d'affection. Elle se contente de son sort, jusqu'à ce qu'elle découvre son père assassiné...

Bon, tentons de faire une critique balancée et juste. "Sorry" n'est pas vraiment une bouse made in France: le roman parle de quelque chose, et non des délires narcissiques et autofictionnels. Mais la dichotomie "gentils Noirs/ méchants Blancs" a fini par me taper sur le système.

Tout cela doit bien sûr être lu dans le contexte du "Sorry day" australien, le jour de repentance pour les crimes commis contre les Aborigènes (notamment l'enlèvement d'enfants à leur famille: ceux qu'on a appelés la Stolen generation). En février dernier, le nouveau premier ministre australien, Kevin Rudd, a d'ailleurs fait un discours officiel d'excuses.

Cette culture de la repentance m'exaspère: en quoi les Australiens blancs de ma génération, nés dans les années 80, devraient-ils se sentir coupables et s'excuser? En quoi sont-ils responsables des crimes commis contre la Stolen Generation? En fait, le mot "sorry" ne cache qu'une chose: la culpabilité d'être Blanc. Une sorte de racisme inversé, en somme...

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