Quand j'ai commencé à écrire, les dialogues me posaient pas mal de problèmes. J'avais un peu l'impression de rédiger une rédaction de collégien:
"Je ne suis pas d'accord avec toi", dit Prune.
"Tu n'as pas le choix", répondit sa soeur.
1) Ecrire "comme on parle"
La grande erreur du débutant, c'est de rédiger les dialogues comme le reste de la narration: avec des phrases bien ordonnées (sujet-verbe-complément), une construction gramaticale correcte, etc...
Or quand on parle, on saute certains mots (le "ne" de la négation), on déforme les syllabes ("chais pas" au lieu de "je ne sais pas"), on se répète, on hésite...
Bref, pour écrire des dialogues qui sonnent vrais, il faut écouter ses personnages parler: ont-il un accent particulier? des tics de langage? sont-ils gênés, intimidés, d'où les hésitations et les phrases pas claires?
Avec de l'entrainement, vous verrez que chacun de vos personnages se met à développer une voix autonome:
"Franchement, non, je suis pas sûre... Enfin, toi, c'est toi, et moi c'est moi", dit Prune en regardant ses ongles. Le bord formait une sorte de dentelle sanglante.
"Tu crois vraiment que t'as le choix? A ta place, ça ferait longtemps que je me serais bougée les fesses!"
2) Réfléchir au point de vue.
A moins que votre narrateur connaisse tout sur les personnages (point de vue omniscient), il faut réfléchir à qui entend le dialogue. Le plus facile est d'observer la scène à travers les yeux d'un personnage.
Un bon dialogue pourra alors lu de plusieurs façon: le personnage a-t-il bien interprété ce qu'il a vu ou entendu? Dans le cas contraire, vous avez affaire à un narrateur peu digne de confiance (unreliable narrator), ce qui laisse une marge d'interprétation au lecteur.
3) La question des "dit que" et "répond que"
Trop de "dit machinchose" et "répond trucmuche" alourdit le récit. Mais trop peu le rend incompréhensible. Il faut trouver un juste milieu...
En général, je supprime pas mal de "dit" et "répond" quand je corrige mon premier jet. Mais là, je suppose qu'il n'y a pas UNE méthode!
Allez, je vous laisse avec des devoirs. Relisez le début de Plateforme
de Houellebecq (chapitre 2, la scène où le narrateur se fait interroger par un gendarme). C'est un bon exemple de dialogue, plein de sous-entendus et d'hésitations.
Mais les meilleurs dialoguistes restent à mon sens les Anglo-Saxons. Tom Wolfe est un maître en la matière, de même que Bret Easton Ellis. L'influence du screenwriting, probablement...
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