Dans le genre “je me suis bien fait avoir par le milieu de l’édition”, Patrick Bénard gagne la palme d’or. Lisez l’entretien qu’a mené Dahlia pour Discordance.fr, c’est absolument sidérant.
Qui est Patrick Bénard? Il se définit lui-même comme “un vieux crétin provincial ignorant des pratiques littéraires parisiano-parisianistes”. Il se trouve qu’il a écrit un livre avec un thème ‘rock’, très à la mode à un moment (pensez à Pierre Mikaïloff, Thomas Clément, et au retour en force de Patrick Eudeline…) Dans un contexte favorable, il gagne le concours de manuscrits Technikart. Mais au lieu d’assurer son succès, Technikart ne lui a apporté que des ennuis:
“De fil en aiguille, après avoir envoyé mon manuscrit muni du titre de « Lauréat concours de manuscrits Technikart » et appuyé par la revue, chez quelques éditeurs importants (Fayard, Denoël, Flammarion, Naïve) qui l’ont refusé (Fayard et Naïve) ou n’ont même pas daigné répondre (Denoël, Flammarion), la revue décide de le publier en supplément du numéro double été 2007.”
En échange de cette publication dans le supplément d’été, il doit renoncer à ses droits d’auteur. Il fait l’erreur d’accepter, et la publication se fait dans l’indifférence la plus totale:
“Il n’y a eu aucun retour critique, aucun retour presse et il a fallu que je fouine sur Internet pour trouver trois ou quatre blogs qui en parlent.”
Après ça, Patrick Bénard s’est trouvé “grillé” auprès d’autres maisons: son livre ayant déjà “eu une vie”, il n’intéresse plus personne.
“Vient donc la période du regret, car ce fut finalement beaucoup d’énergie, d’inquiétude, de bonne volonté qui ont été réduites à néant, car pendant ce temps je n’ai guère écrit, frustré et déçu. Il m’a fallu un long moment pour m’en remettre et cela a même causé beaucoup de dégâts, dans ma famille directement, dans mes convictions. Au-delà d’autres faits plus personnels qui se sont produits en même temps – tu connais sans doute la fameuse « loi des séries de l’emmerdement maximum » -, j’ai plongé. J’ai même coulé. J’ai failli arrêter, ce qui n’aurait ennuyé personne à part moi. Mais peut-être que, finalement, je suis plus égocentrique que je ne le crois et je suis reparti au charbon.”
Finalement, le livre sortira en publication à la demande, chez The Book Edition.com. Patrick Bénard espère que ça donnera une deuxième vie à son livre (ce qui me semble un peu optimiste…)
Ce genre de mésaventure a au moins le mérite d’éclairer les pratiques malsaines du milieu de l’édition. Règle n°1: n’abandonnez jamais vos droits d’auteur. Vous ne devez pas céder votre travail gratuitement. Règle n°2 (et la plus importante): ne faites confiance à personne dans ce milieu de requins. J’ai passé un an à attendre la publication que Gilles Cohen Solal m’avait promise. Comme Patrick Bénard, j’ai perdu beaucoup d’énergie et de bonne volonté. Mieux vaut ne rien attendre des éditeurs et autres parasites du milieu de l’édition.
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