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22 juillet 2007

"Je sais que je ne suis pas seul", Alexis Brocas

Contrairement à ce que certains pensent, je ne prends aucun plaisir à casser un bouquin. Encore moins à faire une critique mi-figue, mi-raisin.

Mais là, franchement, je n'ai pas le choix. Alexis Brocas m'a envoyé son roman "Je sais que je ne suis pas seul". Je l'ai lu il y a plus d'un mois. Et il est temps que je me résigne à faire cette critique...

Pourquoi je n'ai pas envie de dire du mal de ce livre:

1) Parce qu'Alexis Brocas écrit dans une collection pour ados/ jeunes adultes ("Exprim'", collection dirigée par Tibo Berard aux éditions Sarbacane) Et c'est une bonne idée de ne pas délaisser un public jeune, plus intéressé par Myspace que par les lectures...

2) Parce qu'Alexis Brocas est un fan de Bret Easton Ellis comme moi.

Ainsi, Romain, le narrateur de 17 ans, imagine des histoires pour rendre sa vie plus supportable. L'une d'entre elle met en scène une rock star en fin de carrière, qui mène une vie destructrice et absurde.

Ceux qui ont lu "Zombies" ("The informers") de Ellis ne pourront s'empêcher de penser à une des nouvelles de ce recueil, "A la découverte du Japon". Même thème de la rock star déclinante, même absence d'espoir...

3) Enfin, je n'ai pas envie de dire du mal de "Je sais que je ne suis pas seul" parce qu'Alexis Brocas s'est donné du mal pour le faire publier. Le récit de ses mésaventures est ici: Téléchargement alexis_brocas_temoignage_edition.doc .

Mais voilà, je ne suis tout de même pas convaincue par ce bouquin:

1) Certaines histoires imaginées par Romain sont totalement illisibles. Exemple: "Le cachalot", qui parle d'une fille obèse qui en fait est une baleine (enfin, un cachalot). Pas passionnant...

2) Le côté "je me défonce à la coke parce que je déteste mes parents", ça va pour Clay de "Moins que zéro". En version ado français, ça passe beaucoup moins bien...

3) De façon générale, la souffrance de Romain reste très théorique. Il ne suffit pas de dire qu'un personnage souffre, encore faut-il le faire sentir au lecteur.

Dommage, donc. J'attendais mieux de ce livre. Mais bon, je suis peut-être trop vieille pour lire des bouquins destinés aux ados...

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Commentaires

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Hello Wrath,

Le livre ne t’a pas convaincue, tant pis. Je ne crois pas avoir perdu quoi que ce soit en te le soumettant : un peu de controverse ne me fait pas peur et je préfère une critique négative au silence. A dire vrai, je m’étonnais de ne pas en avoir encore reçue. Lorsqu’on s’aventure du côté de la litt. fantastique, on s’expose à des réactions tranchées, selon que le lecteur adhère ou pas aux aspects extraordinaires de l’histoire (cf ta réaction sur le cachalot). D’autres chroniqueurs ont marché, (T Hakem à France Culture ou encore ici : http://litterature.citegay.com/DOSSIERS/LITTERATURE/00/248930/liste.htm) pas toi.

Sur la référence à Bret Easton Ellis et le côté stéréotypé du narrateur : j’assume puisque à mon sens, ces clichés Ellisiens sont devenus réalité. De ce que j’ai pu observer, Garches, Saint-Cloud ou Ville d’Avray comptent beaucoup d’ados vides et défoncés à la Clay dans « Moins que zéro », avec famille assortie. Il y a d’ailleurs quelque chose de fascinant – et de presque borgésien- à voir ces banlieues parisiennes hier benoîtement cathos se conformer à une fiction californienne écrite voilà 20 ans.
Je suppose que le même phénomène se déroule dans toutes les banlieues privilégiées du monde et qu’on peut l’expliquer schématiquement ainsi : la religion reflue, la morale qu’elle appuyait s’estompe et seules demeurent les valeurs inspirées par l’argent. Les ados qui grandissent dans ces banlieues -dont la culture est souvent absente – sont donc pleinement prédisposés à devenir des petits Clay pleins de dope et déjà revenus de tout (attention, je ne dis pas que c’était mieux avant, lorsqu’une fois passé le temps du scoutisme, ils s’emmerdaient en rallye-bridge!). Quant à mon narrateur, il a bien conscience d’incarner la version française du stéréotype gosse de riches paumé/parents divorcés (il le souligne plusieurs fois), ce qui ne lui est d'ailleurs pas très agréable. Mais il a son imaginaire et ses cauchemars pour s’en sortir.

Sur l’illisibilité du Cachalot : diable, c’est la première fois qu’on me déclare « totalement illisible » ! Plutôt que de plaider la cause de cette nouvelle (et la mienne, je vous mets le début ici (http://blog.myspace.com/index.cfm?fuseaction=blog.view&friendID=196091826&blogID=271484898), afin que vous puissiez juger de sa lisibilité.

Difficile pour une jeune personne de ne pas aborder la souffrance d'un côté théorique. Les jeunes, ils passent le plus clair de leur temps à l'école, là où on arrive à les convaincre que les choses ont un ordre et du sens. Ils tentent alors de trouver une raison à leur souffrance, ils essaient de la justifier. En vieillissant hors de ce contexte, on s'aperçoit que considérer la souffrance d'une telle manière ne fait que l'amplifier, que c'est de la foutaise. Et on vit alors mieux, on peut écrire plus lucide, plus profond.

Suis pas sûr qu'en s'éloignant de sa jeunesse, on rejoigne le profond...

On s'en éloigne plus sûrement!

@Alexis B: eh oui, mieux vaut une critique (assez) négative que pas de critique du tout :)

@Skuderya: pas sûr qu'on devienne plus lucide en vieillissant...

"eh oui, mieux vaut une critique (assez) négative que pas de critique du tout :)"

Certainement c'est un concept que vous avez bien intégré.
N'importe quoi pourvu qu'on parle de vous...

Bonjour,

J'interviens pour défendre "mon auteur", mais il m'est difficile de résister à la tentation en lisant votre critique...

cf "certaines histoires sont totalement illisibles"... vous voulez dire ?... écrites en petits caractères ?? pardon, mais l'argument m'échappe.
En plus, vous citez une des plus belles nouvelles de ce roman/recueil à la structure complexe - une histoire très poétique, à la lisière du réel et de l'onirique, comprenant de superbes "envolées" lyriques, teintées de noirceur, vénéneuses, et je cite l'auteur :

Elle raconta les calamars géants, leurs tentacules aux ventouses larges comme des assiettes qui, tels des bras d’amants morts, tentaient de vous emporter dans les profondeurs ; elle raconta la caresse des algues sous son ventre gris, les noyés qu’on voyait parfois descendre, pensifs comme dans le poème (...)


illisible ????

Pour le second argument, j'avoue avoir du mal à comprendre dans quelle mesure la coke américaine aurait meilleur goût (littéraire, j'entends !) que la française... même si on peut se rassurer en se disant qu'ce "s'ra toujours moins bien qu'en ricain"...

Quant à l'aspect "théorique" de la souffrance de Romain, il ne faut pas selon moi négliger le fait que ce roman, multipliant dans sa structure les effets de miroir, est d'abord et surtout une exploration du FANTASME, c-à-d du sentiment imaginé, vécu dans et par l'abstraction... désolé de répondre "c'est fait exprès", mais c'est le cas !

Bref, je ne m'étends pas plus, le roman trouvera ses lecteurs par lui-même, mais je crois que si, comme dans tout premier roman, on peut trouver des failles à "Je sais que je ne suis pas seul", celles que vous avez pointées sont vraiment hors de propos...

@ Daniel D & wrath : Vous avez le droit de ne rien retenir de votre expérience de vie. ;)

@ Alexis B.

Je te souhaite bonne chance pour ton avenir littéraire et bravo pour ta leçon de vaillance dans le monde éditorial.

@Skuderya: ne nous mélangeons pas!

Je voulais simplement dire qu'on n'échappe pas à son enfance! Tout ce qui vient après n'est qu'une mise en abîme...

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