Souvenez-vous, c'était l'année dernière, le concours Blogauteurs avait ouvert une porte d'espoirs aux wannabes. Il suffisait d'envoyer son manuscrit, et, avec un peu de chance et beaucoup de talent, il serait sélectionné par les internautes.
En clair, le concours Blogauteurs promettait de remplacer un système de privilèges liés au copinage ("Tu es très sympa donc ton manuscrit sera publié") par un système méritocratique. Abolir un système opaque où les décisions ne sont "justifiées" que par des lettres-types de refus, et le remplacer par le règne du talent et de la reconnaissance démocratique.
Bien sûr, les quelques cyniques comme moi ont toujours eu un doute: pourquoi un éditeur comme Plon se fatiguerait-il à éditer un pauvre inconnu? Pourquoi changer une culture de privilèges/ copinage qui satisfait tout le monde?
La réponse est simple: le concours Blogauteurs utilise une rhétorique d'égalité des chances pour cacher un coup marketing.
Qu'on ne m'accuse pas de théorie du complot: je pense sincèrement que Laurent Le Toriellec était un vrai wannabe, sans aucun contact avec les organisateurs.
Mais il est évident que "Manipulé" a été choisi par Plon et non par les internautes. Il suffit de lire les commentaires des Blogauteurs pour s'apercevoir que les internautes n'ont jamais été dupes: Pourquoi le décompte des voix n'est-il pas donné? Qu'en est-il des votes multiples (IP flottants, adresses email multiples,...)? Pourquoi le réglement "déposé chez un huissier" n'est-il toujours pas disponible online?
Toutes ces interrogations, légitimes bien sûr, sont balayées d'un revers de la main par les organisateurs: "Vous avez été une écrasante majorité à préférer "Manipulé" de Laurent Le Toriellec".
Et pourtant Laurent Le Toriellec, le soit-disant chouchou des blogueurs, est le premier à reconnaître que la blogosphère lui est hostile:
"Il y a manifestement un rejet des gens qui bloguent sur le thème de la littérature en France, parce qu’ils sont loin des thématiques que j’aborde. Je compte plus sur mon réseau MySpace… mais de toute manière, très franchement, le net, pour faire connaître la littérature, c’est un canal supplémentaire, mais certainement pas le canal majeur", affirme-t-il ICI.
D'autre part, Plon joue la carte "coup marketing" sans aucune honte. L'éditeur a été jusqu'à changer le nom de Laurent Le Toriellec, pour le rendre plus américain. En clair, la ménagère lambda achète un thriller qui se passe aux Etats-Unis et qui semble être écrit par un Anglo-Saxon. L'auteur de "Manipulé" est donc maintenant Laurent Terry:
"Laurent a sauvé l’essentiel : son prénom. Une chance qu’il ne se soit pas appelé Jean-René...", affirme l'éditeur chez Plon.
Tout cela a un petit côté ridicule, et je n'en aurais pas parlé si l'affaire ne m'avait pas semblé révélatrice d'une transformation de l'édition française: le remplacement des "auteurs difficiles" par les Guillaume Musso et Marc Lévy (j'en ai parlé en détail ICI).
Bye Bye copinage et romans illisibles. Bienvenue dans le monde de la manipulation et du produit marketing.

Eh oui, Wrath c'est ainsi; si vous étiez la compagne d'un people influent vos oeuvres seraient publiées depuis longtemps, genre Amanda Sthers qui fait maintenant dans le livre pour enfant (besoin de payer des impôts j'imagine). Pensons à l'amertume des dizaines de milliers d'auteurs pour la jeunesse refoulés sans même souvent une réponse écrite.
Le marketing envahit tout: avant-hier je suis tombée sur la retransmission en direct de la pièce de Laurent Ruquier "Open bed" sur France4: spectacle vulgaire, navrant, même pas drôle. Mais comme la pièce est signé par un gros poisson de la télé et mise en scène par Charlotte de Turckheim qui s'agite elle aussi souvent devant les écrans, on produit cette daube, misant tout sur le côté people. Là ça devient vraiment de "l'art dramatique": dramatique pour ceux qui paient pour voir ça, pour tous les auteurs qui ne verront jamais leur pièce jouée etc...
Rédigé par : nicole | 28 avril 2008 à 08:54
Je ne comprends pas au juste ce que tu leurs reproches. Le jury qui a sélectionné les textes finaux contenait des blogueurs. Et parmi les textes finaux, il est un peu logique que celui-ci ait plu à plus de personnes et s'il n'avait pas magouillé, où est le pb? Tu reproches ce que tu réclamais à grands cris, du facile à lire, pas de la grande littérature. Tu leur en veux pour quoi, qu'ils lui ait reproché son nom trop français? T'inquiète, si un jour tu est publiée, tu signeras L. M. Jaillant, ça fera très américain ;-). Mais au fond j'ai un peu peur que ton seul truc ça soit de râler.
Rédigé par : cassiopée | 28 avril 2008 à 09:21
Non pour le coup là je suis d'accord avec wrath.
Ce concours fût un coup marketing... où je me suis laissé prendre je l'avoue...
Mais ce qui m'a toujours fait rire c'est cette vidéo publiée en juillet 2007 sur le site de blogauteur
http://blogauteurs.typepad.com/le_blog_des_blogs_littrai/2007/05/concours_blogau.html#comments
Tendez bien l'oreille; ils ne parlent que d'un seul livre...
Celui qui a gagné dites donc!!!
Roooh comme le hasard fait bien les choses!!!
Ceci dit de toute cette histoire je crois que c'est à moi que j'en veux le plus, comment ais je pu être aussi naif?
Enfin bref ceci dit il y avait dans les participants de vrais gens trés bien et d'ailleurs
Rédigé par : yann | 28 avril 2008 à 10:38
Je trouve votre billet diantrement intéressant.
Avez-vous raison ? Je le crains.
Paradoxalement, je trouve la "manipulation marketing" moins consternante qu'un certain copinage-vedettariat que vous dénoncez - parfois exagérément.
Je vous certifie qu'on peut encore se faire éditer - j'entends bien éditer, par un vrai éditeur - en envoyant son manuscrit par la poste, sans le moindre appui. Je ne dis pas que c'est facile, je dis que c'est possible.
C'est comme ça que j'ai trouvé mes deux éditeurs, et je connais beaucoup d'autres exemples.
Mais je m'écarte du sujet. Pour en revenir à l'opération marketing, pourquoi ne proposez-vous pas une interview à l'éditeur ? Il est d'un abord très agréable.
Rédigé par : Georges F. | 28 avril 2008 à 11:18
Je crois que c'est malheureusement comme ça dans tous les concours faisant intervenir des votants. Après tout, du moment que les résultats restent cachés, rien ne les empêche de choisir la personne qui les arrange le plus.
L'an dernier, au Festival de Romans, cette pratique était frappante. La lauréate était déjà en contrat avec une maison d'édition... Curieusement, même si beaucoup l'ont relevé, il n'y a eu aucune réponse des organisateurs, alors qu'il était stipulé sur le contrat que les participants ne devaient ni être publiés ni être en contrat pour une future publication concernant les oeuvres exposées dans le cadre du concours.
Les magouilles, c'est partout pareil. Et malheureusement, ce sont souvent les écrivains talentueux et trop naïfs qui en font les frais, en se disant "ah, enfin un concours où mon talent sera reconnu".
Bref, j'ai beaucoup aimé votre article, sur ce prix que je ne connaissais que de nom.
Rédigé par : Ness | 28 avril 2008 à 11:37
Miser sur un (jeune) auteur inconnu, c'est bon pour le business. On publie à peu de frais : bien sûr, il y a 90 % de chances pour que le nouveau produit fasse un bide, pas facile de prévoir ce qui va marcher, mais en cas de succès, bingo, c'est tout bénéfice. C'est sur ce principe que fonctionne la rentrée littéraire.
Rédigé par : Faustus | 28 avril 2008 à 14:54
Très heureux de lire l'article de Wrath sur Blogauteur.
Oui, tous les Prix Littéraires sur Internet couronnent plus l'art de tricher (ouverture de multiple adresses de messagerie ou utilisation de proxy anonymes aux confins du monde) ou celui de se servir des réseaux du genre "Myface" ou "Spacebook" plutôt que la qualité littéraire des textes. Le représentant de Plon à Romans était même très heureux de la popularité de son lauréat sur ces réseaux: un vivier de lecteurs !
Un prix littéraire sur Internet est possible: il faut élire un jury issu d'Internet plutôt que d'élire un auteur... sur le mode du Prix Inter ou du Prix des lectrices du magazine Elle. Un jury qui lit vraiment les livres !
Rédigé par : becdanlo | 28 avril 2008 à 16:00
@George F.: d'accord, je vais proposer un Podwrath à Denis Bouchain. On verra bien s'il accepte...
@Yann: effectivement, tu n'as pas été le seul à te faire avoir. Mais la nouvelle édition du concours n'a pas l'air de soulever beaucoup d'enthousiasme: comme quoi, les blogueurs n'aiment pas qu'on les prennent pour des imbéciles...
Rédigé par : wrath | 29 avril 2008 à 01:33
Réagir sur la forme plutôt que sur le fond: "se sont FAIT (sans S) manipuler".
Rédigé par : Daniel Fattore | 29 avril 2008 à 09:28
A tous ceux qui veulent gagner un Prix littéraire sur Internet, voici une bonne adresse:
http://www.yopmail.com/
Il n'y a pas de raison de toujours laisser les petits malins gagner!
bec'
Rédigé par : becdanlobecdanlo | 29 avril 2008 à 09:29
blogauteur fait l'autruche:
http://blogauteurs.typepad.com/le_blog_des_blogs_littrai/2008/04/le-respect.html#comments
Rédigé par : becdanlo | 29 avril 2008 à 11:13
Blogauteur ne fait pas l'autruche Becdanlo, Blogauteur en a simplement un peu ras le bol et autre chose à faire que de répondre à des attaques de gens qui ne prennent pas le temps de s'assurer de ce qu'ils prétendent. Estimez vous heureux que le net soit encore un espace où la liberté d'expression nous est chère à tous et que vous ne soyez pas rendu responsable de vos propos comme cela serait le cas dans par voie de presse... Ceci dit, notre patience à des limites, un moment il faut prouver ce que l'on dit...
Rédigé par : SB. | 01 juin 2008 à 16:00
que SB fatigue je le comprends. Mais encore une fois nous atttendons de vraies réponses à une une question tout bète :
- De quelles manières les organisateurs de cette chose s'assurent ils que les votes échappent à toutes les manipulations rendues possibles par la grande toile ( Ip flottantes, adresses mails etc. ) TOujours rien de la part des gentils organisateurs... Blogauteurs où comment se faire piéger par de "bonnes" intentions
Rédigé par : Stan rice | 09 juin 2008 à 16:01
Bonjour,
Je suis écrivain, auteur d'une douzaine de livres dont plusieurs romans chez Gallimard où j'ai exercé aussi les fonctions de lecteur permanent. Mon blog :
http://monvolubilis.canalblog.com/
Je réagis rapidement à cette formule extraite de votre billet : " un système de privilèges liés au copinage ". Je ne partage pas votre avis. J'ai envoyé mes premiers manuscrits par la Poste sans connaître personne (lyonnais et d'origine modeste, j'étais bien loin du milieu littéraire parisien), ce qui n'a pas empêché leur publication chez divers éditeurs : l'Escampette, Arléa, Desclée de Brouwer (...) puis Gallimard dans la Blanche. Plus tard, comme lecteur, on m'a soumis quantité de manuscrits " sans recommandation " et j'en ai défendu certains jusqu'à la publication.
Les bons textes ont toujours leur chance.
Bonne journée,
Olivier Bleys
Rédigé par : BLEYS Olivier | 18 juillet 2008 à 10:16
Il paraît que le concours Blogauteurs de cette année est dans les choux, qu'il n'y a pas de lauréat, que c'est la cata.
Vous aviez raison, Lise-Marie, c'était de la manipulation.
Rédigé par : Francois Martini | 18 novembre 2008 à 20:08
Je vais écrire sur le blog de Mr Olivier BLEYS l'histoire de mes contacts avec la maison dont il est lecteur.
C'est instructif.
Rédigé par : Marc Galan | 18 novembre 2008 à 22:10
va t-il avoir un concours de nouveau ?
Rédigé par : suib-i | 08 mai 2009 à 23:30