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30 avril 2008

Bienvenue dans l'atelier de Wrath

Ecriture Vous êtes tenté par l'écriture? Vous ne savez pas par où commencer? Ma rubrique "le dur travail de l'écrivain" est faite pour vous! Chaque semaine, je donnerai un petit conseil pour se mettre au travail, stimuler sa créativité, et surtout, continuer à écrire malgré les obstacles.

L'idée m'est venue après avoir reçu un email de Nicolas, qui est universitaire en histoire de l'art et souhaite commencer à écrire de la fiction.

Donc commençons par le commencement: la production d'idées. Quelle est la manière de savoir que l'idée de départ est la bonne et qu'elle tiendra le coup ?

Mon conseil est de commencer par écrire une nouvelle, de 2000 mots environ. Vous choisissez un ou deux personnages, et vous notez au brouillon toutes leurs caractéristiques physiques et mentales: type de vêtements, façon de marcher et de parler, mais aussi histoire familiale, parcours scolaire et professionnel,...

Un bon exercice consiste à décrire, de la façon la plus exhaustive possible, 10 objets que votre personnage trimbale dans son sac. Exemple: son porte-feuille contient une vieille photo de lui et de sa mère, prise lors de vacances en Italie. Décrivez les regards, les gestes. Peut-être la photo a-t-elle été prise avant le divorce des parents ? Peut-être lui rappelle-t-elle une période particulière de sa vie ?

En clair, il faut parvenir à connaître son personnage dans ses moindres détails. Comme un ami très proche, ou comme un double de vous-même.

Une fois que vous avez franchi cette étape, le sujet de votre nouvelle devrait vous apparaître. Mais le grand piège est de plaquer une intrigue sur un personnage: ça donne un côté artificiel, "écrit".

Mieux vaut faire l'inverse: commencer par créer un personnage, puis le mettre dans une situation où il est forcé de réagir.

C'est ainsi que j'ai écrit "Crystal 10/11". Et ensuite, j'ai commencé à travailler sur mon deuxième roman.

Donc voilà, il ne vous reste plus qu'à vous lancer: au pire, votre nouvelle est ratée, mais vous n'avez perdu qu'un mois de travail et vous pourrez toujours la filer à la revue Décapage. Au mieux, elle est réussie et vous la "recyclez" en roman :)

[Pour me poser une question, me demander un conseil, me dire que vous adorez mon blog, écrivez à wrath_lmj[@]yahoo.fr]

Source de la photo: Flickr, lepititsabah

29 avril 2008

Ecrire sur le réel

Sequestration Un père qui enferme sa propre fille dans la cave de la maison familiale pendant 24 ans et lui fait sept enfants, ça paraît invraisemblable. De la mauvaise fiction, en somme.

Tout cela me fait penser à l'excellente préface de "Bonfire of the Vanities" (à télécharger ICI), où Tom Wolfe revient sur le déclin du roman réaliste dans les années 1960. Pourquoi les écrivains américains ont-ils si peu parlé de la guerre du Vietnam, des Black Panthers, et autres luttes féministes ? Pourquoi le cinéma a-t-il su parler du monde, dans des films comme "Apocalypse Now" ou "Taxi Driver", quand la littérature végétait ?

"Toute une génération de jeunes écrivains sérieux a tiré la leçon des lamentations de [Philip] Roth: il était temps de détourner les yeux [du monde réel]. Tenter un roman réaliste de l'envergure des Balzac, Zola ou Lewis fut dès lors vu comme absurde. A partir du milieu des années 1960, il fut non seulement admis que le roman réaliste n'était plus possible, mais aussi que la vie américaine ne méritait plus le terme "réel". La vie américaine était chaotique, fragmentaire, sans continuité; en un mot, absurde. [...] Le soit-disant monde réel de l'Amérique était devenu fiction"

La thèse de Tom Wolfe est simple: le monde réel peut nous paraître tellement chaotique qu'il en devient irréel. D'où la tentation de se réfugier dans une tour d'ivoire, et de se concentrer sur le style, le "travail des mots". Faire des belles phrases et ne parler de rien, en somme.

Mais Tom Wolfe nous appelle à repousser cette tentation, et à nous salir les mains dans la réalité. Et c'est vrai que l'histoire de la séquestration en Autriche est une pure source d'inspiration...

28 avril 2008

Concours Blogauteurs: ou comment les internautes se sont fait "manipuler"...

Souvenez-vous, c'était l'année dernière, le concours Blogauteurs avait ouvert une porte d'espoirs aux wannabes. Il suffisait d'envoyer son manuscrit, et, avec un peu de chance et beaucoup de talent, il serait sélectionné par les internautes.

En clair, le concours Blogauteurs promettait de remplacer un système de privilèges liés au copinage ("Tu es très sympa donc ton manuscrit sera publié") par un système méritocratique. Abolir un système opaque où les décisions ne sont "justifiées" que par des lettres-types de refus, et le remplacer par le règne du talent et de la reconnaissance démocratique.

Bien sûr, les quelques cyniques comme moi ont toujours eu un doute: pourquoi un éditeur comme Plon se fatiguerait-il à éditer un pauvre inconnu? Pourquoi changer une culture de privilèges/ copinage qui satisfait tout le monde?

La réponse est simple: le concours Blogauteurs utilise une rhétorique d'égalité des chances pour cacher un coup marketing.

Qu'on ne m'accuse pas de théorie du complot: je pense sincèrement que Laurent Le Toriellec était un vrai wannabe, sans aucun contact avec les organisateurs.

Mais il est évident que "Manipulé" a été choisi par Plon et non par les internautes. Il suffit de lire les commentaires des Blogauteurs pour s'apercevoir que les internautes n'ont jamais été dupes: Pourquoi le décompte des voix n'est-il pas donné? Qu'en est-il des votes multiples (IP flottants, adresses email multiples,...)? Pourquoi le réglement "déposé chez un huissier" n'est-il toujours pas disponible online?

Toutes ces interrogations, légitimes bien sûr, sont balayées d'un revers de la main par les organisateurs: "Vous avez été une écrasante majorité à préférer "Manipulé" de Laurent Le Toriellec".

Et pourtant Laurent Le Toriellec, le soit-disant chouchou des blogueurs, est le premier à reconnaître que la blogosphère lui est hostile:

"Il y a manifestement un rejet des gens qui bloguent sur le thème de la littérature en France, parce qu’ils sont loin des thématiques que j’aborde. Je compte plus sur mon réseau MySpace… mais de toute manière, très franchement, le net, pour faire connaître la littérature, c’est un canal supplémentaire, mais certainement pas le canal majeur", affirme-t-il ICI.

D'autre part, Plon joue la carte "coup marketing" sans aucune honte. L'éditeur a été jusqu'à changer le nom de Laurent Le Toriellec, pour le rendre plus américain. En clair, la ménagère lambda achète un thriller qui se passe aux Etats-Unis et qui semble être écrit par un Anglo-Saxon. L'auteur de "Manipulé" est donc maintenant Laurent Terry:

"Laurent a sauvé l’essentiel : son prénom. Une chance qu’il ne se soit pas appelé Jean-René...", affirme l'éditeur chez Plon.

Tout cela a un petit côté ridicule, et je n'en aurais pas parlé si l'affaire ne m'avait pas semblé révélatrice d'une transformation de l'édition française: le remplacement des "auteurs difficiles" par les Guillaume Musso et Marc Lévy (j'en ai parlé en détail ICI).

Bye Bye copinage et romans illisibles. Bienvenue dans le monde de la manipulation et du produit marketing.

25 avril 2008

Enfin un roman lisible...

Ah, enfin un écrivain francophone correct ! Je viens de lire "Lignes de failles" de Nancy Huston, dans sa version anglaise (sélectionnée pour le Orange Prize): Nancy Huston, qui est Canadienne de naissance mais vit à Paris depuis plus de 35 ans, a elle même traduit en anglais son roman.

L'histoire est racontée par quatre générations d'enfants: Sol, le petit génie américain qui suit avec beaucoup d'intérêt la guerre en Iraq; Randall, que sa famille balade entre Etats-Unis et Israël; Sadie, une gamine sensible confiée à ses grands-parents; et Kristina, la future mère de Sadie, grand-mère de Randall et arrière-grand-mère de Sol.

Au fur à mesure du récit, le lecteur arrive à rassembler les pièces du puzzle, découvrant ainsi les secrets de cette famille.

J'ai trouvé que "Lignes de faille" était extrêmement bien construit: la structure inversée m'a fait penser à "The Night Watch" de Sarah Waters.

Seul l'aspect politique m'a un peu rebutée: quand Sol adresse ses prières à Dieu et au Président Bush, on sent un peu trop la distance ironique de l'auteur.

Mais dans l'ensemble, c'est un roman réussi, que je vous conseille.

23 avril 2008

Les agents à contacter, ceux à éviter

Literary_agent Anne-Sophie du blog La Lettrine propose un article intéressant sur les agents littéraires. Cependant, si vous êtes un wannabe novice, je ne vous conseille pas de contacter François Samuelson ou Susanna Lea.

Je me souviens avoir été déposer mon manuscrit chez Intertalent (l'agence de Samuelson). La fille à la réception m'avait bien fait comprendre que je n'avais aucune chance mais, dans un élan d'espoir, j'avais quand même laissé mon manuscrit. Bien sûr, je n'ai jamais eu de réponse (même pas de lettre-type de refus).

Avec Susanna Léa, ça a été plus rapide et tout aussi négatif. J'ai envoyé un email avec mon manuscrit en pièce jointe, et j'ai reçu une réponse négative dans la journée. Du travail efficace.

Quant à Marie-Sophie du Montant, qui représente les intérêts de Camille de Peretti, je ne suis pas non plus convaincue. J'avais essayé de la contacter pour proposer un Podwrath à Camille, sans réponse de sa part. La même mésaventure est d'ailleurs arrivée à Thomas Clément.

Bon, je ne connais pas les autres agents que conseille La Lettrine: Virginia López-Ballesteros et Pierre Astier. Si vous avez eu affaire à eux, let me know!

22 avril 2008

Mère au foyer et écrivain

Peut-on écrire quand on est mère au foyer avec des enfants en bas âge?

C'est le pari qu'a fait Tessa Hadley, une Britannique auteure de trois romans (dont Incidents domestiques publié chez Lattès en 2005). Son dernier roman, "The Master Bedroom" a été sélectionné pour le Orange Prize 2008.

Tessa Hadley a aujourd'hui une cinquantaine d'années. Quand ses enfants étaient plus petits, elle avait l'habitude d'écrire trois heures par jour:

"While I was at home with my children, I wrote routinely, fitting it in when I could, some short stories and probably three novels. I didn't know much about the business of getting published, and now I realize the rejection letters I got were actually quite encouraging. At the time it seemed like a failure, so I would put the piece away and mourn it", dit-elle dans cette interview.

L'écriture lui apparaissait alors comme un espace de liberté, de "me time".

Après avoir repris des études dans les années 1990 (MA de creative writing, puis PhD), Tessa a donné son manuscrit à un collègue et ami, qui l'a montré à un agent. Et hop, deux semaines après, le contrat était signé.

La morale de l'histoire? Tessa Hadley fait partie de ses écrivains-par-nature, pour qui l'écriture est un besoin et non une distraction. Les enfants en bas âge, le "landau dans le hall" n'y changent rien, les lettres de refus des éditeurs non plus.

Aujourd'hui, les enfants de Tessa Hadley ont quitté le foyer. Elle continue à écrire, comme elle l'a toujours fait. Et son dernier roman, "The Master Bedroom", est très réussi: je l'ai pratiquement terminé (il m'en reste 17 à lire sur la sélection Orange Prize...)

21 avril 2008

Pourquoi je vais lire le nouveau Musso...

"Je reviens te chercher", le dernier roman de Guillaume Musso, obéit aux grandes règles des best-sellers:

_Construction d'un personnage principal auquel le lecteur peut s'identifier: ici, un célèbre médecin new-yorkais sur lequel le sort s'acharne.

_Descriptions très visuelles et grande attention accordée aux détails: «Je dessine même certaines scènes comme des “story-boards” de film", affirme Musso dans une interview au Figaro. «Et pour chacun [de mes personnages], j'écris pratiquement leur biographie quitte à n'en garder peut-être qu'un dixième. Je ne peux pas écrire sans être en totale empathie avec mes personnages.»

_Resserrement du temps: l'action se passe en 24h.

_Problématique à l'américaine: "Peut-on être plus fort que son destin?"

Guillaume Musso a donc entièrement adopté les méthodes d'écriture anglo-saxonnes. Il va même jusqu'à valoriser son day job: être prof d'économie à mi-temps lui permet de "garder les pieds sur terre".

Le problème, c'est que Musso oublie LA règle essentielle du creative writing: write what you know. Je doute qu'il sache vraiment ce qui constitue le quotidien d'un célèbre médecin new-yorkais. Il a visité Manhattan et a probablement regardé des séries sur M6, comme tout le monde. Mais tout ça a un goût de réchauffé...

Donc oui, je vais lire le dernier Musso. Mais je pense qu'il est grand temps que les auteurs français se mettent à écrire des romans lisibles qui parlent vraiment de leur quotidien à Paris, Toulouse, Saint-Etienne ou Londres.

Dans l'idéal, Bernard Fixot, le patron des éditions XO devrait organiser un concours "découverte de talents": sur le modèle des Blogauteurs, le sérieux en plus...

Pour lire un extrait du roman et regarder une petite vidéo, c'est ICI et LA

18 avril 2008

Wyndham Lewis et le refus du copinage

Painting_by_wyndham_lewis La vie de Wyndham Lewis est la preuve qu' "un talent prodigieux et largement reconnu n'est pas suffisant pour asseoir sa réputation: le léchage de bottes, la capacité à mentir ou à se mordre la langue pour ne rien dire, sont souvent nécessaires pour faire carrière [en tant qu'écrivain]", peut-on lire dans ce post du Guardian.

Wyndham Lewis est un peu le Céline britannique: un écrivain résolument moderne, avec ce côté "in-your-face" qui lui a valu d'innombrables ennemis.

Après avoir fréquenté toute l'avant-garde londonienne (T.S. Eliot, Ezra Pound, James Joyce,...), Wyndham Lewis participe à la Grande guerre. Cette expérience le laisse aigri: son retour à la vie civile le déçoit; le milieu littéraire britannique lui semble maintenant prétentieux et ridicule.

Bien sûr, il sait qu'il ferait mieux de se taire: qui a envie de se mettre à dos la famille Sitwell ou le groupe de Bloomsbury?

Pourtant, Wyndham Lewis choisit d'écrire "The Apes of God". Ne trouvant pas d'éditeur, il doit autopublier cette satire du "Tout Londres" des Lettres.

Le milieu littéraire ne lui pardonnera jamais: la presse, quand elle n'est pas hostile, passe sous silence son travail.

Pas étonnant quand on sait que Wyndham Lewis accusait les journalistes littéraires de copinage:

"A hundred books of fiction every month are referred to by eminent critics in language of such superlative praise that, were it the work of Dante that was in question, it would be adequate, though a little fulsome."

Lewis a payé cher son indépendance et son refus des compromissions: il passa ses dernières années dans la misère, et son oeuvre ne fut redécouverte que des années après sa mort.

[Bon, il ne me reste plus qu'à écrire une satire du milieu de l'édition pour suivre le chemin de ce Grand Homme...]

16 avril 2008

Elégies pour Virginia Tech

Virginia_tech_memories Fred d'Aguiar écrit de la poésie, et enseigne le creative writing à Virginia Tech. Il parle ici de son expérience après le shooting de l'année dernière, qui a fait 33 morts:

"Je pensais que le creative writing serait de trop pour des jeunes gens encore sous le choc de l'atrocité, mais j'ai vu bien plus d'étudiants s'inscrire cette année qu'auparavant. Nous ne pouvons pas fournir assez de classes pour tous les étudiants qui veulent explorer ce qui est arrivé à leur ville et à eux-mêmes."

Cette conception de l'écriture comme réponse à un traumatisme ("trauma" veut dire blessure en grec) m'a toujours semblé suspecte. Personnellement, quand quelque chose m'affecte vraiment, je n'arrive pas à écrire.

Mais visiblement, ce n'est pas le cas pour Fred d'Aguiar, qui a écrit 33 élégies. Ce passage me semble particulièrement réussi: le ton faussement joyeux ("July 4th fireworks") cache un vrai malaise.

Index finger flicked against middle finger and thumb
Not the sound of a gun

Suck teeth, headshake, cipher circle, dozens run
Not the sound of a gun

Handclap, backslap, stilettos rap on ground
Not the sound of a gun

Knuckle crack, July 4th fireworks by the ton
Not the sound of a gun

Appalachia tut-tut, Khoisa click of the tongue
Not the sound of a gun

Drumsticks, engine backfire, pneumatic drill drum
Not the sound of a gun

Les lecteurs de Drieu: un club très fermé

Pierre_drieu_la_rochelle "Qui lit encore Drieu ? Un tout petit club si l’on en juge par le faible tirage en format de poche de ceux de ses romans qui nous ont enchanté par leur manière si française (Gilles, Rêveuse bourgeoisie, Le Feu follet, Une femme à sa fenêtre)", écrit Pierre Assouline.

Eh bien, je suis fière d'appartenir à ce petit club. Ce qui est assez paradoxal, connaissant mon horreur pour le mythe des "happy few". La plupart du temps, c'est un simple moyen pour légitimer la médiocrité littéraire.

Mon présupposé, c'est qu'un auteur de talent devrait vendre et avoir des lecteurs. Donc lisez Drieu, il le mérite.

(Je suis moins convaincue par l'inédit qui vient de sortir chez Gallimard, Notes pour un roman sur la sexualité: qui a envie de connaître la sex life de son écrivain favori ?)

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