"Je reviens te chercher", le dernier roman de Guillaume Musso, obéit aux grandes règles des best-sellers:
_Construction d'un personnage principal auquel le lecteur peut s'identifier: ici, un célèbre médecin new-yorkais sur lequel le sort s'acharne.
_Descriptions très visuelles et grande attention accordée aux détails: «Je dessine même certaines scènes comme des “story-boards” de film", affirme Musso dans une interview au Figaro. «Et pour chacun [de mes personnages], j'écris pratiquement leur biographie quitte à n'en garder peut-être qu'un dixième. Je ne peux pas écrire sans être en totale empathie avec mes personnages.»
_Resserrement du temps: l'action se passe en 24h.
_Problématique à l'américaine: "Peut-on être plus fort que son destin?"
Guillaume Musso a donc entièrement adopté les méthodes d'écriture anglo-saxonnes. Il va même jusqu'à valoriser son day job: être prof d'économie à mi-temps lui permet de "garder les pieds sur terre".
Le problème, c'est que Musso oublie LA règle essentielle du creative writing: write what you know. Je doute qu'il sache vraiment ce qui constitue le quotidien d'un célèbre médecin new-yorkais. Il a visité Manhattan et a probablement regardé des séries sur M6, comme tout le monde. Mais tout ça a un goût de réchauffé...
Donc oui, je vais lire le dernier Musso. Mais je pense qu'il est grand temps que les auteurs français se mettent à écrire des romans lisibles qui parlent vraiment de leur quotidien à Paris, Toulouse, Saint-Etienne ou Londres.
Dans l'idéal, Bernard Fixot, le patron des éditions XO devrait organiser un concours "découverte de talents": sur le modèle des Blogauteurs, le sérieux en plus...
Pour lire un extrait du roman et regarder une petite vidéo, c'est ICI et LA

Je ne comprendrai jamais comment vous pouvez appréciez, voire admirer Houellebecq et Annie Ernaux et devenir dans le même temps l'apôtre presque sectaire du creative writing.
Les livres de Houellebecq sont bordéliques, sans logique, sans intrigue qui tienne la route (sauf dans le premier et encore) et pourtant ils ont marqué les années 90 au fer rouge.
A l'inverse Katherine Pancol par ex, a suivi beaucoup de cours d'écriture aux USA; elle a pondu quelques best sellers (dont le dernier qui est plaisant) mais ne marquera pas l'histoire de la littérature.
Il faut des livres faciles, lisibles, comme vous dîtes, mais en parallèle les éditeurs doivent continuer à promouvoir de VRAIS écrivains, même à perte.
Rédigé par : nicole | 21 avril 2008 à 09:35
Promouvoir les vrais écrivains, un bien grand mot ! A partir du moment où les tirages sont énormes, c'est qu'ils répondent à une attente, ont su trouver un public. A partir de là, qu'est-ce qu'un vrai écrivain ? Pour moi, ils le sont tous, avec des lecteurs différents, les uns lisant rarement les livres des autres. Fixot donne dans le populaire, et alors ! Cela ne retire rien à personne. Il est facile de critiquer, moins de publier et de trouver des lecteurs qu'il faut fidéliser. En tous cas, Wrath, j'aime bien ton commentaire sur Musso, très lucide et très vrai, quoi qu'on pense de lui.
Rédigé par : Jerome | 21 avril 2008 à 10:04
Aaaah Guillaume Musso... Les couvertures les plus laides et les titres les plus crétins de cette dernière décennie! Faudra que j'en lise un jour pour avoir une raison supplémentaire de dire tout le mal que j'en pense, tiens.
Wrath, je ne peux m'empêcher de rebondir là-dessus "Mais je pense qu'il est grand temps que les auteurs français se mettent à écrire des romans lisibles qui parlent vraiment de leur quotidien à Paris, Toulouse, Saint-Etienne ou Londres."
C'est le pur chauvinisme de la toulousaine qui parle là, mais pour un quotidien toulousain narré avec talent et finesse, lis les romans de Jean-Paul Dubois, qui est pour moi l'une des meilleures plumes françaises contemporaines.
Rédigé par : Dahlia | 21 avril 2008 à 13:13
@Dahlia
Comme vous avez raison concernant JP Dubois! En plus il est charmant; je l'ai rencontré lors d'une dédicace; il consacrait plusieurs minutes à chaque personne qui souhaitait lui parler. Et malgré son talent, il ne se prend absolument pas au sérieux. Il vend beaucoup moins que Musso ou Lévy mais je suis persuadée qu'il s'en fout complètement.
Rédigé par : nicole | 21 avril 2008 à 14:14
@Nicole."Les livres de Houellebecq sont bordéliques, sans logique", dites-vous. C'est très juste. Ils sont à l'image même de notre monde actuel : bordélique et sans logique. N'est-ce pas ce qu'on demande (aussi) à la littérature, ce miroir? Ceci dit je peux comprendre que les thèmes parfois nauséeux qu'il aborde rebutent certains. C'est un débat qui a déjà fait long feu. Quant à Musso, on est évidemment tout à l'autre bout de la "littérature". Il y en qui aiment semble-t-il. Ont-ils tort ou raison? Vaste débat là aussi.
Rédigé par : Nicolaï Lo Russo | 21 avril 2008 à 15:05
1)J'ai du mal à comprendre le creative writing. S'agit il de savoir donner la forme d'un récit romancé à son quotidien (ce qui revient à faire de l'autofiction façon Dan Brown), où s'agit il d'être capable d'insuffler un dimension réaliste à une histoire romancée afin que le lecteur y croie?
2)Je ne comprends pas non plus comment on peut appeller un truc méthode d'écriture créative si il y a des règles absolues à respecter.
3)C'est marrant d'avoir des idoles littéraires et musicales qui ont su s'affranchir des règles qu'ils s'étaient appropriés pour créer des oeuvres originales et novatrices et être si fermé soi même et si prompte à dénoncer un écart à l'académisme.
4)On croirait entendre les gens qui viennent de se convertissent (à n'importe quoi): Wrath voit tout par le petit bout de sa lorgnette, et est une zélatrice bornée et sans aucun recul, persuadée d'être détentrice de la vérité.
Rédigé par : JEMRIR | 21 avril 2008 à 15:58
Pourquoi je ne vais pas lire le nouveau Musso: pour toutes les raisons que tu indiques, Wrath.
(@ Nicolaï: chez toi, tous mes commentaires passent directement à la poubelle de wordpress.... si tu peux aller en récupérer un ou deux.... :)
Rédigé par : Marco | 21 avril 2008 à 16:02
Christine Angot a écrit au moins un roman sur son quotidien à Montpellier : Quitter la ville. Hélas…
Rédigé par : Francois Martini | 21 avril 2008 à 18:42
@Nicole: Houellebecq est le premier à avouer son admiration pour les auteurs américains, notamment Ellis (qui a été repéré dans son cours de creative writing)
Il n'y a pas d'un côté les bons écrivains, qui parlent de choses sérieuses, et les bouseux grand public.
Donc oui, j'ai des goûts littéraires éclectiques. Mais un écrivain qui parle de quelque chose dans une langue lisible va forcément attirer mon attention.
@Témoin: j'y travaille, mon cher.
@Dahlia: merci pour la suggestion de lecture.
@François Martini: écrire sur son quotidien ET avoir quelque chose à dire, ça me paraît essentiel.
Rédigé par : wrath | 22 avril 2008 à 00:08
On attend avec impatience tes conseils pour organiser un concours sérieux !!!
Rédigé par : Thomas Clément | 22 avril 2008 à 16:57
"nom de Dieu, pourquoi tu ne l'écris pas, ce chef d'oeuvre qui va bouleverser la planête?" (Témoin) _ "J'y travaille, mon cher".
Ah! ça, c'est la Wrath que j'aime!
Et puis en bonus, le défi de Thomas Clément: face aux Blogauteurs, bientôt les Wrathauteurs! ça va être chaud...
Rédigé par : Marco | 22 avril 2008 à 17:16
>>écrire sur son quotidien ET avoir quelque chose à dire, ça me paraît essentiel.<<
Pas à moi. Ecrire sur son quotidien n'est qu'une jobe de tâcheron. Avoir quelque chose à dire est un concept marxiste complètement dépassé.
Rédigé par : Francois Martini | 22 avril 2008 à 18:25
"chez toi, tous mes commentaires passent directement à la poubelle de wordpress.... si tu peux aller en récupérer un ou deux.... :)" Très étrange, Marco, cette soudaine attirance pour les poubelles de blogs, remarque il est vrai qu'on y apprend beaucoup sur les blogueurs °v°
"Avoir quelque chose à dire est un concept marxiste complètement dépassé" ... franchement François Martini, c'est la meilleure phrase que j'ai lu ces trois derniers siècles. Dans la même série, il me semble que Lovecraft disait "le réel n'a aucun intérêt".
Rédigé par : Michel Meyer | 22 avril 2008 à 22:46
On peut aussi citer Michel Audiard, moins chic, mais bon...
"C'est pas parce qu'on n'a rien à dire, qu'il faut fermer sa gueule".
Rédigé par : nicole | 23 avril 2008 à 11:35
@Nicole: certes moins chic, Audiard fait toujours très "peuple" ... mais il fait si bien :)
Rédigé par : Michel Meyer | 23 avril 2008 à 13:08
"Avoir quelque chose à dire est un concept marxiste complètement dépassé" ... (François Martini)
ce qu'il illustre abondamment sur nombre de forums sous le pseudo (entre autres) de Fulmi.
Rédigé par : Beaujean | 23 avril 2008 à 14:52
Dans l'autofiction comme dans le reste, ce qui compte c'est d'être capable d'un regard critique sur soi-même ou sur la société. Plus que la littérature européenne encore, la littérature yankie est privée de cette liberté-là : la critique, la distanciation qu'on trouve chez Céline ou Voltaire. Pound, Bukowski, sont des exceptions (Bret Easton Ellis un pur produit commercial).
Le copinage est un faux problème, il n'a jamais empêché les auteurs les plus neufs, les plus avant-gardistes en Angleterre d'être publiés.
Rédigé par : Lapinos | 23 avril 2008 à 15:08
Je dois dire, là, que je suis flatté du succès de ma petite phrase. J'en ferai le titre d'un petit roman. Merci.
Rédigé par : Francois Martini | 23 avril 2008 à 17:10