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30 mai 2008

"Les livres ne sont pas assez chers"

Argent "Les livres ne sont pas assez chers", estime l'éditeur Hervé de La Martinière (Sce: Le Monde, 29/05). L'argument est simple: si vous investissez 7 euros pour une place de cinéma, et donc 1h30 de divertissement, vous pouvez bien débourser 25 euros pour un livre qui va vous occuper dix heures.

Avec de tels raisonnements, pas étonnant que le marché du livre soit si moribond en France. Depuis 1981 et la loi Lang sur le prix unique du livre, les Français lisent de moins en moins. D'après le rapport Livre 2010, "le nombre de faibles lecteurs augmente tandis que celui des forts lecteurs diminue. 38 % des personnes interrogées lisent moins de 10 livres par an (en comptant les bandes dessinées), contre 24 % en 1973 ; 15 % seulement lisent plus de 25 livres, contre 22 % en 1973."

Nombre de livres lus au cours des 12 derniers mois 1973 1981 1988 1997 2003 2005
Aucun 30 26 26 26 32 21
De 1 à 9 24 28 32 34 33 38
De 10 à 24 23 24 25 23 21 25
25 et plus 22 18 17 14 14 15

Mais bien sûr, la loi Lang continue de faire "consensus". Les deux députés de la majorité qui ont proposé son amendement sont comparés à "des évadés de l'asile de Charenton" (dixit la patronne de Flammarion, Teresa Cremisi).

Ce qui est frappant, c'est l'usage d'un vocabulaire passionnel pour défendre la loi du prix unique. Le Royaume-Uni, qui a déréglementé le marché des livres en 1995, est un "exemple honni" par les "professionnels du livre". Les conséquences ont soit-disant été désastreuses: "des livres en moins grand nombre, plus chers et moins accessibles".

Je pourrais tenter de répondre par des arguments rationnels: la suppression du prix unique a entraîné une baisse générale des prix et une augmentation des titres publiés. L'édition britannique est un secteur florissant et extrêmement divers (de la "literary fiction" la plus exigeante à la chick lit grand public).

Seulement voilà: il ne sert à rien de répondre par la raison à la passion. Des termes comme "dérégulation" ou "dérèglementation" entraînent tout de suite une levée de boucliers. Il ne sert à rien de démontrer que la Loi Lang est absurde et pèse sur le porte-monnaie des lecteurs. Mieux vaut applaudir Hervé de la Martinière et demander une augmentation du prix des livres. Qui a besoin de lecteurs, de nos jours?

28 mai 2008

Lolita Pille et son roman "foireux"

 
Pas besoin de critiquer le troisième roman de Lolita Pille, elle a déjà fait le travail ! La pauvre devait être passablement stressée ou déprimée le jour de l'émission de Ruquier.
 
Tout cela ne me donne pas envie de lire "Crépuscule Ville". D'autant que j'ai déjà lu "Bubble gum", son deuxième roman, qui figure dans mon Top 10 des Plus Grosses Bouses jamais Publiées.
 
A mon humble avis, Lolita aurait dû s'en tenir à ce qu'elle connaît: la jeunesse du 16ème. Parce que pour le reste, elle n'a visiblement rien à dire...

Ecrire comme Leconte de Lisle

Leconte de lisle Aujourd'hui, j'ai tenté d'écrire un sonnet sur le modèle de Leconte de Lisle. Je ne vous fais pas partager mon brouillon, qui est assez médiocre (c'est la première fois que j'essaie d'écrire de la poésie!). Mais vous pouvez toujours relire "Les montreurs", tiré de Poèmes barbares (1862):

Tel qu'un morne animal, meurtri, plein de poussière,
La chaîne au cou, hurlant au chaud soleil d'été,
Promène qui voudra son cœur ensanglanté
Sur ton pavé cynique, ô plèbe carnassière !


Pour mettre un feu stérile en ton œil hébété,
Pour mendier ton rire ou ta pitié grossière,
Déchire qui voudra la robe de lumière
De la pudeur divine et de la volupté.


Dans mon orgueil muet, dans ma tombe sans gloire,
Dussé-je m'engloutir pour l'éternité noire,
Je ne te vendrai pas mon ivresse et mon mal,


Je ne livrerai pas ma vie à tes huées,
Je ne danserai pas sur ton tréteau banal
Avec tes histrions et tes prostituées.

Bizarrement, je ne partage aucun des présupposés de ce poème (l'artiste maudit en proie aux goûts médiocres du peuple). Mais il y a ici quelque chose de sincère et de touchant.

Bon, il va falloir que je trouve un mode d'emploi "comment écrire de la poésie". Des suggestions?

27 mai 2008

Richard Millet, pamphlétaire raté

Il fut un temps où Philippe Sollers et Josyane Savigneau faisaient la pluie et le beau temps à Saint-Germain. Mais le pouvoir sans limites dérive toujours en tyrannie. Personne n'ose encore élever la voix, mais les sujets chuchotent. Le renversement du despote entre alors dans le champ des possibles.

Quand Pierre Jourde a sorti "La littérature sans estomac", le duo Savigneau/ Sollers a péréclité. Aujourd'hui, la pauvre Josyane en est réduite à fumer des cigares avec des seconds couteaux de l'édition, et à écrire des articles de complaisance.

Le milieu de l'édition étant ce qu'il est, un despote en remplace vite un autre. Richard Millet, éditeur des Bienveillantes et auteur ultra prolifique, est aujourd'hui en position de force. Mais pour combien de temps?

Le pamphlet qu'il vient de sortir chez Gallimard (maison dans laquelle il est également éditeur) pourrait bien être la goutte d'eau qui fait déborder le vase. "L'opprobre" a en effet été écrit pour choquer le bourgeois-bohème: tout y passe, des attentats du 11 septembre, "mise en scène américaine à capitaux saoudiens", à Patrick Modiano, dont les lecteurs "rumine[nt] le bonheur des années soixante ou le parfum vénéneux de l'Occupation".

Si Millet cherchait à créer de la polémique, c'est loupé: tout le monde s'écrase, personne ou presque n'ose lui répondre ou l'attaquer.

Baptiste Liger, journaliste à Lire, écrit ainsi:

"Nous avons en effet contacté de très nombreuses personnalités du milieu littéraire, aux opinions très différentes de celles de Richard Millet. Et - pratiquement - personne n'a désiré commenter. «Vous savez très bien pourquoi», nous dit un éditeur qui préfère rester anonyme. «Même si vous ne mettez pas mon nom, tout finit par se savoir, et je me "grillerais". Excusez-moi...»"

Seul Jérôme Garcin, journaliste au Nouvel Obs et lui même édité chez Gallimard, s'élève contre la tyrannie de "Richard 1er". En clair, seul un autre poids lourd du milieu ose s'attaquer à l'éditeur des "Bienveillantes".

Tout cela est bien sûr pitoyable. Quand j'ai commencé à écrire, je pensais bêtement que le milieu de l'édition était un espace de liberté d'expression et d'indépendance d'esprit. La vérité, c'est que ce milieu est fondé sur la peur. Peur de déplaire à plus puissant, peur de ne plus passer pour "très sympa", peur d'être ostracisé.

(C'est d'ailleurs un discours qu'on me tient depuis plus de deux ans: ma pauvre wrath, tu es grillée dans le milieu, tu aurais mieux fait de la fermer.)

Richard Millet est paradoxalement une victime de ce système féodal d'allégeance au plus puissant. Lui qui espère une bonne polémique est confronté au silence et à la peur. Rien de pire pour un pamphlétaire...

Bluestockings @National Portrait Gallery

Bluestockings Si vous êtes de passage à Londres, ne ratez pas l'exposition sur les "Bluestockings" à la National Portrait Gallery. Il n'y a que deux salles, mais l'ensemble donne un bon aperçu du courant des Lumières en Angleterre.

Au 18ème siècle, les "Bluestockings" (ou "Bas bleus") étaient des Londoniennes éduquées, qui se retrouvaient dans les salons. Elizabeth Montagu animait ainsi un des salons les plus en vue, où l'on parlait litérature mais aussi histoire et biologie.

En ça, les "Bluestockings" sont les cousines anglaises des Emilie du Châtelet et autre Julie de Lespinasse.

Bien sûr, les bas bleus ont attiré une avalanche de critiques. On les accusait entre autre d'être asservies aux idées révolutionnaires françaises. "Gallic frenzy", comme disaient leurs détracteurs...

Exposition à la National Portrait Gallery, Trafalgar Square, jusqu'au 15 juin.

23 mai 2008

Haine de la ponctuation

Chloe delaume "Je hais la ponctuation hormis le point virgule"

Qui a écrit cette perle?

Réponse ICI.

Dans le même genre, vous avez aussi: "Texte passé au peigne fin, la moindre virgule est soupesée. Défendre le pourquoi je refuse toute présence de point d'interrogation, même archi justifié."

Heureusement que Chloé Delaume était mariée à Mehdi Belhaj Kacem. Sans ça, je doute que sa carrière littéraire aurait jamais décollé. Parce que ces histoires de point-virgules et de phrases que "personne ne saisit", franchement, il y a de quoi se marrer...

22 mai 2008

Delanoë et l'audace

Le «sarkozysme, ce bonapartisme modéré par la désinvolture, est profondément antilibéral», affirme Bertrand Delanoë qui aux dernières nouvelles avait encore sa carte au PS.

Le maire de Paris prend des petits airs de Madelin (période "j'aime les joints, j'aime la liberté") quand il affirme: la gauche doit adopter «une doctrine de la liberté et de la justice dans une société imparfaite et non une doctrine de la lutte des classes qui nous promet une société égalitaire et parfaite».

Tout cela me donnerait presque envie de rentrer à Paris. D'un autre côté, la conversion blairiste de Delanoë m'a tout l'air d'un positionnement politique. Des belles paroles, bien éloignées de la réalité.

En ça, "De l'audace" a sa place dans le paysage éditorial français. Employer le mot "audace" n'engage à rien. C'est tout aussi contingent que d'écrire 200 pages sur son nombril. Quand les mots retrouveront leur sens, et que les écrivains français se mettront à parler vraiment du réel, notre littérature connaîtra peut-être un renouveau. Hopefully.

19 mai 2008

Hay Festival 2008

Chaque année, le "tout Londres" littéraire se déplace à Hay-on-Wye, un petit village du pays de Galles.

C'est l'occasion de retrouver tous les auteurs qui comptent, dans une ambiance très bobo.

Le Hay Festival s'ouvre donc le 22 mai, et je vais sûrement y aller (si j'arrive à obtenir un billet de train à prix raisonnable, ce qui est loin d'être gagné...)

Pour consulter le programme du Hay festival, c'est ICI. Et si les festivals littéraires britanniques vous intéressent, vous en trouverez une liste complète LA.

18 mai 2008

"Double fault", Lionel Shriver

"Il faut qu'on parle de Kevin" vient de sortir en poche. Si vous ne connaissez pas encore Lionel Shriver, c'est le moment ou jamais...

En ce moment, je suis en train de lire "Double fault" (le 6ème roman de Shriver, écrit juste avant "Kevin").

"Double fault" a pour cadre l'univers du tennis professionnel. Willy, une joueuse de 23, est prête à tout pour percer dans le "top 10". Sa vie est solitaire, jusqu'au jour où elle rencontre Eric, un diplômé de Princeton décidé à devenir joueur de tennis pro. Leur mariage se transforme peu à peu en une compétition acharnée. Jusqu'au jour où Willy fait une chute et se blesse...

Lionel Shriver excelle dans les scènes familiales oppressantes: la rencontre entre Willy et les parents d'Eric, bourgeois new-yorkais obsédés par la réussite de leur fils, est particulièrement réussie.

Mon ami Chrouptz, qui a lu "Double fault" avant moi, l'a trouvé un peu trop "chick lit". Mais chacun sait que les hommes ne savent pas apprécier la littérature sensible.

OK, Willy tombe amoureuse d'Eric au premier regard. OK, son corps d'athlète ne la laisse pas insensible. Mais c'est ce qui fait l'originalité de "Double Fault": un roman d'amour qui parle aussi de thèmes durs et dérangeants...

16 mai 2008

L'Atelier de Wrath N°3: Comment écrire des dialogues?

Writer2 Quand j'ai commencé à écrire, les dialogues me posaient pas mal de problèmes. J'avais un peu l'impression de rédiger une rédaction de collégien:

"Je ne suis pas d'accord avec toi", dit Prune.

"Tu n'as pas le choix", répondit sa soeur.

1) Ecrire "comme on parle"

La grande erreur du débutant, c'est de rédiger les dialogues comme le reste de la narration: avec des phrases bien ordonnées (sujet-verbe-complément), une construction gramaticale correcte, etc...

Or quand on parle, on saute certains mots (le "ne" de la négation), on déforme les syllabes ("chais pas" au lieu de "je ne sais pas"), on se répète, on hésite...

Bref, pour écrire des dialogues qui sonnent vrais, il faut écouter ses personnages parler: ont-il un accent particulier? des tics de langage? sont-ils gênés, intimidés, d'où les hésitations et les phrases pas claires?

Avec de l'entrainement, vous verrez que chacun de vos personnages se met à développer une voix autonome:

"Franchement, non, je suis pas sûre... Enfin, toi, c'est toi, et moi c'est moi", dit Prune en regardant ses ongles. Le bord formait une sorte de dentelle sanglante.

"Tu crois vraiment que t'as le choix? A ta place, ça ferait longtemps que je me serais bougée les fesses!"

2) Réfléchir au point de vue.

A moins que votre narrateur connaisse tout sur les personnages (point de vue omniscient), il faut réfléchir à qui entend le dialogue. Le plus facile est d'observer la scène à travers les yeux d'un personnage.

Un bon dialogue pourra alors lu de plusieurs façon: le personnage a-t-il bien interprété ce qu'il a vu ou entendu? Dans le cas contraire, vous avez affaire à un narrateur peu digne de confiance (unreliable narrator), ce qui laisse une marge d'interprétation au lecteur.

3) La question des "dit que" et "répond que"

Trop de "dit machinchose" et "répond trucmuche" alourdit le récit. Mais trop peu le rend incompréhensible. Il faut trouver un juste milieu...

En général, je supprime pas mal de "dit" et "répond" quand je corrige mon premier jet. Mais là, je suppose qu'il n'y a pas UNE méthode!

Allez, je vous laisse avec des devoirs. Relisez le début de Plateforme de Houellebecq (chapitre 2, la scène où le narrateur se fait interroger par un gendarme). C'est un bon exemple de dialogue, plein de sous-entendus et d'hésitations.

Mais les meilleurs dialoguistes restent à mon sens les Anglo-Saxons. Tom Wolfe est un maître en la matière, de même que Bret Easton Ellis. L'influence du screenwriting, probablement...

(Pour lire les autres posts de "L'Atelier de Wrath", c'est ICI)

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