L'Atelier de Wrath N°3: Comment écrire des dialogues?
Quand j'ai commencé à écrire, les dialogues me posaient pas mal de problèmes. J'avais un peu l'impression de rédiger une rédaction de collégien:
"Je ne suis pas d'accord avec toi", dit Prune.
"Tu n'as pas le choix", répondit sa soeur.
1) Ecrire "comme on parle"
La grande erreur du débutant, c'est de rédiger les dialogues comme le reste de la narration: avec des phrases bien ordonnées (sujet-verbe-complément), une construction gramaticale correcte, etc...
Or quand on parle, on saute certains mots (le "ne" de la négation), on déforme les syllabes ("chais pas" au lieu de "je ne sais pas"), on se répète, on hésite...
Bref, pour écrire des dialogues qui sonnent vrais, il faut écouter ses personnages parler: ont-il un accent particulier? des tics de langage? sont-ils gênés, intimidés, d'où les hésitations et les phrases pas claires?
Avec de l'entrainement, vous verrez que chacun de vos personnages se met à développer une voix autonome:
"Franchement, non, je suis pas sûre... Enfin, toi, c'est toi, et moi c'est moi", dit Prune en regardant ses ongles. Le bord formait une sorte de dentelle sanglante.
"Tu crois vraiment que t'as le choix? A ta place, ça ferait longtemps que je me serais bougée les fesses!"
2) Réfléchir au point de vue.
A moins que votre narrateur connaisse tout sur les personnages (point de vue omniscient), il faut réfléchir à qui entend le dialogue. Le plus facile est d'observer la scène à travers les yeux d'un personnage.
Un bon dialogue pourra alors lu de plusieurs façon: le personnage a-t-il bien interprété ce qu'il a vu ou entendu? Dans le cas contraire, vous avez affaire à un narrateur peu digne de confiance (unreliable narrator), ce qui laisse une marge d'interprétation au lecteur.
3) La question des "dit que" et "répond que"
Trop de "dit machinchose" et "répond trucmuche" alourdit le récit. Mais trop peu le rend incompréhensible. Il faut trouver un juste milieu...
En général, je supprime pas mal de "dit" et "répond" quand je corrige mon premier jet. Mais là, je suppose qu'il n'y a pas UNE méthode!
Allez, je vous laisse avec des devoirs. Relisez le début de Plateforme de Houellebecq (chapitre 2, la scène où le narrateur se fait interroger par un gendarme). C'est un bon exemple de dialogue, plein de sous-entendus et d'hésitations.
Mais les meilleurs dialoguistes restent à mon sens les Anglo-Saxons. Tom Wolfe est un maître en la matière, de même que Bret Easton Ellis. L'influence du screenwriting, probablement...
(Pour lire les autres posts de "L'Atelier de Wrath", c'est ICI)
Relire Plateforme????
Je l'ai pas lu et le lirai pas... Na!
Rédigé par: Ramon | le 16 mai 2008 à 20:38
>>Mais les meilleurs dialoguistes restent à mon sens les Anglo-Saxons.<<
Guitry n'était pas anglo-saxon ! Audiard non plus !
Quelle indigence culturelle, Lise-Marie, tout de même ! Un peu de tenue !
Rédigé par: Francois Martini | le 16 mai 2008 à 21:08
wrath a dit "les meilleurs dialoguistes restent A MON SENS les Anglo-Saxons". Wrath ne va pas dans mon sens, ni dans le votre, et alors ? Est-il nécessaire de le répéter sans fin, jour après jour ?
Je commence à trouver l'acharnement contre Wrath aussi sinistre que Wrath elle-même, qui ressort finalement, peut-être, seule gagnante de ces caillassages quotidiens.
Rédigé par: michel taupin | le 17 mai 2008 à 07:43
et je suis sûr que la demoiselle pensait principalement aux romans ; Guitry appartient au théâtre, Audiard au cinéma.
Rédigé par: michel taupin | le 17 mai 2008 à 07:47
Un petit souci, cependant, dans l'exemple donné: les différences de longueur. Il est des cas où cela est déterminant. La première mouture est certes plate, mais elle a l'avantage d'être rapide, ce qui convient à un récit rythmé (ou à un feuilleton où on est payé à la ligne - demandez à Alexandre Dumas ce qu'il en pense). Le second est plus vivant, mais risque d'essouffler le lecteur si ce n'est pas hyper bien fichu. Que d'éléments à pondérer!
En revanche, d'accord quand tu dis que trop de tirets finissent par désorienter le lecteur. On peut également faire passer le message par des attitudes corporelles, hors dialogue: ça impulse un rythme différent, et donne à voir autre chose.
"
- Rends-moi mon jouet.
- Nan. Va te faire foutre.
Kevin lança alors à Nolan un de ces regards furieux dont il avait le secret. C'était SON camion de pompiers en plastique avec grande échelle incorporée, mince! "
Rédigé par: Daniel Fattore | le 17 mai 2008 à 09:18
@ Michel Taupin.
>> je suis sûr que la demoiselle pensait principalement aux romans ; Guitry appartient au théâtre, Audiard au cinéma.<<
Elle dit pourtant, en conclusion de son post : « l'influence du screenwriting, probablement... ». Guitry : 35 films, un roman. Audiard, je ne sais pas, mais beaucoup de films, plus dix romans.
Rédigé par: Francois Martini | le 17 mai 2008 à 13:25
@ François Martini : oui mais wrath parlait de l'influence du screenwriting sur le roman, et non pas du screenwriting tout court...
Les 35 films de Guitry, même s'ils "sont des films", appartiennent malgré tout plus au théâtre qu'au cinéma (excepté les fresques historiques, mais elles sont très minoritaires). Il ne s'en est jamais caché et ce qui reste de proprement cinématographique chez Guitry (plan-séquence, principalement) ne prend véritablement sens que dans un rapport de comparaison avec la Nouvelle Vague (en particulier Rivette et Rohmer). Froideur du cadre, statisme, linéarité du montage, tout appelle, cinématographiquement, le théâtre. Quant au roman, vous le dites vous-même, il n'en a écrit qu'un seul..
Et pour ce qui est d'Audiard, même dans ses dix romans, le bonhomme reste (me semble-t-il)un dialoguiste de cinéma.
Rédigé par: michel taupin | le 17 mai 2008 à 15:22
Michel, vous êtes le seul, ici, qui dit que Wrath parle de roman. on en trouve rien dans son post, ni ailleurs que dans vos commentaires, l'idée qu'il n'est question que du roman. Elle parle de dialogue, moi aussi.
Les films de Guitry sont de vrais films, souvent adaptés de pièces de théâtre, mais comportant des scènes ajoutées spécifiquement pour le cinéma. Certes la caméra est fixe, mais c'est inévitable, à l'époque. La Nouvelle vague n'a pu survenir plus tard que parce que les caméras étaient alors devenues plus légères, donc plus maniables.
Quant à ce qu'il vous semble d'Audiard, peu importe : il est dialoguiste, ne vous en déplaise. Or c'est bien de dialoguistes qu'il était question.
Rédigé par: Francois Martini | le 17 mai 2008 à 16:17
"Trop de "dit machinchose" et "répond trucmuche" alourdit le récit."
Merci Stephen King ...
"Allez, je vous laisse avec des devoirs. Relisez le début de Plateforme de Houellebecq"
Non merci, c'est le week-end et il fait beau !
Rédigé par: sirius | le 17 mai 2008 à 17:02
Je n'aime pas beaucoup les romans de Gavalda (trop conte de fées pour mon goût) mais je trouve ses dialogues particulièrement réussis. Ils expliquent en grande partie l'engouement de ses centaines de milliers de fans.
Rédigé par: nicole | le 17 mai 2008 à 18:05
C'est bien de donner des conseils et des devoirs, mais ce serait mieux de pas faire de grosses fôôôtes d'orthographe dans les dialogues présentés comme "modèles". MDR. Une petite instit qui fait des fautes dans sa dictée ! Roooo... mais que vont penser les parents d'élèves ?
Rédigé par: Mrs Muir | le 18 mai 2008 à 00:36
@sirius: si Stephen King dit la même chose, c'est la preuve que c'est un bon conseil ;)
@nicole: il faudra que je jette un coup d'oeil aux dialogues de Gavalda. Elle vient de sortir un roman ultra-bestseller, apparemment...
Rédigé par: wrath | le 18 mai 2008 à 00:42
Qu'en est-il des dialogues au présent et à la première personne ? Difficile de varier le vocabulaire, à part les verbes "dire" et "répondre", peu permettent l'inversion.
Par exemple, "avoue-je", "hurle-je", etc, ne colle pas du tout. Alors, comment faire ?
Rédigé par: Virginie | le 18 mai 2008 à 19:28
@Virginie:
"avoué-je", "hurlé-je", etc. On trouve ça chez San-Antonio, qui en use par dérision.
Sinon, il y a au moins un millier de verbes pour dire "dire". Le français est assez souple, finalement...
Rédigé par: Daniel Fattore | le 18 mai 2008 à 20:38
La ponctuation d'un dialogue permet aussi d'en dire long sur le ton employé... Ainsi que le vocabulaire qui s'y accole...
Rédigé par: Dahlia | le 18 mai 2008 à 23:08
Mais écrivez des romans qui se passent chez les muets: la description du langage des signes va vous ouvrir des portes!
Rédigé par: Ramon | le 19 mai 2008 à 07:56
Bonne idée Ramon!
"Je ne sais pas ce qui s'est passé", gesticula Igor.
"moi non plus, et je ne veux pas savoir", trembla Yvette.
Rédigé par: JEMRIR | le 19 mai 2008 à 10:30
moi je conseille plutôt Bukowski / Hubert Selby jr / Céline / John Fante
Rédigé par: Zorglub | le 18 juin 2008 à 16:46
La seule règle qui m'a servi pour écrire des dialogues est que chaque phrase de dialogue doit nous en apprendre sur son auteur, c'est d'ailleurs à ça qu'elle doit être destinée autant qu'au déroulement de l'intrigue.
-Sinon y a pas de règle, moi j'te dis. Tu me trouves un règle, je te trouve un chef d'oeuvre qui la contredit.
Rédigé par: Jo Jaguar | le 19 juillet 2008 à 05:33