L'Atelier de Wrath: Recherches, documentation, intrigue
La semaine dernière, j'ai parlé de la construction de personnages. Mais un roman ou une nouvelle ne peuvent pas tenir uniquement sur des personnages, même bien construits.
Vous n'êtes pas là pour confesser vos petites misères, mais pour donner envie au lecteur de tourner les pages. Et l'intrigue est le seul moyen d'animer votre récit.
Revenons rapidement sur les personnages. Un bon personnage aura certes des traits de personnalité communs avec vous, ce qui assure un "effet de réel". Mais ne vous contentez pas de la facilité: pour enrichir vos personnages, et donc votre intrigue, faites des recherches.
Documentation, recherches et réalisme
Il faut imaginer que vous êtes un professionnel de l'écriture: est-ce qu'un chercheur écrirait un papier sans avoir lu un maximum sur son sujet? Est-ce qu'un journaliste pondrait un article sans s'être déplacé sur le terrain, et avoir conduit quelques interviews ?
En tant qu'écrivain, vous devez être le plus exact possible. Et pour atteindre un niveau satisfaisant de réalisme, il faut vous documenter sur votre sujet, vous déplacer, rencontrer quelques personnes qui pourront vous renseigner.
Si un de vos amis est avocat, pourquoi ne pas demander à visiter son cabinet? Emportez un petit carnet, et prenez un maximum de notes: décoration aux murs, emplacement des bureaux, vêtements de la secrétaire,...
Pour mon second roman, j'ai rencontré la responsable de l'association Huntington à Londres. Elle m'a donné de la documentation et a gentiment répondu à mes questions.
Rythme de travail
Mais attention à ne pas vous laisser piéger dans des recherches qui n'en finissent pas. Fixez-vous dès le départ une date limite.
Et ensuite, reprenez l'écriture, en essayant d'être le plus régulier possible. Personnellement, j'essaie d'écrire 1h (quand j'ai travaillé la journée), ou 3-4h par jour (dans le cas contraire). Et quand je vois que ça n'avance pas, je me fixe un nombre minimum de 1 000 mots.
Un écrivain, ce n'est pas quelqu'un qui attend l'inspiration, c'est quelqu'un qui écrit. Et si vous êtes parfois découragé, dites-vous que l'essentiel est d'essayer (dixit le grand Houellebecq...)
Source de l'image: Koalie, Flickr
Tout cela est bien exact et la méthode à fait ses preuves. Se mettre dans la peau d'un "véritable" écrivain permet d'aller de l'avant...
(et je mets véritable entre parenthèse car qui peut se dire véritablement écrivain ? Je préfère dire auteur, moi !)
Rédigé par: pommeliane | le 08 mai 2008 à 01:52
Il est clair que si on attend l'inspiration, comme on attendrait une grâce divine qui viendrait un beau jour nous souffler à l'oreille de belles phrases, on n'est pas près d'écrire un roman qui tienne la route.
Je crois toutefois au pouvoir de la rêverie, dans les moments de panne: rester allongé les yeux au plafond peut parfois avoir un effet bénéfique; des idées surgissent, des dialogues se mettent en place. Après le plus dur reste à faire.
Ecrire est l'une des activités les plus ingrates qui soient: Françoise Giroud disait qu'elle avait l'impression de devoir s'arracher chaque phrase l'une après l'autre.
Rédigé par: nicole | le 08 mai 2008 à 11:08
"est-ce qu'un chercheur écrirait un papier sans avoir lu un maximum sur son sujet? Est-ce qu'un journaliste pondrait un article sans s'être déplacé sur le terrain, et avoir conduit quelques interviews?"
Malheureusement, trop souvent, la reponse est oui.
Cf les journalistes qui ne bougent pas de leur chambre d'hotel dans la 'green Zone' de Baghdad.
Quant aux chercheurs, j'en parle meme pas...
Rédigé par: Chproutz | le 08 mai 2008 à 13:37
Vous avez entendu parler de ce type qui vient d'avouer avoir écrit une douzaine de guides Lonely Planet sans bouger de sa chambre?
Rédigé par: Lucien | le 08 mai 2008 à 19:03
@ Lucien : cela ne m'étonnerait pas. J'ai visité l'Ukraine avec un Lonely planet. Le guide était très déficient. J'avais l'impression que l'auteur n'aimait pas l'Ukraine.
Rédigé par: Francois Martini | le 08 mai 2008 à 19:41
Ici, Lonely Planet :
http://thelede.blogs.nytimes.com/2008/04/14/lonely-planet-answers-a-writers-claims/
Rédigé par: Francois Martini | le 08 mai 2008 à 19:45
C'est vrai qu'il ne faut pas se perdre dans ses recherches. Rien de pire que de planifier un roman sur des mois, en faisant toutes les recherches possibles et imaginables, et au final, en ayant pour seul résultat que de délaisser le roman en lui-même.
Ou pire, de faire un truc à la Werber, genre "j'ai fait toutes ces recherches, je tiens à ce que tout le monde voie à quel point je connais mon sujet, donc j'en rajoute, et j'en rajoute, et j'en rajoute encore".
Bonne idée, la limite minimum de 1000 mots.
Rédigé par: Ness | le 09 mai 2008 à 09:40
"En tant qu'écrivain, vous devez être le plus exact possible". Soit. Mais l'"exactitude" de l'écrivain a peu de chose à voir avec celle du "chercheur" et du "journaliste". Tu pars quand même d'un postulat pour le moins discutable: écrivain = romancier réaliste (et réalisme façon XIX° siècle). Il existe d'autres possibilités qui mènent à une forme d'"exactitude" sans forcément passer par la "documentation", non? Tiens, rien que le Houellebecq de "Extension du domaine de la lutte": il nous parle bien d'une réalité contemporaine avec une exactitude certaine, mais parle-t-il pour autant en détails (documentés) de la vie en entreprise? Ben non. Une possibilité ne devrait pas devenir un dogme.
Rédigé par: Marco | le 09 mai 2008 à 16:55
Voilà des conseils bien concrets pour écrire, le reste n'est que littérature ...
Rédigé par: Michel Meyer | le 14 mai 2008 à 10:06