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16 juin 2008

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Commentaires

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JEMRIR

C'est bien, vous êtes sur la bonne voie. Votre colère s'apaise, par contre il vous reste ce mauvais fond délateur détestable.
Il me semble pourtant que l'ami de votre tête de turc préférré (JB Gendarme) n'a participé à Décapage qu'après avoir été édité, non?

nicole

Les deux fois où j'ai envoyé un manuscrit au Dilettante j'ai reçu une réponse au bout d'un mois et demi également: vous patienterez donc sûrement au moins jusqu'à fin juin. A moins qu'une des lectrices n'ait le coup de foudre et vous le fasse savoir rapidement.
Chaque fois, je n'ai pas eu de remarque sur le style ou l'écriture mais sur le fond: pas assez palpitant au goût de Maud Béranger et Catherine Martin ( cette dernière est toujours fidèle au poste en 2008).
N'oubliez pas non plus que les éditeurs préfèrent de loin recevoir un roman: Le Dilettante a fait une exception pour Gavalda, mais depuis je crois qu'ils n'ont pas récidivé avec un primoromancier.

nicole

J'avais mal lu, je croyais que c'était vous, Wrath, qui attendiez une réponse: je m'étonnais que ayez envoyé des nouvelles (à un éditeur français en plus), mais la réponse éclairera votre lectrice.
Je constate que vous êtes très ZEN quand il s'agit des désirs de publication des autres;)

Sam Boussik

J’ai exercé les fonctions d’éditeur, directeur de collection, au sein d’une maison d’édition parisienne (indépendante) au cours des sept dernières années.

Cette maison ne publie pas d’œuvres de fiction, aussi j’espère que mon témoignage sur la question des envois de manuscrits ne passera pas pour totalement hors sujet.

Par rapports aux principaux points que vous évoquez, voici quelle a été mon expérience dans l’univers de la non-fiction.

La lecture des manuscrits

Personnellement, j’ai toujours pris connaissance de l’ensemble des manuscrits qui nous étaient adressés. Mais il ne faut pas confondre «prendre connaissance» et «lire in extenso». La lecture des manuscrits représente une part non négligeable du travail d’un éditeur, mais sa journée est composée de bien d’autres tâches dont la principale est de suivre les livres en cours d’édition, ce qui recouvre de multiples dimensions. Même en travaillant beaucoup, les journées sont toujours trop courtes.

Quand je lis un manuscrit, mon but n’est pas de le lire intégralement par principe ni de rédiger une note de lecture à l’intention de son auteur. Si je le faisais, alors je ne pourrais rien faire d’autre car même dans une petite maison, la pile des manuscrits adressés par la poste suffirait à m’occuper à plein temps. Mon but est, plus modestement, de cerner si le texte en question est susceptible de rencontrer ma propre subjectivité d’éditeur, s’il a sa place au sein de notre maison d’édition en particulier – et non pas s’il mérite d’être édité de manière générale. Quand j’estimais, à la lecture des dix à vingt premières pages (parfois plus, parfois moins, parfois assortie d’une lecture de différents passages tout au long du manuscrit), que ce n’était pas le cas, je l’adressais à la personne chargée de le mettre à la disposition de son auteur.

Autrement dit, on ne met pas un manuscrit «directement à la poubelle» sans au moins le parcourir. Mais il peut arriver qu’on l’écarte au bout de quelques pages, pour de multiples raisons dont je ne peux donner ici la liste.

Je précise aussi que dans la non-fiction, les manuscrits qui sont envoyés à l'éditeur entièrement rédigés ne sont pas l’unique source de publication. Certains livres sont engagés alors qu’ils ne sont pas encore écrits, au vu, par exemple, d’un synopsis et d’un échantillon équivalent aux premières pages de l’ouvrage. J’ai ainsi reçu dans mon bureau des dizaines d’auteurs sur la base d’un projet présenté par téléphone ou par mail. Rester ouvert à ce type de propositions, même si seulement une sur dix aboutissent, m’a toujours semblé indispensable : la porte d’un éditeur n'est pas fermée à double tour, même si de multiples anecdotes émanant des auteurs semblent illustrer le contraire.

D’autres ouvrages naissent chez l’éditeur: soit celui-ci a envie de proposer à un auteur (qui parfois n’en est pas encore un) de travailler sur un sujet sur lequel il a manifestement des choses à écrire et le talent nécessaire pour bien les écrire, soit il souhaite engager un livre sur tel sujet qui lui tient à cœur et prend l’initiative de rechercher par lui-même l’auteur qui partagerait cette envie.

Réponse personnalisée ou lettre-type

Dans l’absolu, j’aurais voulu adresser à chaque auteur une réponse personnalisée pour justifier un refus de publication. Question de principe, d’autant que j’ai été auteur (de non-fiction) avant d’occuper des fonctions d’éditeur. Mais je me suis très vite rendu compte qu’au vu de ma pratique ce serait impossible. C’est pourquoi j’ai bien dû assumer les envois de courriers-types que j’ai adressés pendant des années. Les raisons? Comme je viens de le dire, j’ai écarté la plupart des manuscrits au terme d’une lecture partielle. Ce qui ne donne pas le droit, me semble-t-il, de prétendre évaluer un texte. L’autre raison importante, c’est qu’il est extrêmement difficile d’argumenter pourquoi vous ne voulez pas publier un manuscrit. Ce que je peux justifier, ce sont mes choix de publication. Pas les raisons qui m’ont fait écarter un texte.

J’ai souvent répété aux auteurs qui venaient aux nouvelles que mon seul critère de choix était la subjectivité de notre maison d’édition. Un texte nous parle, nous touche, nous emmène, NOUS. Ou pas. C’est très différent d’une évaluation de texte qui se voudrait plus objective (par exemple, celle que nous demandions à un lecteur extérieur avant d’acheter les droits d’une traduction) et qui pourrait renseigner l’auteur sur les qualités et les faiblesses de son propre texte.

Ciblage des envois par les auteurs

Par exception, les seuls manuscrits dont je n’ai même pas lu les premières pages sont ceux que leurs auteurs nous ont envoyé sans même se donner la peine de s’assurer qu’ils pouvaient entrer dans notre ligne éditoriale (au sens large).

Je l’ai dit plus haut, cette maison d’édition ne publie ni romans, ni nouvelles, ni poésie, ni théâtre… Et pourtant, si vous saviez le nombre de manuscrits reçus qui se rangeaient dans l’une ou l’autre de ces catégories ! Temps perdu pour tout le monde. Attente vaine et, au bout du compte, espoir inutilement déçu pour les auteurs.

J’avoue que ça m’a souvent laissé perplexe: le nombre d’auteurs qui ne savent même pas à qui ils envoient leur manuscrit est relativement conséquent. Or il me semble qu’on ne doit pas chercher son éditeur dans l’annuaire mais plutôt dans les librairies ou dans sa propre bibliothèque, en sachant parfaitement pourquoi on adresse son manuscrit à celui-ci et non à celui-là.

Depuis quelques années, une interface permet aux auteurs comme aux éditeurs d’optimiser cette phase de prise de contact: le Web. Sur notre site figuraient l’e-mail direct de chaque membre de la maison d’édition, notamment les directeurs de collection chargés chacun d’une catégorie d’ouvrages spécifique; les recommandations relatives aux envois de manuscrits, expliquant les modalités d’envoi et de retour, ainsi que les délais moyens de réponse de notre part; mais aussi une liste indicative d’éditeurs dont nous nous sentions proches et qui pouvaient constituer pour les auteurs des destinataires pertinents à qui adresser leur manuscrit en parallèle.

J’ai souvent eu l’impression que les auteurs ne prenaient pas le temps nécessaire pour faire le tour de ces infos – ou qu’ils n’en avaient pas le réflexe. Il vaut mieux prendre la température par e-mail que passer un coup de fil. L'éditeur est ainsi libre de répondre au moment qui lui convient sans se lancer dans une discussion interminable. En ce qui me concerne, je répondais souvent avec retard mais je m'efforçais de le faire.

Une dernière chose – j’ai déjà fait bien trop long et je sais que, me situant hors de la sphère de la littérature, le couperet du hors sujet menace de tomber. Sur l’ensemble des livres que j’ai personnellement édités et que cette maison d’édition a publiés, ceux arrivés par la poste, déjà écrits, sont une minorité – ce qui ne signifie pas que les autres sont des publications de type copinage germanopratin, loin s’en faut. Ils suffisent cependant à montrer que sans ausculter avec rigueur la pile des manuscrits, on laisserait passer des perles rares et qu’ainsi on ne ferait pas correctement son métier d’éditeur.

Je pense en particulier à deux auteurs qui (nous) étaient strictement inconnus et que nous avons publiés avec enthousiasme. Leurs manuscrits étaient plein d’esprit, originaux, bien écrits, caustiques, décalés… L’un s’est très correctement vendu, l’autre très modestement, mais cela était secondaire. Nous savions pourquoi nous les avions choisis, c’était là l’essentiel.

Pour ceux que nous avons laissé passer, en revanche, je n’ai pas d’états d’âme. Certains se sont publiés ailleurs, d’autres cherchent encore éditeur. Mais pour ceux-là, en revanche, je ne pourrais justifier les raisons de mon indifférence…

Louis de Savoie

Bon, t'es vraiment lourde avec tes histoires de manuscrit. Je serais curieux de lire ton manuscrit et voir si vraiment tu as du talent.
Tu n'es peut-être pas édité car ton manuscrit n'est pas encore au point.

T'as des couilles ?
Si oui, envoies.

Louis

sirius

moi aussi j'aimerais bien y jeter un coup d'oeil à force de t'entendre en parler. Et si tu nous livrais un ou deux chapitres ? Ou le pitch ?

Marc Galan

Faites une petite visite sur le blog de Leo Scheer. Il y a des manuscrits à foison.
Et vous pourrez laisser vos commentaires
Le blog
http://www.leoscheer.com/blog/
mon manuscrit :
http://www.leoscheer.com/spip.php?page=manuscrit-marc-galan-aube-I
Il y en a pas loin de 100 à lire (mais le mien doit être le plus long. Certains, en revanche, n'ont que 2 pages. Difficile de les classer comme de vrais manuscrits tels que ceux que les éditeurs ne regardent pas quand le nom de l'auteur ne leur évoque rien (ni ami, ni people))

Léo Scheer

Chère Wrath,
Je peux vous le dire, maintenant que nous sommes devenus amis, le manuscrit que vous nous avez envoyé est vraiment un des pires qu'il nous fut donné de lire.

max léon

Oula mais c'est trés bien ça, d'être le pire... chez Leo Scheer, en plus... veinarde !

Marc Galan

Et un post spécial wrath sur le blog de leo scheer ! Le début de la célébrité.

wrath

@sirius: j'ai déjà parlé du pitch de mon premier roman. Il n'y a qu'à aller faire un tour sur mon ancien blog.

@Léo Scheer: après "le manuscrit le plus célèbre du web", j'ai droit à un autre compliment de votre part. Merci pour le coup de pouce marketing!

@max léon: oui, Léo me gâte en ce moment. Je sens qu'il meure d'envie de publier mon second roman...

Léo Scheer

@Wrath. J'ai dit qu'on était devenus amis, mais peut-être pas au point d'en "mourir d'envie". Ceci dit, l'expérience de M@nuscrits serait pour votre deuxième texte un vrai "coup de pouce marketing".

Mary Poppins

Merci à Sam Boussik d'avoir pris le temps de donner quelques éclaircissements sur les différentes facettes du métier d'éditeur. Même sans éditer de littérature, on imagine sans trop de mal que les contraintes sont à peu près les mêmes pour tous les éditeurs. Enfin, ça confirme ce dont on se doutait. Ce que "sale gamine wrath" ne veut pas comprendre...

Pastaga

@Léo Sheer : vous pouvez enlever "pouce" facilement... :) Ah comme vous êtes malin vous...

Carole Fives

@Louis: il faut laisser à Wrath le temps de se dégager des influences de Bret Easton Ellis et de ses cours de creative writing. Pour l'instant, c'est un bébé écrivain...
Un lien vers mes manuscrits sur le blog de Léo Scheer:
http://www.leoscheer.com/spip.php?page=manuscrit-carole-fives-larmoire
@Sam Boussik: Merci de vos éclairages. Mais en effet, ça ne fonctionne peut- être pas exactement de la même façon pour les ouvrages de fiction, parceque le nombre de manuscrits reçus doit être bien supérieur aux essais et parceque les critères de sélection sont plus subjectifs et aléatoires.

Georges F.

"Le Dilettante ne publie que des écrivains au carnet d'adresses bien fourni "
Vous êtes sûre ? Je vous trouve bien catégorique, ô Wrath. Je ne connais qu'un auteur chez Le Dilettante, c'est Christine Avel. Elle a un joli style, de belles idées, et plein de qualités, mais il y en a une qui lui manque : c'est le carnet d'adresses bien fourni. Même le mien doit être meilleur !

Tiphaine

Moi j'ai reçu des réponses dans le mois qui suivit. Certaines comme LaBruyère m'ont appelé une semaine après l'envoi du manuscrit.
Je pense que les manuscrits sont lus. Car sur 14 maisons d'éditions, 9 ont voulu m'éditer (même si la plupart demande de l'argent pour des nouveaux auteurs) et que ce soit des refus ou non, on a toujours fait un cour paragraphe sur mon manuscrit. Et pourtant j'ai aussi envoyé à des grosses maisons comme Robert Lafond.

sirius

"Je pense que les manuscrits sont lus".
C'est ce qu'on se tue à dire ici, en vain.
"Car sur 14 maisons d'éditions, 9 ont voulu m'éditer (même si la plupart demande de l'argent pour des nouveaux auteurs" : heuh, là il y a un problème, Tiphaine - payer pour être édité. Peut-on connaître le nom de ces éditeurs ?

L'Africaine

J'ai envoyé un manuscrit au Seuil :

Quelle idée stupide d’avoir envoyé ce manuscrit aux éditions du seuil. Cette fois, la réaction ne s’est pas fait attendre. Premier point positif j’ai reçu une réponse personnalisée ! Mais quelle réponse :

En effet, le sujet que vous traitez ici est attachant mais seule une écriture réellement neuve pouvait, à notre sens, lui donner son originalité. Or la vôtre nous a paru manquer des pouvoirs littéraires propres à assurer sa pleine efficacité.

Merci l’anonyme du seuil, en gros il me dit la même chose que le dilettante mais en moins enrobé. Je partage également. Mais sur le coup ça fait mal.

Enfin, on n’est pas là pour s’amuser.

J'ai envoyé le même aux éditions le dilettante

En retour du manuscrit qui selon la formule consacrée “…n’a malheureusement pas retenu notre attention.” Maud B du service des manuscrits aux éditions le dilettante a rajouté de sa main, ce petit mot très encourageant :

“Ce récit qui renvoie à une période douloureuse de l’histoire est correctement mené. L’écriture se tient mais il manque une dimension romanesque. On est plus dans les souvenirs autobiographiques que dans le roman”

C’est l’une des rares réponses “humaine” que j’ai reçues. Merci Maud B, merci le dilettante.

Il est vrai, en plus, que lecture après lecture, je partage cette impression, le manuscrit méritait d’être complètement revisité.

http://desecrits.blog.lemonde.fr/

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