Quand j'ai commencé à écrire, j'avais une attitude très française: l'écriture, ça se fait au feeling, on est créatif ou on ne l'est pas. Mais l'expérience m'a rendue plus modeste. Je me suis dit que j'avais encore beaucoup à apprendre, notamment en terme d'intrigue et de structure narrative. En clair, si comme moi vous avez envie d'améliorer votre écriture plutôt que végéter dans l'autofiction, un manual de creative writing peut vraiment être utile.
"Ecrire un roman et se faire publier", qui vient de sortir aux éditions Eyrolles, s'adresse plutôt à des wannabes débutants. L'auteur, Bob Mayer, écrit des thrillers et des romans de science-fiction. Donc si vos modèles s'appellent Proust et Pérec, inutile de vous fatiguer à lire ses conseils. Mais si les références à Stephen King et consorts ne vous rebutent pas, vous trouverez pleins de bonnes astuces dans ce guide.
Ma partie préférée? Quand Bob Mayer parle de la nécessité de faire un plan (ce qui est un peu mon point faible: voir ce post de l'Atelier de Wrath)
"J'estime que je passe environ 25% du temps total à préparer le manuscrit avant d'écrire le premier mot. Chaque jour consacré à préparer et à établir le plan m'économise environ cinq jours d'écriture réelle.
[...] Sans plan, les auteurs rencontrent fréquemment le même écueil: ils se retrouvent bloqués au milieu du manuscrit. Pour moi, au début, ce n'était pas un problème: mes manuscrits d'action/ aventures avaient une intrigue très simple et linéaire, et même si je n'avais pas un plan détaillé en tête, je savais où j'allais. C'était encore plus simple du fait qu'ils se basaient sur ma propre expérience. J'ai donc réussi tant bien que mal à terminer mes premiers romans. Mais dès que j'ai voulu passer à des histoires plus complexes, je me suis trouvé empêtré dans mes intrigues principales et secondaires; pour tout mettre en ordre, il m'a alors fallu passer des jours et des jours à les retravailler, sans écrire réellement."
Et bien sûr, Bob Mayer donne pleins de conseils pour créer une structure narrative qui tienne la route. La partie "écrire un roman" est donc très bien faite, bien qu'un peu répétitive et parfois superflue (cf organiser son bureau, sauvegarder ses données,...)
Par contre, la partie "se faire publier" est complètement indigente. Normal, vous allez me dire: Bob Mayer est Américain, il ne connaît rien au marché de l'édition français. Sauf que son guide a été adapté par les traducteurs pour le public français. Et leur travail est complètement bâclé et consiste en des généralités de type "joignez une enveloppe timbrée à vos envois". De plus, la bibliographie ne comporte aucune référence internet (de type blog de Thomas Clément ou mon blog, ahah!).
Bref, si vous cherchez un guide d'écriture, l'ouvrage de Bob Mayer est parfait. Si vous cherchez à vous faire publier, mieux vaut vous renseigner ailleurs!
"Ecrire un roman et se faire publier", Bob Mayer, ed. Eyrolles 2008, 225 pages, 20 €

Merveilleux ! Après avoir tout compris de la vente, voici qu'on nous enseigne à faire notre propre paquet de lessive, bien ficelé.
"Donc si vos modèles s'appellent Proust et Pérec, inutile de vous fatiguer à lire ses conseils. Mais si les références à Stephen King et consorts ne vous rebutent pas, vous trouverez pleins de bonnes astuces dans ce guide."
À quand la recette du navet "pourri* façon Amélie Nothombt ? J'ai hâte de vendre 100 000 exemplaire du mien ^^
Rédigé par : shining | 23 août 2008 à 09:48
Ca me semble déjà évident au départ, l'élaboration d'un plan. Oui, ça représente aussi chez moi un bon quart du travail sur un roman. Le plan, de toute façon, peut aussi évoluer au fil de l'écriture.
Pour ce qui est de la recherche d'un éditeur, je me souviens (ça doit toujours exister) des annuaires du CALCRE (le Comité des Auteurs en Lutte Contre le Racket des Editeurs), qui m'ont beaucoup aidé, dans les années 90, à mieux connaître les maisons et leurs directeurs littéraires, à ne pas me fourvoyer, ni nourrir trop d'espoirs...
Rédigé par : Thierry Tuborg | 23 août 2008 à 10:46
Conseil perso: écrire sans penser à la publication. Ecrire parce qu'on sent que sinon on va passer à côté de quelque chose. Il n'y a pas de recettes miracles. C'est tout de même l'inspiration qui compte le plus: Simenon et Mauriac avaient-ils pris des cours pour bâtir leurs intrigues? Et je ne parle pas des Maupassant, Balzac et autres grands romanciers auxquels on ne peut reprocher de ne pas savoir ficeler une histoire qui tienne la route.
Même Marc Lévy et Guillaume Musso ont un don d'imagination, un univers personnel qui ne s'apprennent pas dans des manuels.
Ecrire d'abord; publier c'est la cerise sur le gateau.
Rédigé par : nicole | 23 août 2008 à 11:49
@ nicole :
"... Même Marc Lévy et Guillaume Musso ont un don d'imagination..."
Oui, Paul-Loup Sulitzer, aussi.
Rédigé par : Thierry Tuborg | 23 août 2008 à 12:40
Personnellement je préfère Pipo et Mario au cirque !Sulitzer se vante d'avoir utilisé 30 documentalistes pour écrire un livre. Musso et Lévy, comme Alexandre Jardin en son temps, avec Mme feue Françoise Verny, ont leurs correcteurs-nègres.
Je pense que nos auteurs, parmi les meilleurs actuellement, ont tout bonnement renoncer à écrire plutôt que de produire de telles niaiseries dont dont si friand les lectrices de Elle et des éditeurs qui s'intéressent à leurs portes-monnaie de bonnes consommatrices.
Rédigé par : Rousse pète | 23 août 2008 à 15:33
Je crois bon de signaler que Simenon écrivait sans aucun plan, le pauvre, il avait "une attitude très française", et même très belge (il ignorait qu'"un manual de creative writing peut vraiment être utile").
Pire encore, il écrivait ses romans sans même savoir comment ils allaient finir, il ne décidait pas ça avant la centième page. C'est lui-même qui l'explique.
En revanche, il se documentait très sérieusement : quand il décrit le passage d'une écluse, il n'y a pas la moindre approximation.
(n'ayant pas son génie, je prépare un plan, même si je ne le respecte pas. Et ayant internet, je me documente. Ca marche aussi.)
Le danger des méthodes scolaires d'écriture, c'est qu'elles aboutissent à des structures de roman répétitives, parfois très mécanisées. Je me suis permis d'en parler ailleurs à propos de Paul Auster, sur mon blog , mais je ne veux pas
P.S., sans aucune ironie : et votre roman, l'avez-vous commencé ? Le plan est-il au point ?
Rédigé par : Georges F. | 23 août 2008 à 16:11
Excusez-moi, une phrase a sauté en fin d'avant-dernier paragraphe : "... mais je ne veux pas squatter le vôtre".
Rédigé par : Georges F. | 23 août 2008 à 16:15
Indigent, bâclé... bin les traducteurs, ils ont fait leur boulot : les conseils dans l'original ne vont pas beaucoup plus loin. Ou plutôt si, ils parlent d'agents, de "publicists", font la différence entre editors et publishers... toutes ces choses qui n'existent pas de façon vraiment marquante dans le milieu français de l'édition.
Pour être complet, il faudrait effectivement l'annuaire du Calcre (moins à jour à présent), ou les sites internet que nous avons indiqués ; mais lire le livre, effectivement, ne garantit pas d'être publié. Il offre simplement les conseils de base pour faire des envois aux éditeurs et donner les meilleures chances à son manuscrit, et savoir passer à un autre le cas échéant.
Quant à faire un plan, Bob Mayer n'indique pas que c'est la seule solution ; il dit juste que, pour beaucoup de premiers manuscrits, c'est une étape intéressante - et que ce plan ne cesse jamais de se modifier au fur et à mesure du travail.
En tout cas merci pour avoir parlé de ce livre,
Cordialement
Rédigé par : Manu Causse-Plisson | 23 août 2008 à 21:12
@Manu: je n'ai jamais dit que votre travail de traduction était bâclé. Au contraire, j'ai trouvé la lecture de l'ouvrage très facile et plaisante (j'aime bien "la technique RSMG, reste simple mon gars" p.131!)
Et je veux bien croire que Bob Mayer ne donne pas plus de renseignements utiles.
Simplement, il me semble qu'un wannabe qui ne connaît rien au business de l'édition ne va pas strictement rien apprendre de la partie "se faire publier".
Plutôt que mentionner des organismes très généraux, comme la société des gens de lettres ou le centre national du livre, mieux aurait valu parler de la communauté de wannabes (et ex-wannabes) qui s'est créée sur le web.
Je pense aux Jerome Caya, Thomas Clément,...
Le seul moyen de se faire publier, c'est de comprendre comment les autres se font publier. Et après, accepter les règles du milieu de l'édition ou les refuser, au choix.
@Thierry T.: à ma connaissance, le Calcre a mis la clé sous la porte et la revue "écrire et éditer" a disparu.
Rédigé par : wrath | 24 août 2008 à 00:19
A quand le guide "Ecrire un roman et se faire plaisir" ?
Un peu comme le dit Nicole, mais pour d'autres raisons, je ne fais pas de plan. Surtout parce que, une fois l'histoire posée dans le plan, elle m'ennuie. J'ai alors envie d'écrire autre chose qui me surprendrait un peu. Me faire plaisir à écrire, quoi. Et - Oh surprise ! - ce qu'on prend plaisir à écrire (si on ne se fout pas trop de la gueule du lecteur non plus) fait assez souvent plaisir à lire aussi.
Quant à être publié, cela n'a hélas pas grand chose à voir...
Rédigé par : Don Lo | 25 août 2008 à 16:25
"le seul moyen de se faire publier, c'est de comprendre comment les autres se font publier", dit wrath. ah merde! je croyais qu'il fallait un peu de talent... que je suis con
Rédigé par : grand paradi chef | 18 septembre 2008 à 19:21
Eyrolles est le dernier éditeur chez qui j'achèterais un guide d'écriture, en fait.
Rédigé par : Francois Martini | 19 octobre 2008 à 14:03
J'ai tjrs eu envie d'écrire mais je n'y arrive pas. Pourtant j'ai un style assez agréable, des idées pas très banales! Alors que faire? Conseillez-moi s'il vous plait! ct procéder? par où commencer?
Rédigé par : Faty | 30 décembre 2008 à 00:16
@Faty
Vous êtes une petite marrante vous. Comment pouvez vous savoir que vous avez un style agréable puisque vous n'arrivez pas écrire?
Vous vous moquez des conseils de Tatie Wrath, en fait, c'est pas sympa en cette période de Noël.
Rédigé par : nicole | 30 décembre 2008 à 10:27