Un roman proche de l'autofiction que le magazine Lire a adôôôré, ça vous tente? Inutile de grimacer: "La vie en sourdine" du Britannique David Lodge vaut vraiment le détour.
Ceux qui connaissent déjà un peu Lodge ne s'étonneront pas du décor universitaire, avec ses luttes de pouvoir, ses winners et ses losers. Le professeur Desmond Bates fait partie de la seconde catégorie: la soixantaine bien avancée, il est devenu pratiquement sourd (d'où le titre en anglais: "Deaf sentence"). Son handicap l'a forcé à partir en retraite anticipée, ce qui l'ennuie foncièrement: que faire, si ce n'est regarder la télé avec le son poussé au maximum? La solitude devient d'autant plus insupportable que sa femme Fred vit une seconde jeunesse, tant physiquement que professionnellement. Desmond rencontre alors une jeune doctorante, qui semble prête à tout pour qu'il accepte de superviser sa thèse...
David Lodge est excellent pour disséquer l'embarras que provoque la surdité: les dialogues sont souvent drôles et très finement travaillés. Rien d'étonnant, répondrait Desmond: «La surdité est une infirmité comique, contrairement à la cécité, qui est tragique».
Dommage que la forme narrative soit parfois un peu bancale: on aurait aimé que l'auteur s'en tienne à une seule voix, au lieu d'alterner sans cesse de la première à la troisième personne.
Mais ce détail ne devrait pas vous dissuader de lire "La vie en sourdine" avec plaisir. Si je devais faire une sélection de romans lisibles de la rentrée 2008, le bouquin de Lodge figurerait en haut de la pile (avec "Ce Que le Jour Doit a la Nuit" de Khadra...une petite pile, donc...)
"La vie en sourdine", David Lodge, traduction Y. Couturier, eds. Rivages (08/2008), 413 p., 21,50 €

Pour les "bouquins lisibles" de la rentrée, je conseille à tous la réédition de l'excellent "Oui-oui marin".
Rédigé par : Arnaud Guéguen | 08 octobre 2008 à 08:23
L'immense spécialiste de la narratologie, l'experte es littérature, la papesse de l'intertextualité, la consultante en écriture mondialement renommée qu'est notre hôtesse n'a retenu pour l'instant que deux romans "lisibles" (encore que la forme narrative de Lodge soit parfois un peu bancale).
Que sa clairvoyance, sa modestie et sa générosité qui nous baignent chaque jour soient ici chaleureusement remerciées.
Rédigé par : M.Drücker | 08 octobre 2008 à 09:02
Salut Michel ou Marie, j'veux travailler à la TV, tu peux m'aider ?
Oh la vache, quelle mise en abyme!!!
Rédigé par : bidibulle | 08 octobre 2008 à 09:31
Complètement hors sujet : j'ai mis une réponse à Konrad et PhJ sur une discussion précédente, mais elle n'apparaît pas dans la liste. Comment on fait ?
Rédigé par : Lucien Cerise | 08 octobre 2008 à 16:00
Cher, sympathique, merveilleux Bidibulle,
Pénétrer le formidable milieu de la télévision n'est pas chose aisée. Votre talentueuse hôtesse saura probablement vous renseigner avec précision et acuité sur les modalités d'accueil dans le monde merveilleux de l'audiovisuel.
Rédigé par : MDrucker | 08 octobre 2008 à 16:03
Bon, je vais mettre ma réponse sur cette liste, l'autre étant apparemment saturée (désolé, Wrath!).
A Konrad et PhJ : non, je vous assure, vous vous méprenez sur ce que je ressens. Pour moi, ce qui compte n’est pas de réussir dans un milieu, mais de comprendre comment il fonctionne. Pour ce qui concerne le milieu éditorial français, je sais maintenant ce qui est vrai et ce qui est faux. Je sais aussi qu’il y a des nuances et des contradictions. Mais globalement, j’ai capté les grandes tendances majoritaires et les concepts directeurs. Après 10 ans de travail d’"infiltration", j’en ai fait le tour, je peux donc aller voir ailleurs sans trop de regrets. Il reste que j’ai quand même un texte encore non publié sous le bras. Je vais donc essayer d’en faire quelque chose, raison pour laquelle je continue mollement à contacter les éditeurs et à sortir un peu. Mais voyant depuis plusieurs mois que la publication n’avançait pas, j’ai commencé à réorganiser ma vie en fonction d’autres choses que l’écriture, et cela m’apporte autant de satisfactions, sinon plus. A tel point que ça me ferait presque suer que mon deuxième roman paraisse, car je me sentirais obligé d’en écrire un troisième. Et là, je ne sais vraiment pas comment j’en trouverais le temps ! J’ai juste encore un petit projet : à la « demande générale », je vais rédiger une chronique de mes pérégrinations dans le milieu que je mettrai sur Internet. Et puis ensuite, bye-bye ! :-)
Rédigé par : Lucien Cerise | 08 octobre 2008 à 18:33
La fin surtout est superbe, je conseille vivement! (en toute modestie, c'est moi qui ai recomande cette lecture a Wrath, elle avait des a-prioris plutot negatifs...)
Rédigé par : Chproutz | 08 octobre 2008 à 20:45
---Rien à voir avec la note en question---
Je lis ça :
« On connaît ou non la collection M@nuscrit de l'éditeur Léo Scheer : sur une page dédiée, les auteurs peuvent mettre en ligne leur texte, lequel sera commenté par la communauté des lecteurs. [...] Et ce qui devait arriver est arrivé pour Barberine, alias Géraldine Barbe qui avait pratiqué la mise à disposition du livre dans cette fameuse collection M@nuscrit et s'est finalement fait remarquer par la maison. Apprécié par les lecteurs, jouissant de bons commentaires, le livre "Rater mieux" passera de la catégorie consultable sur Internet à disponible en librairie, dès le 15 octobre. [...] Le but pour Léo Scheer est de montrer que l'apparition d'un livre sur un blog n'interdit pas son existence sous forme imprimée. […] »
La suite est à cette adresse : http://www.actualitte.com/actualite/5119-mnuscrit-manuscrit-Leo-Scheer-Barberine.htm
Donc, dans une prochaine note, Wrath, rouge et verte de jalousie devrait nous affirmer au choix que l’auteur (que je ne connais) :
1/ a couché avec son éditeur
2/ travaille dans l’édition (ou a un oncle qui etc.)
3/ jouait les journalistes et commis ainsi de mauvaises interviews pour rencontrer du monde
4 / a un beau cul (cf. sa note relative à l’ouvrage d’Alma Brami et les commentaires tout aussi crétins qui l’accompagnait) et c’est pour ça que.
Ou bien que, simplement, le texte (que je n’ai pas lu) est une merde. Pardon, une bouse. Wrath ne dit pas « une merde », mais « une bouse ». Qu’il ne vaut pas tripette quoi et que vraiment l’édition en France c’est n’importe quoi.
Tandis que les saints anglo-saxons, eux, etc.
C'est tout pour l'instant.
Rédigé par : Kallauze | 08 octobre 2008 à 21:04
Heureusement que David Lodge passe régulièrement sur ce blog. Il pourra ainsi éviter dans son prochain ouvrage les défauts les plus criants du dernier (si criants que même une mal-entendante comme Wrath les a notés, ayant perçu une alternance de voix coupable).
Dommage, cette chronique gentillette d'un bon bouquin partait bien, pourtant.
Rédigé par : Don Lo | 09 octobre 2008 à 15:36
"David Lodge m'a convertie à l'autofiction !"
Mieux vaut entendre ça que d'être sourd.
Rédigé par : Bétov | 09 octobre 2008 à 16:55
Oui, d'autant que l'autofiction est un mouvement (?) littéraire strictement français. Lodge n'en fait pas partie, ni de près, ni de loin.
Rédigé par : Francois Martini | 09 octobre 2008 à 17:15
@Martini:
http://en.wikipedia.org/wiki/Autobiographical_novel
Rédigé par : Chproutz | 09 octobre 2008 à 18:52
@ Chprountz : oui, le roman autobiographique, cela existe depuis longtemps (Proust, Céline…), mais l'autofiction, c'est une école littéraire française et strictement française (comme le nouveau roman) sur un concept inventé en 1977 par le romancier Serge Doubrovski.
Ça va un peu de raconter n'importe quoi, mais passé les bornes, il n'y a plus de limites. C'est la porte ouverte à toutes les fenêtres.
Rédigé par : Francois Martini | 09 octobre 2008 à 20:18
Suis flatté de la suppression de mon commentaire à contenu psychanalytique. J'y vois là le travail du refoulement évidemment, et donc la certitude d'avoir "aidé". Courage LM.
Rédigé par : Konrad | 10 octobre 2008 à 20:51