Les habitués de la blogosphère ont peut-être déjà entendu parler des éditions Sulliver, qui ont publié "La littérature à contre-nuit" de Juan Asensio (alias le stalker) l'année dernière. Les éditions Sulliver sont surtout spécialisées dans les sciences humaines, mais publient également des essais, études, romans, pamphlets...En clair, tout ce qui tourne autour de la ligne éditoriale "prof d'université". Bref, un peu trop sérieux pour moi :)
J'ai quand même parcouru "La Déshumanisation de l'art" avec intérêt. Ecrit par José Ortega y Gasset, intellectuel espagnol du début du 20ème siècle, "La Déshumanisation de l'art" examine les objectifs de l'art moderne: rejet de la tradition, volonté de cultiver un style ludique, dépassement de la mimésis.
Pour ceux qui s'intéresse à l'Espagne des années 20, l'étude préliminaire écrite par Paul Aubert et Eve Giustiniani se révèle très instructive. Pour tout dire, je ne savais même pas que Barcelone était déjà à l'époque une ville cosmopolite attirant les artistes du monde entier (entre autres Picabia et le peintre russe Charchune).
Cela dit, il est évident que "La Déshumanisation de l'art" s'adresse à un public restreint d'étudiants et de profs de facs. J'avoue que j'ai un peu de mal à comprendre la stratégie marketing de l'attachée de presse, qui a envoyé ce livre à un certain nombre de blogueurs.
D'après Edistat, le livre s'est vendu à 60 exemplaires depuis sa sortie le 7 novembre dernier. L'essai de Juan Asensio s'est quant à lui écoulé à 83 exemplaires depuis l'année dernière. Quand je vois ces chiffres, je ne peux m'empêcher de m'interroger sur l'utilité de ces petites maisons d'édition, grassement dotées par le contribuable. Pourquoi ne pas publier ces textes "difficiles" sur Internet? Il me semble qu'une publication online permettrait de toucher un public bien plus large, avec des coûts beaucoup moins élevés...
Dans cette perspective, "La déshumanisation de l'art" prend un sens nouveau. Un art pratiquement sans lecteur, un art cloisonné dans le ghetto des micro-maisons d'édition, un art dés-humanisé en somme...

"Quand je vois ces chiffres, je ne peux m'empêcher de m'interroger sur l'utilité de ces petites maisons d'édition, grassement dotées par le contribuable."
C'est à dire ? De combien de milliers d'euros a été "doté" Sulliver pour publier Ortega y Gasset ? Est-ce une avance sur traduction ou une subvention pure ? CNL ? Unesco ? Merci d'éclairer notre lanterne.
Rédigé par : Zuleika | 14 décembre 2008 à 02:21
Ma chère, plusieurs choses.
D'abord, jusqu'à preuve du contraire, la qualité d'un livre ne se juge pas au nombre d'exemplaires vendus parce que, dans ce cas, Nothomb serait un écrivain, et que dire de Le Clézio ou de Marc Lévy! Jette donc un oeil aux aléas des tirages de quelques grands auteurs (je ne me compare pas à eux, certes) et constate le grand nombre de celles et ceux qui ont même dû payer de leur poche (à compte d'auteur donc) pour voir leur texte paraître.
Ensuite, certains des textes constituant ma Littérature à contre-nuit (n'oublie pas qu'il s'agit d'une réédition, il faut donc cumuler les chiffres que tu donnes à ceux du livre publié naguère par A contrario, ce qui fait que l'on doit plutôt tourner à quelques centaines d'exemplaires...) ont justement été publiés... sur mon blog... Je pense en effet que la Toile sans un livre physique ne vaut rien. Certes, un livre sans son corollaire virtuel semble à son tour valoir de moins en moins mais je laisse ce débat au grand spécialiste auto-proclamé du bavardage virtuel, j'ai nommé François Mallarmé-Bon...
La déshumanisation de la littérature, donc, n'est peut-être pas là où tu le crois mais dans la publication publicitaire de navets.
La liberté, au contraire de tes dires, serait donc réfugiée dans ses micro-maisons...
Quant à la politique de l'attachée de presse de Sulliver, je dis cela d'autant plus facilement que je ne fais même pas partie des heureux élus ayant reçu un SP, elle n'est ma foi pas mauvaise, si l'on juge, comme je le fais (voir lien), que la véritable critique littéraire s'est réfugiée sur la Toile, beaucoup plus que dans les vagues suppléments littéraires, poussifs, convenus et se réduisant comme peau de chagrin, des principaux quotidiens français...
Rédigé par : Stalker | 14 décembre 2008 à 10:29
Plus simplement, publier un livre qui se vent peu permet qu'on puisse l'acheter et le conserver dans sa bibliothèque. C'est aussi simple que cela.
Rédigé par : François Martini | 14 décembre 2008 à 10:55
La naïveté de Wrath est touchante. Les "grosses" maisons d'édition, et même lorsqu'elles sont largement bénéficiaires, touchent beaucoup plus d'aides et de subsides que les petites maisons d'édition. A titre d'exemple, 20 000 euros d'aide à Galllimard pour traduire Daniel Deronda de George Eliot. Tous les chiffres sont disponibles sur le site du CNL, dans leur rapport annuel, et cela en dit beaucoup sur l'industrie littéraire française. Je suggère à Wrath d'y jeter un coup d'oeil, elle y trouvera de quoi s'énerver.
Rédigé par : Francois | 14 décembre 2008 à 11:07
Le dieu Paon n'est pas mort.
Rédigé par : Zuleika | 14 décembre 2008 à 11:08
Nathalie Dalin dite Chloé Delaume : 28 000 € obtenus du CNL en 2007. J'aimerais trop avoir 28 000 € sur mon compte, ça doit être trop bien quoi. Miam quoi : 28 000, hmmmm.
Rédigé par : O | 14 décembre 2008 à 13:24
Il arrive que de tels ouvrages, du genre vachement universitaire et sérieux, soient achetés par des bibliothèques, et parfois repris dans des bibliographies. Ils sont donc accessibles à un public restreint, mais très intéressé. Une thèse de chimie ou de physique peut aussi avoir de tels tirages, si elle est publiée quelque part; mais elle pourra intéresser des chercheurs spécialisés dans des domaines particulièrement pointus. Si petites soient-elles, de telles pierres sont nécessaires à l'édifice - et il arrive qu'elles soient le fruit d'un travail colossal.
Rédigé par : Daniel Fattore | 14 décembre 2008 à 16:03
Un livre qui se vent ne manque pas d'air, monsieur Martini.
Rédigé par : caroline | 14 décembre 2008 à 16:37
D'ailleurs, en Indonesie, air veut dire eau, madame Caroline!
Rédigé par : Benoit | 14 décembre 2008 à 16:54
Comme souvent sur ce blog, je ne comprends pas (je dois être un peu limité) où est le problème. Qu'est-ce que ça peut vous faire, Lise-Marie, qu'ils vendent 83 ou 8 300 exemplaires ? Vous leur conseillez de s'orienter plutôt vers le net, mais c'est leur problème, non ? En quoi ça peut vous concerner, ou concerner qui que ce soit d'autre qu'eux ? (Tout ce temps gaspillé, que vous pourriez passer à écrire, ça ne vous interloque pas un peu de temps en temps ?)
Rédigé par : PhJ. | 14 décembre 2008 à 20:08
Oui, Mademoiselle Caroline. Je vent, tu vents, il vent.
Rédigé par : François Martini | 14 décembre 2008 à 22:59
@PhJ: en l'occurence, ça concerne surtout les braves contribuables français, qui financent les subventions au livre. Le commentaire de "O" sur Chloé Delaume est intéressant à ce titre: qui a envie de financer les bouses de Delaume?
Rédigé par : wrath | 14 décembre 2008 à 23:36
l'argent du CNL provient d'une taxe spécifique aux livres, les braves contribuables français peuvent payer leurs impots tranquilles : leur argent ne sert qu'à financer les erreurs des banquiers.
Rédigé par : Schuss | 15 décembre 2008 à 11:44