Je viens d'assister à une conférence de Nicolas Fargues, organisée pour la sortie de la traduction anglaise de "J'étais derrière toi". Pour ceux qui connaissent un peu mon blog, vous savez que je déteste l'écriture de Fargues. Je fais partie de ceux que "les phrases et les descriptions sans fin, l’accumulation de verbes et d’adjectifs à la suite, les monologues prétentieux et le narcissime de troisième zone" finissent par fatiguer (voir ICI).
Cela dit, j'étais curieuse de voir en chair et en os le beau Nicolas. Car malgré le degré zéro de sa prose, il a quand même réussi à conquérir un public assez impressionnant. "J'étais derrière toi" s'est vendu à environ 87 000 exemplaires depuis sa sortie chez P.O.L. en janvier 2006, et à 169 666 exemplaires en Folio depuis août 2007 (Source: Edistat).
Effectivement, la petite salle de l'Institut français de Londres était pleine de lectrices enamourées. Et Nicolas Fargues ne les a pas déçus. Non content d'afficher un physique d'éphèbe - yeux verts, cheveux noirs mi-longs, look d'Italian lover - il pratique l'art de parler de lui avec un naturel déconcertant.
Car figurez-vous que dans "J'étais derrière toi", tout est vrai. Il a voulu parler de lui, et être lui-même (le mot myself, prononcé avec un accent français charming, revient en permanence dans sa bouche). Quand il avoue un défaut, c'est un défaut adorable, qui lance un frisson de désir dans l'audience.
"Mon problème, c'est que j'accorde beaucoup d'attention aux femmes. Et mon ex-femme, elle, voulait un vrai mec."
Il lance un regard langoureux vers le premier rang, j'entends un soupir, mission accomplie, il s'est montré vulnérable et sensible, tout ce que les femmes adorent. Après avoir lancé quelques piques contre son ex-femme, le beau Nicolas enchaîne sur sa maîtresse italienne (qui est aussi un personnage du livre, bien évidemment). Après une aventure passionnée, lui et la belle Italienne se sont séparés en bon terme. Elle vient même de lui envoyer son premier roman pour avoir un avis...
Bon, je vous passe les détails sur les aventures des parents de Nicolas F.: les maîtresses de son père, les amants de sa mère,... A un moment, l'interview dégénérait carrément en confession sur le divan. Mais je suppose que cette intimité était parfaitement étudiée: c'est tout un travail de se montrer vulnérable et sensible.
Plus intéressant: ses remarques sur l'écriture. "J'étais derrière toi" lui a demandé quatre à cinq mois de travail, avec très peu de corrections. "Mais vous savez, je n'écris pas la littérature que j'aime. Mes goûts sont très différents."
En clair, Nicolas Fargues ne lirait pas des auteurs qui écrivent comme lui. L'autofiction le gave (et on le comprend). Par contre, quand il s'agit de lui-même, c'est différent. "It's difficult not to be the hero of the story", a-t-il ajouté avec une petite moue charmante...
"J'étais derrière toi
", Folio, août 2007, 5,70 €
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