Comme vous le savez peut-être, je vis à Londres depuis quatre ans, bientôt cinq. Et parfois, je me sens un peu déconnectée de la mentalité des Français "de métropole", ceux qui sortent rarement de leur beau pays natal et n'ont que mépris pour "l'étranger" (assimilé à un ensemble de menaces américano-libérales).
Prenons un exemple concret. Depuis un certain temps, je reçois des emails de lecteurs du Québec mais aussi de France me demandant des conseils sur le creative writing: quel manuel consulter? à quel cours s'inscrire? etc...
Et je fais mon possible pour répondre à ces questions (voir ICI ou LA). Seulement voilà, une autre frange de mes lecteurs ne veut pas entendre parler de creative writing et encombre mes colonnes de commentaires particulièrement bornés. Il est donc temps de détruire certains préjugés:
Préjugé n°1: "Le creative writing, c'est de l'usine à roman de gare. Si je veux écrire comme Marc Lévy, je n'ai pas besoin de cours!"
Si vous sortez ce genre de remarque à un Anglais ou un Américain un tant soit peu lettré, il secouera la tête sans comprendre. Ainsi, Jonathan Franzen a enseigné le CW à l'université de Swarthmore. Or comment chacun le sait, Franzen est également l'auteur le plus élitiste qu'est jamais produit New York: en 2001, il a refusé de participer au show d'Oprah Winfrey, estimant qu'il n'avait rien à voir avec la culture de masse défendue par Oprah.
Rappelons également que la liste des enseignants de Princeton comprend entre autres Jeffrey Eugenides, l'auteur de "Virgin Suicides". Pas vraiment votre roman de gare moyen! (Sans compter Edmund White et Joyce Carol Oates...)
Préjugé n°2: "Moi, je suis un vrai artiste. Je ne vais pas formater mon écriture avec des règles rigides. Je suis pour la liberté créatrice, pas pour l'endoctrinement."
Prenons un roman comme "American Psycho" (qui, comme chacun le sait, est ma bible). Vous croyez vraiment que B.E. Ellis aurait pu produire ce chef d'oeuvre s'il n'avait pas suivi des cours de CW pendant des années? C'est justement parce qu'il savait déjà écrire, parce qu'il connaissait les règles de base qu'Ellis a pu tenter d'autres combinaisons créatrices.
De même que Matisse a fréquenté la très normative Ecole des Beaux-Arts avant de se lancer dans des compositions plus audacieuses, de même que Marguerite Duras a commencé par des romans "à intrigue" avant d'écrire "Le Vice-Consul", il est normal pour un wannabe de commencer par apprendre les règles de son art.
Car au fond, l'attitude française bornée est très proche du nihilisme punk: "je me mets à beugler sans savoir comment me servir d'une guitare". Désolée, mais ce n'est pas comme ça que je conçois le métier d'écrivain. J'ai 27 ans, j'ai probablement dix ou quinze ans d'écriture devant moi. Je veux maîtriser les règles de base, et continuer à progresser. Mon modèle n'est pas Proust, mais plutôt Lionel Shriver (ancienne élève de CW à Columbia University). Finalement, je suis bien plus modeste que tous ces wannabes qui crachent sur l'écriture créative: je ne me prends pas pour un génie, juste pour quelqu'un qui a encore beaucoup à apprendre.

Pinch me, I must be dreamin' :D
Bon trêve d'anglais foireux, Lise-Marie, poste-nous enfin des extraits ou du moins un bon pitch de ton roman se déroulant dans le milieu de l'art contemporain :)
Rédigé par : Dahlia | 28 janvier 2009 à 02:18
..."dix ou quinze ans d'écriture devant moi". Comment tu calcules ça? Et qu'est-ce qui se passera après? Sans ironie, j'aimerais bien savoir ce que tu entends par là. Dix ou quinze ans avant le renoncement? la publication?
Rédigé par : alma | 28 janvier 2009 à 06:48
Mettre ces deux passages en perspective et méditer calmement:
"Finalement, je suis bien plus modeste que tous ces wannabes qui crachent sur l'écriture créative: je ne me prends pas pour un génie, juste pour quelqu'un qui a encore beaucoup à apprendre."
"Prenons un exemple concret. Depuis un certain temps, je reçois des emails de lecteurs du Québec mais aussi de France me demandant des conseils sur le creative writing: quel manuel consulter? à quel cours s'inscrire? etc...
Et je fais mon possible pour répondre à ces questions."
Rédigé par : Morneplaine | 28 janvier 2009 à 08:26
Perso c'est les 10 ou 15 ans d'écrire devant moi (j'ai 27 ans nous dit-elle) qui me questionnent et m'interrogent le plus (à l'instar d'alma). Tu exploses à 40 balais, c'est ça ? Physiquement ou commercialement ? Non parce que je vais bientôt atteindre cet âge canonique et je voudrai prévoir. Changer la moquette pour du lino plus facile à nettoyer, surtout avec la question des entrailles qui risquent de s'incruster dans les fibres. Sans parler de l'odeur. C'est ton cap à franchir, ton Everest à gravir, ta fin des illusions à toi que t'as ? Tu te dis que si t'as rien réussi à cet âge là ça veux dire que t'es foutue ? Pas faite pour ce trip ? Si c'est le cas, arrête tout de suite et mets toi à la chanson ou au crochet. Je croyais bêtement que tu écrivais. Pas que tu te bâtissais un plan de carrière.
Rédigé par : Jipouille | 28 janvier 2009 à 09:01
On ne devrait jamais écrire avant quarante ans, en fait. C'est indécent.
Rédigé par : François Martini | 28 janvier 2009 à 09:29
"je ne me prends pas pour un génie, juste pour quelqu'un qui a encore beaucoup à apprendre."
Oulaaaaaaaa!...Qu'est-ce que c'est que cette crise de modestie mystique?! Je ne reconnais plus "notre" Wrath...On nous l'aura changé ("ils"* ont dû reprogrammer le logiciel, obsolète)...
(* le GC2I: Grand Complot International Informatique)
Rédigé par : Georgina Deuxfois | 28 janvier 2009 à 09:32
Le problème, c'est que beaucoup n'ont pas compris que la technique libère et engendre d'autant mieux le processus créatif.
L'atelier d'écriture a pour but de mettre la technique au service du style (qui doit rester personnel)et non pas d'étouffer ce style en le formatant. En revanche, pris au piège de l'absence de technique, le style ne décollera pas.
En France, qui dit atelier dit petites séances amicales autour d'une tasse de thé, où on laisse gentiment courir sa plume en suivant son inspiration...Peu ou pas de corrections, tout reste dans le "ressenti"...Pourquoi pas, si on a juste envie de se faire plaisir en écrivant une jolie page de souvenirs d'enfance ou un discours pour les 40 ans du cousin Charles...Mais pour construire un bouquin, un vrai, qui donne envie de tourner la page, il faut un minimum de savoir faire, comme on bâtit un patron pour coudre une robe...
Rédigé par : Dame Valérie | 28 janvier 2009 à 09:53
@Dame Valérie
...et le patron, c'est la création de qui ?
Je préfère créer le patron que coudre la robe.
Rédigé par : valy christine | 28 janvier 2009 à 10:18
oups
...et on peut coudre la robe sans patron, juste avec de l'imagination, un mètre, des ciseaux, un aiguille et, le fil, il est important.
Rédigé par : valy christine | 28 janvier 2009 à 10:24
Bon, je sors...
Rédigé par : valy christine | 28 janvier 2009 à 10:25
Il y a tout de meme une ribambelle d'ecrivains, disons d'Homere a Bobin en passant par Hemingway, Dostoiewsky, St Exupery ou Bernanos, qui n'ont jamais frequente les cours de CW de Princeton ou Columbia, et qui s'en sont tout de meme bien tires. Oh bien sur ils n'ont pas ecrit American psycho mais ils auraient largement pu rivaliser avec oui-oui. Alors...
Rédigé par : Robert | 28 janvier 2009 à 10:34
@Wrath
"Il faut qu'on parle de kevin" de Lionel Shriver est effectivement un roman impressionnant, très maîtrisé et plus subtil psychologiquement que American Psycho (roman plus abouti lui, pour le style).
Rédigé par : Nicole | 28 janvier 2009 à 10:35
C'est Johanthan FRENZEN et non Safran Foer qui a refusé de se rendre chez Oprah.
N'importe quoi, comme d'habitude,en somme...
Rédigé par : x | 28 janvier 2009 à 12:41
Je suis sortie, mais j'ai laissé derrière moi "un aiguille",ola la, qu'est-ce qu'on peut laisser derrière nous, allez, je reprends : "une aiguille"
Là je sors pour de bon.
Rédigé par : valy christine | 28 janvier 2009 à 13:26
Wrath, déesse du pitch clair, voilà votre vocation toute trouvée. Montez-nous une gentille petite boîte de littérature industrielle et managée. And yes, please, do keep away from Proust.
Rédigé par : Nos ailes de géant | 28 janvier 2009 à 13:28
"un wannabe (de commencer par apprendre les règles de) son art" : tu ne trouves pas qu'il y a un hiatus entre la wannabe que tu es - ne pensant qu'à la publication - et la mention d'un art ?
Rédigé par : sirius | 28 janvier 2009 à 13:40
Copinage :
Il paraît que vous avez demandé au publicitaire Thomas Clement d'intercéder en votre faveur auprès d'un éditeur ? Est-ce vrai ? En tout cas vous recommandez son blog. Alors, que pensez vous du copinage ?
Le terme de "Modestie" en haut de cette chronique vous sied aussi bien qu'u tablier à une vache , hahaha ! Et si e Creative Writing conduit à vos pathétiques nouvelles, vaut mieux s'en passer.
Continuer à me faire rire !
Rédigé par : Marvin331 | 28 janvier 2009 à 13:46
Ah! Wrath, j'aime quand tu contre-attaques!
Oui, de la technique! du savoir-faire! de l'exercice! de la modestie!
Mais.
Comment peux-tu sérieusement penser que les "techniques" d'écriture sont jalousement gardées par les irremplaçables animateurs de Creative Writing (et malheur à celui qui ne s'inscrit pas)? Comme d'hab', tu proposes un tout ou rien: soit du creative writing tellement ouvert qu'on peut devenir aussi bien Marc Lévy que B.E.Ellis (trop cool), soit de la solitude arrogante, intuitive et donc bousoproductive.
En réalité, ce qu'il faudrait (et qui manque bien souvent), c'est de la consistance, qui est un mélange de technique, de vision, de sensibilité, de projet, de prise de risques etc. Que des gens éprouvent le besoin de joindre un prestigieux (et payant) cours de Creative writing pour faire leurs "premières armes", ou se lancer, ou prendre confiance en eux, why not? (pourquoi pas? pour les non-anglophones); mais l'essentiel ne se jouera pas là: confrontation avec les textes des autres (modèles ou anti-modèles), essais, digestions des critiques négatives, voilà, je pense, de quoi faire évoluer sa propre "technique" plus efficacement qu'en faisant des exercices avec les 5 sens et puis de la description et puis avec la fiche de personnage et puis avec changement de point de vue d'éclairage de saison d'âge de pays de temps de mode _ exercices communautaires sans doute sympathiques et permettant peut être de prendre conscience de telle ou telle difficulté d'écriture, mais pas au delà.
Rédigé par : Marco | 28 janvier 2009 à 14:07
Parfait puisque tu es en phase de modestie tu seras ravie d'apprendre que j'ai pensé à toi tout hier après midi...
Le résultat est ici :
http://xannadu.canalblog.com/archives/2009/01/28/12258810.html
amicalement et modestement
yann
Rédigé par : yann frat | 28 janvier 2009 à 14:39
Désolé Yannou, mais je trouve ta version encore pire que la sienne. ça sonne tout simplement comme de la merde.
Rédigé par : J.K Toole | 28 janvier 2009 à 15:13
François.Martini. : Je n'ai écrit de la fiction que pour Chantiers, à plus de quarante ans. Auparavant, je n'avais écrit que des textes pour l'architecture, soit pour mon diplôme, soit pour le travail en agence, mais j'ai depuis longtemps ce regard sévère sur le monde.
Rédigé par : Arturo Bandini | 28 janvier 2009 à 15:53
Je préfère quand même la version Yann. Wrath, c'est bien joli de vouloir toujours se mettre dans la peau d'un personnage et d'écrire à la 1ère personne, mais ce n'est pas donné à tout le monde d'être crédible. Et franchement, tu ne l'es pas, que ça soit dans la peau d'un punk ou de quelqu'un né pendant la guerre, tu écris toujours un peu de la même façon neurasthénique. On ne se dit pas, c'est ce personnage qui écrit, on se dit, c'est wrath. Tu te plains contre l'autofiction et le nombrilisme, mais en fait, tu n'en es pas si loin et c'est peut-être ce qui te conviendrait le mieux :-).
Rédigé par : cassiopée | 28 janvier 2009 à 16:15
"l'auteur le plus élitiste qu'AIT jamais produit New York". Au passage d'ailleurs, "que New York ait jamais produit" sonnerait mieux, indubitablement. Chère Lise-Marie, pourquoi ne pas commencer par vous relire ?
Rédigé par : Fatigué | 28 janvier 2009 à 19:25
Un trouble m'étreint, Wrath. Vous survivez "dans le milieu hostile de l'édition" (donc vous y êtes, ce qui semble incompatible avec votre statut d'aspirante) ou "juste en marge" ? Dites-moi. Ça me permettra de retrouver le sommeil. Pour l'heure, je suis dans la situation peu enviable du capitaine Haddock après qu'Alan lui a posé la question de savoir s'il dormait la barbe sur la couverture, ou sous la couverture.
Rédigé par : Nos ailes de géant | 28 janvier 2009 à 19:27
Mon dieu.
Il y a tant à commenter dans cette bouillie. Je n'ai pas le courage.
P.S: "Si on parlait de Kevin" est un roman de technicien. Ca se lit, mais tous les personnages sont ridicules, à commencer par le petit Kevin qui se comporte comme un adulte dès ses deux ans.
On a vu mieux que madame Shriver comme modèle.
Rédigé par : Pirloui | 28 janvier 2009 à 22:47