Le moins qu’on puisse dire, c’est que “Quai des enfers
” d’Ingrid Astier ne déclenche pas l’enthousiasme. “J'ai rarement vu un truc aussi ringard, un de ceux qui pousse beaucoup, comme moi, à ne plus lire la production française !”, m’écrit une journaliste spécialisée dans le polar.
De quoi ça parle? Une histoire de meurtre à Paris, avec la panoplie des bateaux-mouches et autres bistros où les Parigots s’expriment dans la langue des années 1950.
Extrait: “Ils poussèrent la porte du petit bistrot bruyant et furent accueillis autant par le maître des lieux que par la dorade coryphène, plantée au mur pour l’éternité. « Messieurs Dame bonjour. Vous êtes là, au fond, sur le banc. (Il les accompagna.) Alors… Je vous propose une petite bulle de chez Gramenon ou un verre de rouge ? » bougonna-t-il, non sans fierté.”
On se croirait dans un film en noir et blanc, avec le tenancier de bar qui imite Jean Gabin. Pourtant, “Quai des enfers” vient de sortir dans la Série noire de Gallimard, dirigé par le jeune Aurélien Masson (auquel j’ai eu affaire, il y a quelque temps).
Il paraît qu’Ingrid Astier fait partie du “nouveau polar nihiliste”, un concept destiné à nous faire croire que la Série noire regarde vers le futur. Mais entre la couverture ringarde, le titre très “cinéma d’après-guerre”, et l’auteur qui a précédemment écrit un livre de cuisine, ce rebranding manque un tantinet de crédibilité…

L'extrait en lien fait penser à du sous Fred Vargas (ah, novi va hurler, mais moi j'aimais plutôt bien Fred Vargas jusqu'à ce qu'elle devienne trop prévisible...).
Polar et cuisine du terroir, c'est en effet un nouveau concept et puis ça peut drainer potentiellement toutes les lectrices de Françoise Bernard...
Y a pas à dire ils ont de sacrées idées chez Gallimard.
Rédigé par : Ivanovitch | 21 février 2010 à 09:27
Oui, du sous Fred Vargas. Moi, c'est la présentation de l'éditeur qui m'enchante : "Noël s'approche avec l'évidence d'un spectre". Pas étonnant que la Série Noire ne marche pas fort.
Rédigé par : sirius | 21 février 2010 à 10:47
Que nenni,Ivanovitch. Je suis assez d'accord. Vargas est typique de ce que je définissais dans le débat de l'autre jour. Soit,que pour écrire des polars de façon authentique :l'imagination ne peut suffire. Il faut disposer d'un minimum de matière assortie de compétences et affinités avec les milieux concernés.Alors bien sûr lorsqu'on est lu que par des amateurs de littérature..., on peut faire illusion. C'est une toute autre affaire lorsque le lecteur s'y connait.
Le drame actuel, c'est que les directeurs de collection du polar sont des mecs élevés au jus de concombre qui s'évitent soigneusement au vu de la nature des contrats..., d'avoir à les proposer aux gens réellement concernés. J'ai assez fréquenté les forums d'apprentis auteurs où la cuistrerie est hallucinante. Ils plagient tous ce qu'ils peuvent, pompent les chroniqueurs judiciaires, et se prennent pour des polardeux alors qu'ils sont profs ou banquiers, les gars.
J'ai lu un jour,le polar d'un inconnu absolument remarquable et passionnant. Longtemps après,j'ai appris que le gars avait été 25 ans flic détaché au narcotrafic maritime, marin de haut niveau lui-même. J'ai souri, comprenant pourquoi son livre était génial. Écrire,on peut apprendre ,s'améliorer au fil des jours. Par contre,il y a des choses qui ne s'inventent pas.
Après,reste la polar dit à intrigue,gentillet. Ils sont des centaines à produire ça aujourd'hui ,l'éternel meurtrier en série. Les éditeurs semblent ne pas avoir compris que la dose létale avait été atteinte.
Rédigé par : arquable et passionant | 21 février 2010 à 10:56
Nul écrivain ne pourra égaler Simenon. :-)
Rédigé par : Panthère | 21 février 2010 à 11:08
Sinon au rayon des polars underground et contre-culture, je recommande chaudement les livres de Laurent Fétis, notamment "Le lit de béton" et "Le mal du double-bang". Pour info il a commencé à la série noire...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_F%C3%A9tis
Rédigé par : Dahlia | 21 février 2010 à 11:43
Juste un point de détail, pour parler d'un livre, le mieux c'est de l'avoir lu.
Rédigé par : Luc Ferniot | 21 février 2010 à 12:10
Oui Wrath, la Série noire publie des choses médiocres, comme tous les éditeurs d'ailleurs, mais elle l'a fait de tout temps (comme tous les éditeurs). Il n'y a qu'à se demander ce que l'on peut retenir d'encore viable dans son conséquent catalogue. Mais si elle permet à un James Sallis, un Joe Lansdale, un Ken Bruen ou un Matti Yrjänä Joensuu d'être actuellement publiés et lus (pas par novi évidemment) en France, cela ne me gêne pas.
Masson n'est pas Pépin ou Guérif (qui ne publient pas non plus que de la qualité mais, bon, eux ont une vraie culture polardière), c'est une évidence, mais cela laissera peut-être de la place à de petits éditeurs, vraiment amoureux du polar, pour signer des auteurs dont Galli ne voudra pas ou plus. C'est plutôt une bonne nouvelle.
Enfin, face aux polars écrits par d'anciens flics, loubards et autres chiffonniers sur les marchés (rayez la mention inutile) qui auraient pour eux l'authenticité et donc la légitimité pour écrire – selon novi –, il n'y a pas que du roman à énigmes écrits par des bobos ou des profs de lettres. Et même dans ceux-là, il y a parfois des choses tout à fait passionnantes. Pour s'en rendre compte, il faudrait commencer par lire beaucoup de romans de toutes provenances mais, cela, je sais que novi ne le fait pas (pour l'avoir croisé en d'autres lieux).
Rédigé par : Varg | 21 février 2010 à 12:48
Une journaliste spécialisée dans le polar qui envoie à Wrath ses impressions de lecture et condamne la "production française"...
WTF ?!
Je ne sais pas vous, chers commentateurs, mais moi j'y crois moyen, à ce courrier électronique.
^^
Rédigé par : Alcor | 21 février 2010 à 14:52
Quelqu'un avait un jour souligné ici que Wrath inventait très certainement ses fameux "correspondants" afin de lancer ses billets. Certains doutent même qu'elle soit au Canada, c'est vous dire...
Rédigé par : Varg | 21 février 2010 à 15:18
Oui, chère Wrath, Alcor a raison... Précisez-nous plutôt le nom de cette journaliste (qui fait référence), plutôt que de dézinguer des livres sans même les avoir lus. Car depuis quand un avis de critique littéraire doit être anonyme?
Quand on critique une personne ou un ouvrage, il faut le faire à armes égales.
Sinon, vos arguments d'autorité tombent à l'eau.
Ce n'est pas vous qui dénonciez les méthodes de BHL dernièrement?
A vous d'emprunter "la toge du chercheur" en vous référant à un extrait trouvé sur le net, et à une journaliste anonyme!
C'est très sérieux et très courageux.
Mais l'on n'en attendait pas moins.
Dommage car j'aimais bien flâner dans le monde de Wrath, avec ses aigreurs somme toutes attachantes.
Vous discréditez votre belle position d'oiseau (aux plumes) blessé(es).
Du nerf, Wrath, et plongez-vous dans les livres, plutôt que sur le net.
On vous attend sur ce terrain, où vous avez bien plus à dire.
Rédigé par : Jérôme Delpras | 21 février 2010 à 15:37
Wrath, vous voilà partie pour devenir l'héroïne d'un roman. C'est un bon début.
Rédigé par : Léonie Colin | 21 février 2010 à 17:03
Wrath n'existe pas... C'est Philippe Val avec une moumoute
Rédigé par : Jules | 21 février 2010 à 17:32
Salut Varg, mon existentialiste en sandalettes préféré ! L'homme qui voit les States à travers le prisme de quelques écrivains de polars américains. Cette Amérique qui n'existe que dans les songes de quelques lecteurs français.
Autrement vous en pensez quoi du Ingrid Astier ? Vous qui n'achetez jamais aucun livre par négation du système marchand - dés qu'il arrive en bibliothèque, revenez nous en parler...
Rédigé par : arquable et passionant | 21 février 2010 à 19:30
@ novi arquable et pontifiant
C'est-à-dire que lire des écrivains pour le regard qu'ils proposent sur leur pays en général ou tel problème en particulier, c'est quand même l'un des buts de la lecture, non ?
Je n'achète effectivement (presque) jamais de romans (mais toujours des livres) mais pas par négation du système marchand, je ne sais pas où vous êtes allé chercher cela. Et je n'ai aucune honte à prendre des romans à la médiathèque, j'ai au moins la certitude que je ne tomberai pas sur vos productions (du fait du complot des bibliothécaires parisiens, alliés objectifs du grand patronat de l'édition).
Rédigé par : Varg | 21 février 2010 à 20:16
Cher Varg,
Je ne vous vois plus chez qui vous savez ? C'est dire si j'appréciais vos interventions. Que s'est-il passé ? la censure vous aurait révolté ?
Lire Varg, lire...,je m"y oblige croyez moi, car il faut bien se tenir au courant de ce que sortent les éditeurs bourgeois. J'ai lu ( parcouru) dernièrement Manotti, Cadres Noirs de Lemaitre, et aussi Quai des enfers. Et j'ai refermé ces livres rassuré ! Rien de bien nouveau à l'ouest des éditeurs, c'est plutôt du comme dab...Des gens dont on peut aimer beaucoup ,moyennement, ou pas du tout, le style..., peu importe lorsque c'est le scénario qui pèche de par sa banalité.
Vous connaissant, je vais faire abstraction du message carton pâte politiquement correct recelé par ces livres. Le polar de gôche opposé au nouveau polar nihiliste, vieux débat pas très excitant dont je vous fais donc grâce.
Rédigé par : novi | 21 février 2010 à 20:49
Eh bien, je viens de finir un excellent Kirino Natsuo «Le vrai monde» publié chez le très bourgeois Seuil et qui, comme toute la production de la dame, sort de l'ordinaire, pour peu que l'on sache lire.
J'ai beaucoup apprécié également le «Hypothermie» d'Indridason paru chez la très bourgeoise Métailié et je me suis profondément emmerdé dans «A coups de crosse», publié chez le mécréant La Manufacture de Livres, qui donne la parole à d'anciens braqueurs/taulards/loubards, enfin ceux dont vous pensez qu'ils sont les seuls en droit d'écrire, surtout mal...
Rédigé par : Varg | 21 février 2010 à 21:09
Marrant cher Varg, je suis en phase avec vous..., enfin sur vos lectures, moins sur les sandalettes.
Surtout que j'avais pensé à la Manufacture des livres. Enfin,on me les avaient recommandés. J'ai laissé tomber suite aux 6 mois pour parution. Trop long et j'ai épuisé ma dose de patience avec les éditeurs depuis longtemps. Puis j'ai lu -pardon, parcouru n'ayant pas votre patience- ce ""A coups de crosse""( le titre déjà )...,et, et...,j'ai subitement renoncé à me faire publier chez eux. Il y a des catalogues dans lequel on ne veut pas figurer en effet.
Rédigé par : novi | 21 février 2010 à 21:30
Comme vous y aller... Tout n'est pas à jeter dans la production de La Manufacture. «La vieille dame qui ne voulait pas mourir avant de l'avoir refait», malgré ses maladresses temporelles, était un plutôt prometteur premier roman et la réédition des «Louchetracs» une bonne idée malgré un prix un peu élevé.
Au moins, la Manufacture a une ligne éditoriale originale. Après, que la pression commerciale leur fasse sortir des navets, c'est leur problème et c'est le nôtre, lecteurs, de le dire éventuellement.
Rédigé par : Varg | 21 février 2010 à 23:47
Quand je reçois un email d'un journaliste ou d'un auteur publié, il arrive que la personne ne souhaite pas que je mette son nom sur mon blog. Je respecte ce choix. Après, libre à vous de prendre leurs messages au sérieux ou pas.
@Ivanovitch: Polar et cuisine du terroir, écrit par une normalienne. Un mélange original, mais peu crédible à mon sens.
Rédigé par : wrath | 22 février 2010 à 02:56
Puisqu'il y a des spécialistes ici, cela m'intéresse de savoir sur quels critères ils trient les bons et mauvais polars. Et quels sous-genres "réels" (pas marketing) ils distinguent dans le genre.
Novi j'ai un peu compris, il faut que cela soit authentique et si possible engagé, donc écrit par un flic ou un voyou, avec préférence pour la seconde option. Et les autres ? (Moi je suis un bien modeste amateur de scandinaveries et américaneries que je lis sans complexe pour me détendre, Vargas me détendait mais est devenue franchement trop maniérée à mon goût, les "polars sociaux" me tombent de mains au point que j'en ai oublié titres et auteurs).
Rédigé par : mon iPhone m'a tuer | 22 février 2010 à 07:44
Wrath, franchement, sur ce point (comme sur del Amo en son temps), tu te discrédites. On a beau être des wannabe, il faut garder un code d'honneur.
Tu ne peux appliquer aux livres les travers que tu condamnes chez certains éditeurs: là, tu nous fourgues tes opinions sans lire le roman ni citer tes sources.
D'ailleurs, il faut m'expliquer aussi, au pauvre wannabe que je suis, pourquoi "une journaliste" n'afficherait pas ses positions.
Bon, ce roman, moi je l'ai lu, l'ai apprécié, et ne vais pas le charcuter en critique (qui me ferait croire que j'ai du style), mais je peux te dire que tu y vas en approximations.
Déjà, ce n'est pas un roman sur les bateaux-mouches, il me semble même que c'est le contraire. C'est un roman sur la Brigade fluviale. Et sincèrement, je n'avais jamais lu un livre sur ce sujet. On peut au moins lui reconnaître l'originalité du thème, à la demoiselle, non?
Et si je me permets quelques mots, c'est que l'extrait que tu as pioché sur internet donne une image faussée.
Les épisodes dans un bar homo, où les scènes de plongée dans la Seine, très techniques, tout comme le concert de musique industrielle, ne font pas très Gabin...
Après quelques recherches (car moi j'aime bien ça, fouiner):
http://fichesauteurs.canalblog.com/archives/2010/01/27/16687124.html
on lit que ta cuisinière, elle écrit depuis 1999, avec un prix pour une nouvelle au Mercure de France (tiens, le même que celui de J.-B. del Amo, c'est peut-être par là qu'on devrait commencer!), et qu'elle est normalienne.
Alors, soit on en veut à tous les normaliens parce qu'on s'est planté en prépa, soit on en veut à tous les primés, soit on en veut à tous ceux qui se font éditer (n'oublie pas que toi aussi, tu avais envoyé ton manuscrit à Gallimard), soit on se demande plus objectivement pourquoi cela ne marche pas.
Je me suis remis à écrire, et à y réfléchir, le premier moteur ne me semble pas la frustration.
Tout peut être perverti: imagine, si tu publiais, que l'on te sorte que c'est parce que tu avais croisé Foenkinos un jour dans ta vie...
Bref, Wrath, tu nous as habitué à mieux, en nous donnant les pièges de base à éviter par exemple.
Et là, on te suit.
Mais pas si tu te sers des méthodes de tes adversaires.
Quant à la crédibilité, tu crois qu'un écrivain doit avoir une forme fixe? C'est ridicule.
Change de cible, Wrath.
Et si tu veux devenir écrivain (comme moi, comme nous!), ne crache peut-être pas sur le miroir...
Rédigé par : Jérôme Delpras | 22 février 2010 à 09:57
Et oui, Mon iPhone : le polar est aussi un joyeux fourre-tout qui se situe aux alentours du vrai bouquin d'aventure jusqu'aux confins du roman à intrigue écrit sans sortir de chez soi. Le choix est vaste pour le lecteur, mais on comprendra aisément qu'il y ait plus de candidats auteurs dans la deuxième catégorie que pour aller risquer sa peau du côté de la première.
Engagé est un bien grand mot,d'autant qu'il a été tellement dévoyé, mais il est facile de comprendre encore une fois qu'au fil des lignes que l'on écrit à partir d'une matière authentique, l'auteur lui même finit bien par ressentir ce qu'il va se dégager subliminalement de son récit, qu'à un moment les choses vont lui échapper vers la 150éme page, que même dans le cadre de la fiction qui protège, les personnages vont lui demander des comptes. Dans ces conditions, je préfère nettement Jack London à Agatha Christie,vous voyez...
@Varg
Il y a dans le catalogue de la Manufacture, un côté étrange qui me fait fuir, d'autant que la description de la ligne éditoriale me parait gonflante et racoleuse. Un peu comme ce que font tous ces journalistes comme Pierrat,Ploquin. Je ne m'y situe pas tout simplement,ce qui nous ramène gravement au problème de se faire éditer pour un auteur. Le risque de perdre son âme dans quelque chose que l'on aurait mal cerné au départ. Tous ces auteurs qui rêvent d'être publié à n'importe quel prix n'ont strictement rien compris.
Rédigé par : novi | 22 février 2010 à 10:09
""""Et si tu veux devenir écrivain (comme moi, comme nous!), ne crache peut-être pas sur le miroir...""""
Excellent ""le miroir"" ! On développe ?
Rédigé par : novi | 22 février 2010 à 10:22
Trop mauvais pour être publié chez un éditeur, je compte m'auto-publier. Quelqu'un pourrait-il me filer deux trois conseils ? Merci !
Rédigé par : Gros nul | 22 février 2010 à 15:04
@ iphone
Je n'ai pour ma part aucun a priori, sauf de ne pratiquement plus lire de romanciers français, hors service de presse. Donc je ne suis pas très sûr de savoir, théoriquement, ce qu'est un bon ou un mauvais polar. Cela dépend aussi beaucoup de votre passé de lecteur, de ce que vous êtes capable d'apporter à l'élaboration du livre que vous êtes en train de lire.
Sallis que j'évoquais dans un commentaire ci-dessus, est d'abord un pur styliste (au moins pour la série des Lew Griffin) et la complexité de son écriture est elle-même l'énigme (ses bouquins n'en comporte pas ou pas de traditionnelle). Quand vous lisez x romans construits et écrits un peu de façon standardisée, industrielle (car c'est la majorité des sorties) et que vous tombez sur un tel écrivain, vous avez tendance à dire que cela est bon, uniquement parce que cela est différent. Bien sûr, cela est bon pour autre chose mais est-ce alors partageable avec d'autres lecteurs ?
Toute lecture entre en résonance avec vous, plaisir ou désagrément, par des biais inconnus. La seule chose que nous pouvons faire est d'expliquer éventuellement, cas par cas, ce qu'elle nous a fait ressentir et si une géographie du bon et du mauvais se dessine alors de cette masse d'analyses, elle ne vaudra que pour moi et que pour un temps...
Rédigé par : Varg | 22 février 2010 à 17:53
Merci de vos réponses. (Donc sans délai, après mon ultime et hespérophile Sjöwall et Wahlöö, je teste tout de suite du Sallis). Il est vrai que le formatage "industriel" est patent dans le genre, et c'est la raison pour laquelle je fais l'aveu d'une lecture de divertissement, un peu comme de la littérature sentimentale. J'en ai lu des kilotonnes et je serai bien incapable de mettre un souvenir précis sur tel auteur de telle intrigue où je me souviens confusément qu'il y a des meurtres (terribles et décrits par le menu), et donc un meurtrier (inattendu ou psychopathe ou une secte ou un groupuscule) un enquêteur (psychologue ou flic ou détective, si possible ayant lui-même des problèmes de couple, d'alcool, de dépression), une ville (indispensable, le petit patelin paumé ou la métropole qui est un personnage à part entière), le tout dans une énigme ou une course contre la montre au rythme haletant, évidemment.
Rédigé par : mon iPhone m'a tuer | 22 février 2010 à 19:35
Si vous vous lancez dans Sallis, faites-le dans l'ordre et sur la série des Lew Griffin (voir Le faucheux, Papillon de nuit, Le frelon noir, L'œil du criquet, Bluebottle, Bête à bon Dieu). C'est sorti à la Noire, qui avait publié de bien belles choses en son temps (Ledesma, Crumley, Constantine, tous hautement recommandables également).
Allez voir également du côté de Léonardo Padura qui écrit des choses assez différentes même si son flic est alcoolique dans une ville qui a son importance (LA Havane). Tout simplement parce la critique sous-jacente de la vie à Cuba, la difficulté d'y être un intellectuel sont tissées dans la trame des enquêtes.
La description que vous faites du polar standard est très réussie. C'est vrai que l'on a l'impression de bouffer du "même" en permanence. Certains pourtant, sur ce stéréotype, s'en sortent mieux que les autres...
Rédigé par : Varg | 22 février 2010 à 20:33
@ novi
La Manufacture est une jeune maison d'édition, avec peu de titres encore à son catalogue et on ne peut guère préjuger de ce que sera celui-ci par la suite. Il leur faudrait peut-être une locomotive, un vrai talent dans leur ligne éditoriale pour tirer l'ensemble.
Il y a des petites maisons qui se montent en ce moment mais j'ai le sentiment qu'elles jouent beaucoup, dans un premier temps, sur des fonds de catalogues ou des valeurs sûres qu'elles rééditent, ce qui ne laisse pas forcément de place pour les nouveautés et la prise de risque sur un nom peu connu. En tant que lecteur, je n'ai pas à me plaindre que certains romans désormais introuvables soient ressortis mais je comprends l'éventuelle frustration des auteurs qui ne bénéficieraient pas de cette multiplication des acteurs éditoriaux.
Rédigé par : Varg | 22 février 2010 à 20:38
@Varg
Je crois, à ce que j'en ai lu dans leur éditorial, qu'ils ont une ligne très définie. Assez étrange d'ailleurs vis à vis de ce qui se fait dans le polar actuellement puisqu'ils semblent privilégier des autobiographies style le Colombien, plus des fictions très proches d'un univers un peu mitan à l'ancienne. Bon,l'on sait la fascination des Pierrat and Co pour les truands à l'ancienne et toute la mythologie qui en découle, plus la réédition effectivement d'ouvrages anciens,mais phares à ce niveau. Tout ça est très bien, mais aussi très passéiste..., et donc très éloigné du désir des quelques auteurs de polars existants ou à venir, désirant apporter un peu de sang neuf à ce qui a fait sombrer dans le polar pour dames patronnesses (voire...,celui de ce sujet).
Il me semble à moi, que les éditeurs cherchent avant tout à se faire plaisir, convaincus de la justesse de leur vision, tout en s'exonérant de ce qui se passe autour d'eux. Je dirai pour vous reprendre puisque l'image de la locomotive qui manque est pertinente : quel auteur à condition qu'il soit talentueux ( plutôt que talentueux ,je parlerai de force dans ses écrits)aurait l'envie, dans ces conditions, de tirer un train entier. Je crois à une synergie d'auteurs, mais guère à un seul auteur isolé.
La difficulté dans l'édition du polar en ce moment, serait de mettre la main sur une mouvance d'auteurs style le néopolar en son temps - or,il ne se passe rien à ce niveau, d'où la suprématie des auteurs étranger. Or leurs talents propres bien sûr, ils comblent un vide, et c'est terrifiant si l'on songe aux jeunes lecteurs qui n'ont plus pour référence que des bleds paumés du Wisconsin ou la banlieue de LA. Il suffit de jeter un œil aux concours de nouvelles, ou simplement sur des forums de type Polarnoir, pour assister au défilé des gamins -auteurs en herbe même plus capable de situer des récits ailleurs que dans des pays où ils n'ont jamais foutus les pieds.
Rédigé par : novi | 22 février 2010 à 21:44
Je vous dirais, et cela prolongera aussi ma réponse à iphone, que les meilleurs polars mais surtout romans noirs sont ceux qui touchent à l'universel (c'est aussi bien souvent le cas du roman classique), donc qui mettent en mouvement des émotions, sentiments, structures de récits, enjeux (car un polar doit en avoir) ou engagement (selon Peace, un polar qui n'est pas politique doit être dénoncé) qui se moquent bien alors que l'histoire se déroule en France ou dans le Wisconsin.
Il y a des auteurs qui savent très bien faire cela, sur un livre ou sur toute leur œuvre. Il y en a peu aussi, à mon sens, mais c'est très subjectif, dépendant de ce que vous avez lu ou pas avant.
Sur l'émergence d'auteurs susceptibles de bousculer ce qui s'écrit, je crois que les conditions historiques (donc politiques) n'existent plus en ce moment. Maintenant, journalistes et éditeurs peuvent vous concocter un nouveau mouvement en trois coups de cuillière à pot (voir le "nouveau polar nihilste"...)
Rédigé par : Varg | 22 février 2010 à 22:08
Ouai, forcément si le polar nihiliste à condition que ce terme recouvre quelque chose ce qui en soi...,c'est Chainas. Bon ça devrait pas me faire rire, vu que j'ai été cité à ses cotés l'autre jour chez PN comme auteur novateur. N'importe quoi ces gens qui vous citent sans vous avoir jamais lu, n'est-ce pas.
Pour être plus sérieux, sur les conditions politiques certes, mais c'est faire fi du contexte économique mondial. Moi j'enrage de ne lire aucun auteur évoquer le grand banditisme français ( notre meilleure performance à l'export pourtant, présent en Afrique ,en Amérique du sud, et même en Russie). Rien nada. Bien sûr rien n'empêche un bon auteur d'y rajouter de l'universel( comme vous dites), de l'émotion, et mieux encore de la pensée,pour faire plaisir au lecteur exigeant d'un point de vue intellectuel.
Ça m'ennuie votre propos sur la délocalisation ou non localisation d'un récit, parce que les lieux, les endroits, sont importants et pas que sur la forme.
Rédigé par : novi | 22 février 2010 à 22:45
Eh bien j'ai finalement eu (par hasard) le polar d'Astier entre les mains, et j'ai abandonné vers la page 40. Pas fluide, pas crédible, scolaire, emprunté. Dès les premières pages, on a par exemple une procureure bombasse en talon aiguille à 4h du mat' sur un quai, procureure qui se trouve avoir couché avec un flic présent (la première fois qu'ils s'étaient croisés, autour d'un pendu, hop direct au pieu la nuit-même) et dont un autre flic se dit qu'elle lui rappelle... Bossuet. Donc, non, quelle que soit la qualité de l'intrigue, ce n'est juste pas possible. Sous-Vargas était la bonne appréciation.
Rédigé par : mon iPhone m'a tuer | 24 février 2010 à 14:40
Il faut se boucher le nez en mettant les pieds sur ce site. Comment descendre en quelques lignes le travail d'une auteure. Que votre vomissure apparaisse sur la première page Google en cherchant quelques infos sur Ingrid Astier me désole. Quai des Enfers est une bonne chose pour le polar français et je continuerai à le défendre (heureusement que je ne suis pas le seul) contre ces attaques faciles et non argumentées.
Quant à l'auteur du commentaire juste au-dessus... 40 pages? Laisser tomber un bouquin aussi rapidement et en faire une critique si expéditive c'est faire preuve d'une mauvaise volonté écoeurante. La prochaine fois mettez donc une couche on n'aura pas à nettoyer derrière vous. L'odeur est vraiment insupportable, je m'arrache.
Rédigé par : Gilmoutsky | 16 février 2011 à 01:26
http://noirbazar.forum-actif.info/t1143-quai-des-enfers-ingrid-astier-2010
Rédigé par : Gloups | 16 février 2011 à 11:10
@Gilmoutsky
tout à fait d'accord avec vous, cette lise marie jaillant que je découvre depuiq quelques jours aut ravers de ce blog est d'une jalousie maladive qui a rend aigrie et mechante. Les dieux du fiel hantent ce blog !!!
Rédigé par : Clara | 16 février 2011 à 22:37
Mais non, mais non. Il y a longtemps qu'elle ne se prend plus au sérieux ! Elle fait de l'humour noir, rien de plus !
Rédigé par : Francois Martini | 16 février 2011 à 22:57