"La plupart [des films hollywoodiens] sortent, restent au cinéma quelques semaines, sont retirés des écrans, et sont ensuite oubliés", écrit Robert McKee dans "Story: Substance, Structure, Style and the Principles of Screenwriting
".
"Et pourtant, Hollywood ne fait pas que survivre, Hollywood prospère en raison de la quasi-absence de compétition. Cela n'a pas toujours été le cas. De la montée du Néo-Réalisme à l'apogée de la Nouvelle Vague, les cinémas nord-américains étaient submergés d'oeuvres tournées par des réalisateurs européens brillants, qui remettaient en cause la domination d'Hollywood. Mais avec la mort ou le départ à la retraite de ces maîtres, les dernières vingt-cinq années ont vu un déclin progressif de la qualité des films européens."
Aujourd'hui, les réalisateurs européens interprêtent leur échec à attirer un public comme une conspiration de distributeurs. Pourtant les films de leurs prédécesseurs - Renoir, Bergman, Fellini, Bunuel, Wajda, Clouzot, Antonioni, Resnais - étaient joués dans le monde entier. Le système n'a pas changé. L'audience pour les films non-hollywoodiens est toujours vaste et loyale. Les distributeurs ont toujours la même motivation que par le passé: l'argent. Ce qui a changé, c'est que les "auteurs" contemporains sont incapables de raconter une histoire aussi brillamment que la génération précédente. Comme des décorateurs d'intérieur prétentieux, ils font des films qui accrochent le regard et rien de plus. Par conséquent, l'ouragan de génie européen est devenu une masse de films arides qui laissent un vide comblé par Hollywood.
En revanche, les films asiatiques voyagent maintenant en Amérique du Nord et dans le monde entier, émeuvent et réjouissent des millions de spectateurs, et accrochent facilement l'attention pour une raison principale: les réalisateurs asiatiques racontent des histoires superbes. Plutôt que d'accuser les distributeurs, les réalisateurs non-hollywoodiens feraient mieux de regarder à l'Est, où les artistes ont la passion des histoires et l'habileté pour les raconter brillamment."
Ma première réaction en lisant ce passage a été légèrement agacée: ce type-là n'a pas dû regarder un film européen depuis les années 60. Pour lui, cinéma français = Godard et cinéma italien = Fellini. A croire qu'il est passé à côté de la renaissance du cinéma écossais ("Transpotting", "Morvern Callar",...) ou même français ("La Haine", "Dobermann",...)
Pourtant, Robert McKee n'a pas tort sur le fond. Les films européens que je viens de citer sont des exceptions, dans un océan de semi-bouses à peine regardables, sans intrigue digne de ce nom. Réfléchissez et répondez-moi honnêtement: quel est le dernier film marquant que vous ayez vu? Pour moi, c'est "The Reader" du réalisateur britannique Stephen Daldry. Un réalisateur européen, vous allez me dire. Certes, mais le cinéma britannique - anglais et écossais - tire ses règles du cinéma indépendant américain. En clair, les Stephen Daldry et consorts regardent vers l'Amérique, pas vers la Vieille Europe.
Il serait temps que notre cinéma reflète ce que veulent regarder les gens. Si un film n'a rien à dire, ça se sent tout de suite (et le spectateur n'a plus qu'à fuir!). Ce n'est pas un hasard si notre littérature a du mal à s'exporter, tout comme nos films. Redécouvrons l'art du storytelling, et le public international s'intéressera de nouveau aux artistes européens.





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