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Revues littéraires

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08 juin 2008

Supporter l'échec, continuer à écrire

Lorriemoore372 N'envoyez pas votre travail à une revue littéraire ou un éditeur avant d'être sûr de supporter l'échec.

Voilà le conseil que Lorrie Moore, prof de creative writing à Wisconsin-Madison, donne à ses élèves. Quand Loorie Moore avait 19 ans, elle a publié une nouvelle dans Seventeen. Sa mère s'est sentie encouragée, et a elle aussi envoyé une nouvelle à un magazine. Mais son texte n'a pas été sélectionné, et Mrs Moore senior n'a plus jamais cherché à se faire publier.

En tant que spécialiste des lettres de refus, je ne peux qu'approuver le conseil de Lorrie Moore. Si vous voulez vraiment être publié, c'est-à-dire rendre public votre texte, il faut développer une carapace.

En clair, savoir se séparer de ce qu'on a écrit pour pouvoir avancer, et continuer à écrire...

28 mai 2008

Ecrire comme Leconte de Lisle

Leconte de lisle Aujourd'hui, j'ai tenté d'écrire un sonnet sur le modèle de Leconte de Lisle. Je ne vous fais pas partager mon brouillon, qui est assez médiocre (c'est la première fois que j'essaie d'écrire de la poésie!). Mais vous pouvez toujours relire "Les montreurs", tiré de Poèmes barbares (1862):

Tel qu'un morne animal, meurtri, plein de poussière,
La chaîne au cou, hurlant au chaud soleil d'été,
Promène qui voudra son cœur ensanglanté
Sur ton pavé cynique, ô plèbe carnassière !


Pour mettre un feu stérile en ton œil hébété,
Pour mendier ton rire ou ta pitié grossière,
Déchire qui voudra la robe de lumière
De la pudeur divine et de la volupté.


Dans mon orgueil muet, dans ma tombe sans gloire,
Dussé-je m'engloutir pour l'éternité noire,
Je ne te vendrai pas mon ivresse et mon mal,


Je ne livrerai pas ma vie à tes huées,
Je ne danserai pas sur ton tréteau banal
Avec tes histrions et tes prostituées.

Bizarrement, je ne partage aucun des présupposés de ce poème (l'artiste maudit en proie aux goûts médiocres du peuple). Mais il y a ici quelque chose de sincère et de touchant.

Bon, il va falloir que je trouve un mode d'emploi "comment écrire de la poésie". Des suggestions?

16 février 2008

Des nouvelles de la revue MIR

Blackmir2 Merci à Sarah Salway, qui vient de nous envoyer une nouvelle pour la revue MIR.

Sarah est l'auteure de "Something beginning with" et "Tell me everything", romans publiés chez Bloomsbury (UK) et Ballantine (USA).

La cultissime Ali Smith nous a également envoyé une nouvelle, et d'autres "guest stars" vont prochainement le faire. Donc ça se confirme, le numéro 5 de MIR va être GRANDIOSE (normal, je fais partie de l'editorial team...)

15 février 2008

Changements de point de vue

Voilà un petit exercice de creative writing, histoire de vous entraîner aux changements de point de vue:

Ecrivez une scène de 300 mots ou moins, dans laquelle un groupe contemple un objet ou une personne. Par exemple, des infirmières assemblées autour d'un enfant prématuré. Commencez par un point de vue externe, puis passez au point de vue interne (scène vue par un des personnages uniquement). Vous pourrez conclure en point de vue externe.

(Exercice inspiré par le Routledge Creative Writing Coursebook de Paul Mills).

N.b. N'hésitez pas à m'envoyer votre exercice par email, pour que je vous donne mon avis. Et si vous voulez jeter un coup d'oeil à mon propre exercice, c'est ICI:

Téléchargement ex_routledge.doc

07 février 2008

Le milieu (non hostile) de l'édition britannique

Book_seller Depuis que je m'occupe de la revue MIR, je lis la presse spécialisée autant que possible. Exemple: The Bookseller, qui s'adresse aux professionnels de l'édition (c'est un peu l'équivalent de Livres Hebdo).

Particularité locale: les livres dont la sortie est prévue prochainement sont classés par un système d'étoiles. Si un bouquin recueille 4 ou 5 étoiles, c'est que les livres précédents de l'auteur ont très bien marché. Rien à voir avec la qualité littéraire!

The Bookseller offre un mélange étonnant de considérations de business (comment maximiser le profit, comment repérer un futur best-seller) et de contestation. On peut y lire de nombreuses interviews d'éditeurs indépendants, qui tentent de résister à la concurrence des grands groupes.

Le milieu de l'édition britannique est donc à l'image du pays: divers, et en renouvellement permanent. Ce qui me semble le cadre le plus propice à la découverte de nouveaux talents...

31 janvier 2008

Ecrire en anglais: pourquoi je ne regrette pas...

Banksi En ce moment, je dois dormir 5 heures par nuit pour différentes raisons: jet lag dû à mon voyage à Paris, short story à finir,...

Donc c'est dans un état proche de l'épuisement que j'ai été à mon writing workshop. Mais ça m'a fait du bien de parler avec les autres étudiants de mon cours: personne ne se préoccupe du style ou du "travail des mots" ou des sonorités.

On écrit de la fiction, pas de la poésie: le sens doit prévaloir sur le son.

Par contre, mes "fellow writers" s'enflamment pour des questions plus intéressantes: le personnage est-il assez cohérent? assez ambigu? le lecteur peut-il s'y identifier?

Plus ça va, plus je me rends compte que je n'étais pas faite pour écrire en français. D'ailleurs, 90% des romans français contemporains me tombent des mains.

Vous en saurez plus quand je mettrai un nouveau Podwrath online, d'ici la semaine prochaine: vous verrez, c'est un peu agité...

22 janvier 2008

Philippe Jaenada, le devin

Mir_issue4_cover Il y a quelques temps, ce pauvre Philippe Jaenada me prédisait un futur à la Jean-Baptiste Gendarme (le fondateur de la revue Décapage). Comme tous les ambitieux qui m'ont précédée, je finirais au coeur du milieu littéraire, à flatter plus puissant que moi.

Seulement voilà, publier dans la "Blanche" de Gallimard n'a jamais été un rêve pour moi. Mon ambition, c'est de trouver des lecteurs.

Donc des parcours à la Gendarme ou Foenkinos (qui vendent rarement plus de 3000 exemplaires), ce n'est pas mon truc.

Là où PhJ avait raison, c'est que je finirais par m'occuper d'une revue littéraire. Une "vraie", avec publication papier.

La revue en question dépend de Birkbeck College et s'appelle "Mechanics' Institute Review" (MIR). Je fais partie d'une équipe de 6, et je m'occupe de contacter des auteurs établis, pour leur proposer de nous envoyer une nouvelle.

Par le passé, MIR a accueilli des écrivains comme Joyce Carol Oates, Sarah Waters et Jonathan Coe. Cette année promet d'être un très bon cru, avec quelques "literary stars" qui ont déjà confirmé leur participation.

Donc même si je voulais publier Jaenada et autres starlettes parisiennes dans MIR, je ne pourrais pas. Désolée, Philippe, mais votre (faible) notoriété n'a pas traversé la Manche...

10 décembre 2007

Le personnage n'est pas mort

Rocambole Je me souviens qu'en hypokhâgne, je m'étais tapée une dissertation de 6 heures sur "le personnage". Et pour résumer, voilà ce qu'il fallait écrire: le personnage, c'était bien au 19ème siècle; mais depuis, on a vachement évolué et le personnage est un simple "numéro matricule" (Alain Robbe-Grillet). Donc tout écrivain sérieux se doit de valoriser le style et les mooots. Bref, il doit tuer ses personnages, son intrigue, et (si possible) ne parler de rien.

Ah, les désastres du nouveau roman et autres foutaises post-Barthes !

Je préfère largement lire The Creative Writing Coursebook, qui replace à sa juste valeur les délires "modernistes":

"Arguments over the nature of character in fiction were the topic and focus of much twentieth-century literary debate and writing. The modernist movement was obsessed with it, bent on resisting a Victorian notion of character that believed in a tightly constructed, preordained "human nature". Victoria Woolf's later novels, for example, are meditations on the construction of character, a question that pushes beyond the pages of her book into life, asking what it means to have identity"

Bon, je vais traduire la suite en français:

"Un écrivain au début de sa carrière doit apprendre à construire un personnage avant d'essayer de briser le moule. Picasso a bien appris à créer des dessins parfaitement réalistes avant d'oser casser la figure humaine dans ses peintures cubistes. Beaucoup d'étudiants en creative writing, captivés par les conceptions théoriques du personnage, essaient d'écrire des narrations expérimentales sans avoir d'abord tenté de créer un personnage réaliste. Or le premier roman de Virginia Wool, "The voyage out", est un hommage au roman victorien".

Donc avant d'avoir du "style", avant d'être "gourmands de mots", avant d'être publié aux Editions de Minuit, mieux vaut maîtriser les techniques narratives de base (et donc imiter Marc Lévy!)

04 décembre 2007

Lire ses textes en public

Theatre Je reviens de mon theatre workshop pour apprendre à bien lire son texte devant un public. Car figurez-vous que les Britanniques attendent de leurs écrivains des performances scéniques assez pointues.

Prenons un écrivain comme Hari Kunzru: il figurait sur la Granta List 2003 (club très fermé de jeunes écrivains prometteurs). Toute la presse littéraire a parlé de son dernier roman, "My Revolutions". On pourrait donc croire que Kunzru n'a plus besoin de lire ses textes devant 15 personnes, comme un vulgaire wannabe.

Et pourtant, je l'ai vu récemment à Writloud, évènement littéraire organisé par Birkbeck College. Sa lecture était très pro: bon rythme, ni trop rapide ni trop lent; bonne présence sur scène.

Donc je me suis dit qu'il est temps que je me lance. D'où l'atelier théâtre, qui est (aussi) organisé par Birkbeck.

Pour résumer, on ne se présente pas à un "book reading" les mains dans les poches. Il faut avoir annoté son texte (pauses et moments à accentuer), et bien sûr, s'être entraîné à déclamer à voix haute.

Bon, je suis comme Bret Easton Ellis, "too private a person" pour aimer lire en public. Mais je compte bien m'entraîner et me forcer un peu.

Petit sondage pour finir: un écrivain doit-il, à votre avis, lire ses textes en public? Ou est-ce OK s'il est grognon, introverti et inapte à la performance scénique?

(Je me souviens du flyer pour la soirée de la revue Décapage l'année dernière: "il n'y aura pas de lectures de textes ni de longs discours"...)

01 décembre 2007

A quoi servent les dialogues?

BdwashingtonpostUn cours de creative writing, c'est aussi l'occasion de poser des questions a priori idiotes. A quoi servent les dialogues? m'a donc demandé ma prof.

J'étouffe un baillement et je finis par lâcher: bah, à faire parler les personnages, à voir leur accent et donc leur milieu social.

J'aurais pu ajouter que les dialogues me demandent toujours énormément d'effort. Ainsi, la nouvelle que je viens d'écrire se passe à Seurre, en Bourgogne, dans une famille de chasseurs. Je voulais bien sûr que la langue sonne vraie. Mais comment écrire des dialogues en anglais, tout en faisant "couleur locale"?

J'ai trouvé la réponse en relisant Bret Easton Ellis, en particulier "Discovering Japan" (dans le recueil de nouvelles The Informers). Les dialogues sont ultra-réalistes: ils informent sur le personnage, tout en laissant deviner les non-dits. Et Ellis n'hésite pas enchaîner les silences et les tics de langage: "man" à la fin de chaque phrase par exemple.

Donc avant d'écrire un dialogue, relisez les maîtres. Parmi les Français, Maupassant est de loin mon préféré: vous pouvez lire "Rosalie Prudent" gratuitement ICI.

Et pour info, un dialogue sert également à donner le point de vue d'autres personnages (dans une narration en point de vue interne).

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