Ma méfiance vis-à-vis des petites maisons d'édition date de mon expérience avec Gilles Cohen-Solal, des éditions Héloïse d'Ormesson. A l'époque, j'avais trouvé ça ahurissant de constater que Cohen-Solal pouvait me proposer une publication sans même avoir lu mon roman.
Depuis, je me méfie du discours "les grands sont méchants, mais les petits font bien leur travail". Pour moi, les petits éditeurs se classent en deux catégories: 1) les véreux de Saint-Germain, dont les valeurs sont aussi puantes que celles de leurs confrères chez Grasset ou Fayard. Des exemples? Eho, bien sûr, Léo Scheer, etc... 2) les "voués à l'échec", terrés dans leur coin de province, sans réseau de distribution, sans aucune chance de faire parler d'eux.
Un exemple de ces petites maisons inconnues? Les éditions Presque Lune, dirigées par Yann Sollier. Je lui ai posé trois questions:
1. comment sélectionnez-vous les manuscrits que vous publiez?
"Sur la pertinence, la profondeur et la singularité."
2. qui est votre distributeur (si vous en avez un)?
"Pour l'instant, nous n'avons pas encore de distributeur, nous fonctionnons principalement avec le réseau indépendant à part la fnac et Decitre."
3. que répondez-vous à un auteur mécontent dont le manuscrit s'est vendu à moins de 200 exemplaires?
"Qu'il continue à travailler, à écrire. D'autres ( comme par exemple Boris Vian ) ont vécu la même chose. Qu'un catalogue se construit dans le temps et que les ventes peuvent se réveiller au détour de l'actualité et d'une communication adaptée. A Presque lune par exemple nous éditons des livres dont le sujet contient certaines résonances avec l'actualité, des livres qui nous permettent d'établir des passerelles vers d'autres domaines comme le documentaire, le cinéma ou la musique. Enfin, si l'auteur n'est toujours pas content, je lui conseillerais de manger son livre. Chez nous les auteurs sont des êtres humains comme les autres, pas besoin de les mettre sur un piédestal pour les respecter. Nous avons surtout besoin de les regarder dans les yeux. Et qu'ils nous regardent aussi dans les yeux..."
Qu'il mange son livre? Bizarre. Mais l’essentiel n’est pas là.
L’essentiel, c’est qu’à l’heure des blogs et de la publication à la demande, les petites maisons sans distributeur n’ont plus leur place. Qui va vraiment prendre la peine d’imprimer un bon de commande, de l’envoyer à la maison d’édition avec un chèque, puis d’attendre quinze jours avant de recevoir le livre? Qu’est-ce qu’un auteur a à gagner de ce système archaïque? Que la production de Presque Lune soit, ou non, de qualité ne change rien à l’affaire. Sans distributeur, un petit éditeur est voué à l’échec…
[Profitez de ce post pour découvrir ma rubrique "Ecrivains/ Editeurs en marge", quelque peu délaissée ces derniers temps].
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