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28 août 2008

Au Diable les wannabes!

Logo diable vauvert Au Diable Vauvert ne lit pas les manuscrits de wannabes inconnus, c'est un fait (voir mon expérience ICI). Mais les choses s'améliorent! Leur site internet précise maintenant qu'il faut envoyer un synopsis et les trois premiers chapitres par mail. Les délais de lecture sont ensuite "de cinq à six mois".

En clair: soit vous avez déjà un mini-CV de type "je connais trucmuche", et là, vous êtes autorisé à envoyer votre roman au "comité de lecture". Soit vous ne connaissez personne, et vous pouvez garder votre roman dans le placard.

Au Diable Vauvert ne fait qu'adapter des méthodes pratiquées par les éditeurs anglo-saxons. Et je me dis que finalement, ce n'est pas si mal: au moins, les wannabes inconnus n'ont pas à se fatiguer à payer l'envoi d'un manuscrit qui ne sera pas lu. Un simple email, et vous êtes fixé sur votre sort!

17 août 2008

Trouver un agent littéraire: pas si simple...

Livre_sur_un_banc Attirer l'attention d'un agent littéraire est le but de nombreux wannabes (le mien en tout cas!). Rappelons qu'en Grande-Bretagne, l'agent est un passage quasi-obligé. La plupart des éditeurs prestigieux refusent les manuscrits envoyés par la Poste, pour ne pas gonfler leur slush pile. Système qui a l'avantage d'être honnête: je n'ai jamais vu quelqu'un de chez Bloomsbury ou Jonathan Cape prétendre publier des inconnus. Tout le monde sait qu'il faut passer par un literary agent, c'est accepté, point final.

Et pourtant, le mécontentement gronde dans les rangs des wannabes britanniques et autres écrivains débutants. La raison? Les agents sont accusés de formater l'écriture: ils encourageraient les auteurs à écrire pour un marché. Par exemple, dans ce témoignage du Guardian, Mark Liam Piggott raconte que son agent lui a quasiment commandé d'écrire un thriller, alors que lui avait autre chose en tête. Résultat: aucun éditeur n'a voulu de ce roman raté. Et c'est uniquement quand il a contacté directement des éditeurs indépendants qu'il a fini par se faire publier. Sans l'aide d'un agent.

Tout ça pour dire que dans l'édition, rien n'est simple. Si vous arrivez à trouver un agent, adieu la liberté créatrice (à moins d'avoir déjà un nom vendeur: les Tom Wolfe, Ian McEwan, Martin Amis n'ont aucun compte à rendre à personne). Mais si vous êtes en bas de l'échelle, c'est la galère, en Angleterre, comme en France.

Sce de l'image

13 août 2008

Houellebecq et la possibilité de la haine

Possibilite_ile_haut

Le Figaro sort les crocs pour le film de Michel Houellebecq, adapté de "La possibilité d'une île": "À Locarno, l'auteur des Particules élémentaires n'a pas non plus donné de conférence de presse comme il était prévu, seulement quelques interviews, triées sur le volet. Il valait peut-être mieux, car la presse internationale était plus que clairsemée dans la salle. Durant la projection de ce film post-apocalyptique, on a pu entendre des ricanements, des rires. Certains journalistes ont même quitté la salle avant la fin. À la sortie, les critiques dépités par ce succédané de nanar digne de Max Pécas, agrémenté de longs exposés sortis tout droit de Science et Vie Junior, criaient à la catastrophe, au ridicule, à la philosophie de bazar."

La presse internationale était clairsemée? Vous croyez que si Régis Jauffret, François Weyergans ou Gilles Leroy sortaient un film, les journalistes étrangers s'y intéresseraient? Sachant que ces messieurs ne sont même pas traduits en anglais, ça m'étonnerait beaucoup.

Michel Houellebecq a l'immense privilège d'être lu à l'étranger. Et son film a déclenché un bon buzz dans les médias internationaux, même si tout le monde n'est pas convaincu: ICI et LA.

Quant aux "longs exposés sortis tout droit de Science et Vie Junior", laissez-moi rire! Sachant que le Figaro est d'une complaisance nauséeuse vis-à-vis des poids lourds de l'édition, et n'hésite pas à encenser les bouses de ses propres journalistes, ce revirement polémique sent fort l'attaque gratuite et haineuse. A croire que Michel Houellebecq reste trop politiquement incorrect pour être récupéré par la presse parisienne...

10 août 2008

Régis Jauffret parle de Lacrimosa

Interview de Régis Jauffret au sujet de Lacrimosa. Vous remarquerez qu'il n'a pratiquement rien à dire (et que son interviewer ne lui pose aucune question dérangeante: normal, Jauffret est de l'avis de tous un "grand écrivain"...)

08 août 2008

Comment Amélie Nothomb a réussi à se faire publier chez Albin Michel

Amelie nothomb_figaro On prétend souvent qu'Amélie Nothomb a envoyé son manuscrit par la Poste à Albin Michel (voir les commentaires de ce post). Et bien sûr, ça m'a toujours semblé louche parce que:

1) Albin Michel ne publie pas de wannabes inconnus.

2) Amélie Nothomb est la petite nièce de Paul Nothomb, écrivain publié chez Gallimard (et décédé en 2006).

Mes suspicions sont confirmées par cette interview du Figaro littéraire:

"L'écrivain Raymond Dumay, qui a été un proche collaborateur de l'éditeur René Julliard, fut le premier lecteur d'Hygiène de l'assassin. «C'était un parent par alliance que je connaissais à peine. Je lui ai envoyé mon manuscrit comme on jette une bouteille à la mer. Il l'a apporté à André Bay, ancien éditeur chez Stock, qui le transmettra à Francis Esmenard, patron des éditions Albin Michel.» Trois semaines après sa réception, celui-ci téléphone à Amélie Nothomb qui habite Bruxelles. «Je trouve votre manuscrit d'une intelligence aiguë. Est-ce que vous m'autorisez à le publier ? » dit-il à la jeune femme. «J'ai eu juste assez de voix pour balbutier oui», se souvient-elle."

Et le monde est petit, puisque "Béatrice Commengé, la compagne d'André Bay, l'avait donné à lire à Philippe Sollers avec lequel elle travaille. Le directeur de la collection «L'Infini» n'en voudra pas."

Vous avez là un magnifique exemple de travail en réseau. Si vous connaissez les bonnes personnes, votre manuscrit mérite d'être lu. Sinon, laissez tomber l'écriture!

03 août 2008

Boris Bergmann: "Je vais envoyer mon deuxième roman sous pseudo"

Boris Bergmann_Paris Match "J'en ai marre de cette étiquette de jeune écrivain branché. Je vais envoyer mon deuxième roman sous pseudo pour que plus personne ne me gonfle avec le rock, le lycée; ça va être une bombe", affirme Boris Bergmann dans Paris Match (n° 3085).

J'aimerais vraiment que le jeune Boris tienne sa promesse et qu'il envoie son manuscrit sous pseudo à son éditeur Scali: quelque chose me dit qu'il aura droit à une belle lettre-type de refus! On pourrait également tenter l'expérience avec son premier roman "Viens-là que je te tue ma belle": changer le titre et le nom de l'auteur et adresser le tout à Bertil Scali...

Mais pour l'instant, tout réussit à Boris Bergmann, qui vient d'être élu stagiaire de l'année chez Paris Match: "sa mère ne voulait pas qu'il glande à la maison". Sachant que Bertil Scali a travaillé 8 ans à Paris Match, il ne faut pas chercher bien loin pour trouver le piston.

Tout cela pourrait être risible: un énième coup-marketing porté par un journal à la légitimité douteuse. Ce qui m'ennuie beaucoup plus, c'est que l'espace médiatique est monopolisé par les Boris Bergmann. Des stars d'un jour, sans aucun talent littéraire, qui prenne la place de wannabes doués...

(Cliquer sur l'image pour agrandir)

02 août 2008

Michel Houellebecq, troublé par la "sensualité" de Carla Bruni

Carla_bruni En feuilletant une pile de Paris Match (ah, les joies de la vie en province...), je suis tombée sur cet article de Michel Houellebecq: il fait l'éloge de Carla Bruni, qui a mis en musique un de ses poèmes.

"Lors de notre deuxième rencontre, extérieurement, peu de choses avaient changé ; il y avait juste deux personnes devant sa maison – la sécurité. Mais Carla, elle, avait changé ; il y avait en elle une gravité qui ne s'y trouvait pas auparavant – la conscience de sa responsabilité, de toute évidence. Son destin était si extraordinaire qu'elle ne pouvait plus que l'accepter ; d'où, en elle, une nouvelle douceur. Sa voix avait gagné en sensualité, aussi. En un mot, elle avait mûri. Bien sûr, cela faisait déjà longtemps qu'elle était une personnalité publique ; mais j'ai bien senti qu'elle avait franchi un cran supplémentaire. Elle revenait juste de Londres, et sans doute ça avait joué, la famille royale, etc. Même si elle y était mieux préparée que d'autres, j'imagine que ça ne doit pas être rien de se sentir l'image de la France."

L'image de la France? Parce que Sarkozy l'a épousée en deuxième noces, Carla Bruni deviendrait l'image de la France? Il y a de quoi s'étouffer.

D'autant plus que Carla Bruni a massacré le poème tiré de la "Possibilité d'une île" (vous pouvez l'écouter sur son site en cliquant sur le titre de l'album: "Comme si de rien n'était"). Le très beau poème de Houellebecq devient une bouillie sentimentale pour bobos. Bref, le désespoir à la portée des caniches !

Comme quoi, Houellebecq perd toute lucidité en présence d'une belle femme...

Sce de l'image

24 juillet 2008

Héloïse d'Ormesson: "mon père n'est jamais intervenu dans ma carrière"

Heloise d'ormesson L'éditrice Héloïse d'Ormesson voudrait que le mot "népotisme" ne soit jamais prononcé à son sujet:

"J'ai mené ma « carrière » par mon propre travail, et non grâce à mon père, qui n'est jamais intervenu dans mon parcours professionnel, ni chez Laffont, ni chez Flammarion, ni quand j'ai rejoint le groupe Gallimard."

Bah voyons! A croire que le nom de famille et le carnet d'adresses de papa n'ont servi à rien. Héloïse d'Ormesson est d'ailleurs la première à reconnaître que son nom est une marque:

"La maison devait s'appeler H2O. Et puis notre ami Alain Carrière, le mari de l'éditrice Anne Carrière, nous a conseillé de ne pas nous priver du nom de d'Ormesson, de sa notoriété. Nous avons suivi ce conseil. J'ai pris conscience qu'un nom peut être aussi une marque, et qu'il me fallait assumer dans ma vie professionnelle cette « part d'Ormesson » qui me complexait au début."

Et bien sûr, elle a sûrement rencontré Alain Carrière par hasard, avant qu'il devienne un ami. Rien à voir avec un quelconque réseau!

J'ai bien peur que le mot "népotisme" soit parfaitement adapté à Héloïse. Plutôt que prétendre avoir surpassé le complexe de la "fille de", mieux vaudrait assumer: oui, je dois ma carrière à papa, il a même renfloué les caisses avec Odeur du temps...

Sce de l'image: le Figaro, 21/07/08

23 juillet 2008

Richard Millet, une "perle rare"

Chagall_60Bible_Job_Despair Heureuse qui comme Wrath revient d'un long voyage et lit ce genre d'article:

"Qu'il nous soit permis de défendre Richard Millet contre ses détracteurs non pas en rappelant que c'est un grand styliste, puisque tous les lecteurs de goût s'accordent à le reconnaître. Mais en refusant de voir son discours rageur contre le « devenir industriel de la littérature française » être disqualifié sous prétexte qu'il a quelque pouvoir dans une grande maison [Gallimard]. Quel pouvoir ? Celui d'accepter un nouveau Proust, un nouveau ­Bernanos ou un nouveau Giono dont le manuscrit arriverait par la poste. Mais pas celui de le susciter. En attendant de trouver la perle rare, Richard Millet a donc publié Les ­Bienveillantes de Jonathan Littell, pour le meilleur , et des petites fictionnettes calibrées pour le pire."

J'avoue que j'ai été prise d'un fou rire en lisant cette hagiographie de Saint Millet (que le journaliste n'hésite pas à comparer à Job). Le très prolifique Richard Millet a donc le "pouvoir" de publier des génies envoyant leur manuscrit par la poste. Seulement voilà: plutôt que de publier des wannabes inconnus, il préfère miser sur les valeurs sûres. En clair:

  1. Se publier lui-même chez Gallimard. Au moins, il est sûr d'avoir trouvé une "perle rare"...
  2. Publier des "fils de" tel que Jonathan Littell, qui, rappelons le, avait confié son manuscrit à l'agent de papa.

Donc le nouveau Proust, le nouveau Bernanos ou le nouveau Giono n'ont qu'à ranger leur manuscrit dans leur tiroir. Car si Richard Millet a du pouvoir, celui-ci est tout arbitraire. "Car tel est mon bon plaisir", formule de l'arbitraire royal, s'applique parfaitement au Roi Millet. Et j'ai bien peur que sa majesté ne s'intéresse pas aux wannabes pauvres et sans grade...

Sce de l'image

17 juillet 2008

"Bro": ou les dégâts d'une mauvaise traduction...

Une mauvaise traduction peut ruiner un livre. C'est le constat que fait The Independent dans sa critique des "Enfants de la liberté" (Marc Lévy). L'action se passe durant l'Occupation allemande, et pourtant, les deux personnages principaux s'interpellent par "Bro".

Quand on voit les connotations de "Bro" en anglais, c'est plutôt comique: mettre le langage des ghettos blacks dans la bouche de résistants français, c'est un peu comme associer du camembert avec de la sauce cranberry (= canneberge, aux baies rouges).

Reste à comprendre pourquoi Marc Lévy, qui a vécu aux Etats-Unis des années et habite maintenant à Londres, ne traduit pas lui-même ses romans en anglais. Peut-être est-il conscient, que bonne traduction ou non, son style "sentimental" ne séduit pas les Anglo-saxons (cf The Independent: "I'm sceptical that Lévy's oblique and sometimes sentimental style will appeal to an Anglophone audience")

Rentrée littéraire 2008

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