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15 août 2008

"Elle s'appelait Sarah", Tatiana de Rosnay

Elle s'appelait Sarah La rentrée littéraire vous fait bailler? Jouer à "qui aura tel prix" ne vous intéresse pas? Tout ce que vous voulez, c'est un bon livre à lire pendant le week-end?

J'ai ce qu'il vous faut: "Elle s'appelait Sarah" de Tatiana de Rosnay, roman qui a d'abord été écrit en anglais avant d'être traduit. L'histoire d'une journaliste américaine qui enquête sur la rafle du Vel d'Hiv, et qui est confrontée au fameux "passé qui ne passe pas"...

"Elle s'appelait Sarah" a rencontré un succès entièrement mérité. C'est un roman très bien ficelé: l'intrigue tient en haleine du début jusqu'à la fin. Un bon page turner, donc, même si les personnages manquent parfois de profondeur.

Pour la petite histoire, Tatiana de Rosnay m'a envoyé son livre en service de presse à sa sortie, mais je n'en ai pas parlé pour ne pas faire de pub à son éditeur (contre lequel, vous le savez, j'ai quelques griefs). Mais maintenant que "Elle s'appelait Sarah" est sorti en poche, je ne peux que vous le conseiller!

N.b. De nombreux blogs affirment que "Elle s'appelait Sarah" s'est bien vendu grâce au bouche à l'oreille. Possible. Mais le fait que ce roman ait été classé dans le rayon "littérature étrangère" a certainement aidé. Les Français sont bien plus friands de traductions que de littérature autochtone. Et on les comprend...

"Elle s'appelait Sarah", Tatiana de Rosnay, ed. LGF, avr. 2008, 403p, 6,95 €

09 juillet 2008

Maryse Condé, "Victoire, les saveurs et les mots"

Je ne vous imposerai pas de "sélection des romans d'été", tout simplement parce que je trouve cette tradition stupide: les romans de plage n'existent pas et on peut tout à fait lire "Docteur Jivago" à Saint-Tropez.

Cependant, je suis tombée par hasard sur un roman qui vient de sortir en poche, et qui devrait plaire aux amateurs de biographies romancées. Dans "Victoire, les saveurs et les mots", Maryse Condé dresse un portrait de sa grand-mère, Victoire Elodie Quidal.

Victoire est une fille des îles au physique atypique: peau claire et cheveux raides. Dès son enfance, elle est mise à l'écart: on la soupçonne de sorcellerie, elle semble attirer le malheur. Quand sa grand-mère adorée meure, Victoire devient cuisinière des Walberg, à La Pointe. La bourgeoisie guadeloupéenne loue son talent et recherche ses services. Et pourtant, la vie de Victoire comportera d'autres obstacles difficiles à surmonter...

"Victoire, les saveurs et les mots" fait partie de ces bouquins faciles et agréables à lire. L'atmosphère de la Guadeloupe est très bien rendue par une écriture sensorielle: les sons et les odeurs nous plongent au coeur de l'action. Et bien sûr, on s'identifie aisément au personnage de Victoire, fille intelligente née dans un milieu pauvre et étroit d'esprit.

J'ai quand même été un peu agacée par les interventions du narrateur dans le récit: "Suivons-là, petite silhouette fagotée sans grâce, trébuchant sur ses pieds nus." (p.43, Folio)

Mais dans l'ensemble, "Victoire, la saveur et les mots" est le contraire d'un "roman d'été": une fois le livre refermé, on en garde le souvenir...

Ed. Mercure de France, 2006 & Folio, 2008, 319 p., 6,30 €

07 juillet 2008

La lecture, une activité féminine?

Lecture Je viens de rentrer d'une fête organisée par une de mes amies de bookclub. Comme je ne connaissais pas grand monde, j'ai passé mon temps à me présenter comme "Sophie's friend, we're part of the same bookclub". J'ai expliqué qu'on se réunissait une fois par mois autour d'un verre de vin (ou plutôt une pint de bière dans mon cas) pour discuter d'un bouquin choisi à la séance précédente.

Et là, la réponse des autres invités pouvait se classer en deux catégories:

  • Les filles: "ah, génial, j'adorerais venir à vos réunions! D'ailleurs, je viens de lire un roman de Kundera super intéressant, ça serait super d'en discuter ensemble!"
  • Les mecs: "c'est bien un truc de gonzesse, les bookclubs. Moi, je lis deux bouquins par an, ça me suffit !"

Ceci expliquant cela, notre bookclub compte maintenant sept membres, uniquement des filles. Reste à savoir pourquoi les hommes aiment moins lire, ou lisent moins vite. C'est d'autant plus étonnant que les écrivains les plus successful sont souvents des mecs (y compris en Grande-Bretagne: Martin Amis, Ian McEwan...)

Si vous avez une réponse à ce paradoxe, c'est le moment de vous exprimer...

Sce de l'image

02 juillet 2008

Delphine de Vigan, un succès mérité

Delphine de Vigan Delphine de Vigan a droit à un bel article dans le Figaro: son roman "No et moi", publié chez Lattès l'année dernière, a connu un immense succès (100 000 exemplaires vendus).

Les habitués de ce blog se souviennent de mon coup de coeur pour ce roman, et du Podwrath que Delphine m'avait accordé. C'est un très bon souvenir: une des rares fois où j'ai rencontré un véritable écrivain. La plupart du temps, je ne vois que des écrivaillons persuadés d'être des stars alors qu'ils écrivent comme des pieds et qu'ils plafonnent à 1000 exemplaires (bon, j'arrête d'attaquer le pauvre Christophe Paviot, il va finir par déserter ce blog...)

"No et moi" va maintenant être traduit en anglais: une sortie en 2010 est prévue chez Bloomsbury, dans la collection "jeune adulte". L'éditeur Bill Swainson est apparemment tombé sous le charme en feuilletant le roman à la Librairie des Abbesses, à Montmartre (très Amélie Poulain, tout ça!)

Dommage que les éditeurs britanniques aient cette manie de classifier les romans: "No et moi" ne s'adresse pas uniquement à des ados ou à des"jeunes adultes". Le poids du département marketing est ahurissant: tout roman doit s'adresser à un public particulier, bien délimité. Au fond, les Britanniques sont trop attentifs au public (quel type de consommateur va acheter ce livre? comment le séduire?), alors que les Français ne le sont pas assez.

Ce qui est rassurant, c'est qu'un roman comme "No et moi" ait touché un large public. Comme quoi, les bestsellers de qualité existent, même en France...

24 juin 2008

"Slam", Nick Hornby

Suis-je trop vieille pour lire des romans pour ados?

Probablement. Mais "Slam" de Nick Hornby peut être lu à tout âge (dixit Le Figaro). Me voilà rassurée...

Sam, le personnage principal, mène l'existence sereine d'un teenager londonien. Sa mère l'élève seule, mais il voit son père de temps en temps. Bref, entre le lycée et le skate, tout roule à merveille jusqu'à ce qu'il tombe sur Alicia. C'est l'amour fou, ils passent leur temps dans la chambre de l'un ou l'autre, et ce qui devait arriver arrive: Alicia tombe enceinte. Elle veut garder l'enfant, ce qui oblige Sam à grandir tout d'un coup: peut-on vraiment être père à 16 ans?

J'ai lu "Slam" très rapidement: Sam est un personnage naïf et attachant, un peu agaçant parfois (il est incapable de prendre des décisions, par exemple). Le problème de ce roman, c'est qu'il n'y a pas beaucoup de matière. En ça, "Slam" aurait pu être écrit par Amélie Nothomb: une idée = un bouquin.

Mais bon, si vous connaissez des ados un peu trop portés sur leur boyfriend/ girlfriend, "Slam" peut être une bonne lecture. Ou comment parler d'éducation sexuelle sans mentionner le terme...

19 juin 2008

Robert Kagan, le Retour de l'Histoire et la Fin des Rêves

Chinese threat Robert Kagan, néoconservateur proche de John McCain, vient de publier "Le retour de l'Histoire et la fin des rêves". La vision de Kagan n'est pas celle que l'on apprend à Sciences-Po: le monde n'est pas un paradis post-moderne, réglé par l'avancée inéluctable de la démocratie.

Au contraire, Kagan analyse un retour des régimes autocratiques prêts à se liguer contre le camp démocratique. Bref, le véritable danger n'est pas la montée de l'islam politique, qui mène un "combat désespéré", mais les ambitions chinoises, russes et iraniennes. Si elles veulent survivre, les démocraties ont tout intérêt à s'unir contre les Etats autocratiques.

Vous l'avez compris, tout cela a des relents de Bloc contre Bloc, tout droit tirés de la guerre froide. Fukuyama, le penseur de la "fin de l'Histoire", a raison de critiquer cette vision simpliste: voir ICI.

J'ai envie d'ajouter que Kagan n'a rien compris à la menace islamiste: les terroristes n'ont pas eu besoin du soutien d'un Etat-nation pour organiser les attentats de Londres ou Séville.

Bref, "Le retour de l'Histoire et la fin des rêves" est un essai ultra-ambitieux mais peu convaincant. J'ai de loin préféré La Puissance et la Faiblesse que j'ai lu dans ma grande période néocon à Sciences-Po (eh oui, j'étais déjà trop rebelle à l'époque...)

N.b. la version française de "The Return of History" ne sortira que fin août chez Plon. Mais vous pouvez dès maintenant le commander en anglais.

Sce de l'image: ICI

05 juin 2008

Comment Céline s'est fait éditer...

Louis-ferdinand-celine-036 « Comment j'ai été édité? J'ai déposé mon manuscrit sans nom d'auteur ni adresse [...] j'ai pris un pseudonyme parce que je me moque de moi-même comme des prix et du métier littéraire.»

Voilà ce qu'affirmait Céline dans une interview de décembre 1932, à l'occasion de la sortie de Voyage au bout de la Nuit. Il se construit alors une image de médecin des pauvres, loin du monde littéraire, s'exprimant dans la langue du peuple. Plan marketing très efficace: le Voyage est un immense succès commercial, malgré l'échec au Goncourt.

Seulement voilà: Céline n'était sûrement pas un miséreux, "fils de couturière", "entré à douze ans dans une fabrique de rubans", comme il le prétend. Ses parents voulaient en faire un homme d'affaires international, et l'ont envoyé dans des pensions en Allemagne et en Angleterre pour apprendre les langues. En 1918, après un long voyage en Afrique, il rentre en France et (oh surprise!) travaille dans une revue littéraire, Eurêka. Il y fait notamment la connaissance de Blaise Cendrars et d'Abel Gance.

Le même Abel Gance qui, 14 ans plus tard, proposera d'adapter Voyage au bout de la nuit au cinéma. Pas mal, pour un primo-romancier soit-disant inconnu du milieu littéraire.

En clair, mieux vaut se méfier de l'image que les écrivains veulent projeter d'eux-même. Comme l'écrit le chercheur Philippe Roussin, l'image de l'auteur inconnu du milieu littéraire est en soit un cliché...

Pour en savoir plus, vous pouvez lire:

Misère de la littérature, terreur de l'histoire : Céline et la littérature contemporaine (Philippe Roussin; Gallimard, 2005)

Et

Céline : entre haines et passion (Philippe Alméras, Robert Laffont, 1994); une biographie claire et bien écrite.

18 mai 2008

"Double fault", Lionel Shriver

"Il faut qu'on parle de Kevin" vient de sortir en poche. Si vous ne connaissez pas encore Lionel Shriver, c'est le moment ou jamais...

En ce moment, je suis en train de lire "Double fault" (le 6ème roman de Shriver, écrit juste avant "Kevin").

"Double fault" a pour cadre l'univers du tennis professionnel. Willy, une joueuse de 23, est prête à tout pour percer dans le "top 10". Sa vie est solitaire, jusqu'au jour où elle rencontre Eric, un diplômé de Princeton décidé à devenir joueur de tennis pro. Leur mariage se transforme peu à peu en une compétition acharnée. Jusqu'au jour où Willy fait une chute et se blesse...

Lionel Shriver excelle dans les scènes familiales oppressantes: la rencontre entre Willy et les parents d'Eric, bourgeois new-yorkais obsédés par la réussite de leur fils, est particulièrement réussie.

Mon ami Chrouptz, qui a lu "Double fault" avant moi, l'a trouvé un peu trop "chick lit". Mais chacun sait que les hommes ne savent pas apprécier la littérature sensible.

OK, Willy tombe amoureuse d'Eric au premier regard. OK, son corps d'athlète ne la laisse pas insensible. Mais c'est ce qui fait l'originalité de "Double Fault": un roman d'amour qui parle aussi de thèmes durs et dérangeants...

03 mai 2008

"Sorry" de Gail Jones, ou la culpabilité d'être Blanc

Dans la série "il n'y a pas que les Français qui écrivent des bouses", je suis malheureusement forcée de parler de "Sorry": s'il n'avait pas été sélectionné pour le Orange Prize, je n'aurais jamais lu ce roman (et j'aurais bien fait!)

L'auteure de "Sorry", Gail Jones, est un pur produit de la gauche australienne, rousseauiste et infestée par le "white guilt" (le "sanglot de l'homme blanc", comme dirait Pascal Bruckner).

"Sorry" parle donc des gentils Aborigènes, proches de la nature (ils mangent des lézards) et des méchants Blancs.

Tout commence dans les années 1930 avec le départ de Nicholas Keene, un anthropologue anglais, pour l'Australie. Sa femme Stella y donne naissance à une petite fille, Perdita.

Seulement voilà: Stella ne s'adapte pas à ce nouveau pays, si différent de l'Angleterre. Quant à Perdita, elle est élevée par des servantes aborigènes. Son père étudie les moeurs des "sauvages" la journée, et viole les servantes noires la nuit.

Perdita, elle, passe son temps avec les Aborigènes qui sont les seuls à lui apporter un peu  d'affection. Elle se contente de son sort, jusqu'à ce qu'elle découvre son père assassiné...

Bon, tentons de faire une critique balancée et juste. "Sorry" n'est pas vraiment une bouse made in France: le roman parle de quelque chose, et non des délires narcissiques et autofictionnels. Mais la dichotomie "gentils Noirs/ méchants Blancs" a fini par me taper sur le système.

Tout cela doit bien sûr être lu dans le contexte du "Sorry day" australien, le jour de repentance pour les crimes commis contre les Aborigènes (notamment l'enlèvement d'enfants à leur famille: ceux qu'on a appelés la Stolen generation). En février dernier, le nouveau premier ministre australien, Kevin Rudd, a d'ailleurs fait un discours officiel d'excuses.

Cette culture de la repentance m'exaspère: en quoi les Australiens blancs de ma génération, nés dans les années 80, devraient-ils se sentir coupables et s'excuser? En quoi sont-ils responsables des crimes commis contre la Stolen Generation? En fait, le mot "sorry" ne cache qu'une chose: la culpabilité d'être Blanc. Une sorte de racisme inversé, en somme...

22 avril 2008

Mère au foyer et écrivain

Peut-on écrire quand on est mère au foyer avec des enfants en bas âge?

C'est le pari qu'a fait Tessa Hadley, une Britannique auteure de trois romans (dont Incidents domestiques publié chez Lattès en 2005). Son dernier roman, "The Master Bedroom" a été sélectionné pour le Orange Prize 2008.

Tessa Hadley a aujourd'hui une cinquantaine d'années. Quand ses enfants étaient plus petits, elle avait l'habitude d'écrire trois heures par jour:

"While I was at home with my children, I wrote routinely, fitting it in when I could, some short stories and probably three novels. I didn't know much about the business of getting published, and now I realize the rejection letters I got were actually quite encouraging. At the time it seemed like a failure, so I would put the piece away and mourn it", dit-elle dans cette interview.

L'écriture lui apparaissait alors comme un espace de liberté, de "me time".

Après avoir repris des études dans les années 1990 (MA de creative writing, puis PhD), Tessa a donné son manuscrit à un collègue et ami, qui l'a montré à un agent. Et hop, deux semaines après, le contrat était signé.

La morale de l'histoire? Tessa Hadley fait partie de ses écrivains-par-nature, pour qui l'écriture est un besoin et non une distraction. Les enfants en bas âge, le "landau dans le hall" n'y changent rien, les lettres de refus des éditeurs non plus.

Aujourd'hui, les enfants de Tessa Hadley ont quitté le foyer. Elle continue à écrire, comme elle l'a toujours fait. Et son dernier roman, "The Master Bedroom", est très réussi: je l'ai pratiquement terminé (il m'en reste 17 à lire sur la sélection Orange Prize...)

Rentrée littéraire 2008

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