Il n'y avait pas grand monde ce soir-là pour entendre Faïza Guène. Son deuxième roman, "Du rêve pour les oufs", vient pourtant d'être traduit en anglais: pas mal, pour une fille de 24 ans! La première a prendre le micro est la traductrice, une Anglaise un peu rondouillarde qui passera ensuite sa soirée à rigoler. Car Faïza a beaucoup d'humour! Elle peut même faire des blagues en arabe et les traduire en français! Pour traduire "Du rêve pour les oufs", l'Anglaise s'est faite aider par une spécialiste en argot français/ anglais. La spécialiste en question - superbe Black, ancienne Miss-je-ne-sais-quoi, très glamour dans sa robe africaine - s'est révélée une lectrice remarquable. Dans sa bouche, le texte anglais pulsait vraiment.
A tel point qu'en comparaison, la lecture de Faïza faisait vraiment timide et un peu bancale. Car Faïza l'a dit et l'a répété: elle écrit sur des personnages ordinaires, elle en a marre de ce mythe de l'écrivain inspiré, elle se voit juste comme une fille de banlieue, pas comme un porte-parole. Mais cinq minutes plus tard, elle nous sort un grand discours sur l'horreur du massacre des manifestants algériens à Paris, en 1961. Pas à une contradiction près...
A une dame qui lui demande "comment écrivez-vous?", Faïza répond: "Il faut juste que je sois bien, pas triste . . . faut pas que j'ai des trucs pleins la tête, quoi!" Même son accent ne fait pas racaille, juste provincial monté socialement un peu trop vite.
Lorsque je lui ai demandé quelle était sa relation avec son éditrice (après ses propos très critiques sur le milieu de l'édition dans le Guardian), elle m'a répondu: "Avec mon éditrice, on s'entend super bien. J'ai eu pleins de propositions pour aller voir ailleurs, mais pas moyen, je lui suis fidèle!"
J'aurais bien aimé creuser un peu la question, histoire de dépasser la langue de bois. Mais Faïza m'a franchement dit qu'elle n'avait pas le temps pour un Podwrath. J'ai quand même obtenu son adresse email, donc j'espère qu'elle va répondre à mes questions. Histoire de vérifier si cette image de fille ordinaire, si ordinaire, est bien conforme à la réalité...
PS: pour le lecteur qui voulait savoir si Faïza compte dédicacer son prochain roman à Marseille, eh bien, la réponse est probablement négative. "On ne m'invite jamais à Marseille", m'a-t-elle répondu...

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