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23 juin 2008

Critiquer l'islamisme? Impossible, my dear!

Amis_mcewan_rushdie "Je méprise l'islamisme"

Qui est l'auteur de cette saillie?

  1. Maurice Dantec
  2. Michel Houellebecq
  3. Ian McEwan

Il s'agit bien de ce dernier (quoi que Dantec et Houellebecq ont sûrement dit la même chose à un moment ou à un autre...)

Ian McEwan est un des auteurs stars en Grande-Bretagne. Dans cette interview, il prend la défense de son ami Martin Amis, qui est régulièrement critiqué pour ses positions jugées racistes.

Et voilà ce qu'affirme Ian McEwan (attention aux âmes sensibles: la violence de tels propos est insoutenable):

"Moi même je méprise l'islamisme, car je déteste la société qu'ils veulent créer, une société fondée sur la croyance religieuse, sur le texte [sacré], sur le manque de liberté pour les femme, sur l'intolérance vis-à-vis de l'homosexualité"

Les propos de Ian McEwan pourraient lui valoir une enquête policière: le "hate crime" est en effet une infraction définie de façon très large.

Selon le Home Office (= Ministère de l'Intérieur): "Any incident, which constitutes a criminal offence, which is perceived by the victim or any other person as being motivated by prejudice or hate."

En clair, il suffit qu'un fanatique estime que Ian McEwan était influencé par les préjugés ou la haine, et hop, enquête et éventuellement procès.

Décidément, le Royaume-Uni n'est plus le paradis des civil liberties. Je commence d'ailleurs à me sentir à l'étroit dans une société où les écrivains ne peuvent plus donner leur avis sans être traité de racisme et menacé de procès...

Pour ceux qui s'intéressent à Ian McEwan, son dernier roman "On Chesil Beach" sortira en septembre chez Gallimard. Voir mon compte-rendu ICI

Sce de l'image

11 juin 2008

Rentrer en France? Plutôt mourir!

Vaches Mon bookclub, qui comprend déjà 3 Australiennes, une Finlandaise et une Portugaise, s'est enrichi d'une nouvelle recrue: Aude, qui est Française bien qu'elle n'en ait pas le physique (cheveux roux clair et tâches de rousseur).

Elle me raconte que son fiancé est fonctionnaire dans une province quelconque, St-Jean-les-trois-horloges, quelque chose dans le genre. "Je rentre en France tous les week-ends pour le voir", me raconte-t-elle en sirotant un demi de Kro. Je lui demande s'il compte venir la rejoindre à Londres.

"Bah non, c'est compliqué pour les fonctionnaires. Je pense plutôt que je vais rentrer en France...enfin, si j'arrive à trouver un job là-bas!"

Je manque de m'étouffer avec ma pint de Sierra Nevada. Pas une seconde il ne m'était venu à l'esprit qu'une fille de mon âge, parlant un anglais excellent, ayant un job à responsabilité in London puisse vouloir rentrer en France.

Personnellement, autant je commence à envisager un déménagement au Canada ou aux Etats-Unis, autant l'idée de repartir en France me paraît impensable. Plutôt mourir que de subir la mentalité étriquée de ces Franchouillards jamais sortis de leur belle patrie, méfiants vis-à-vis de la mondialisation, de l'immigration, du libre-échange. Je suis à l'aise avec des gens qui partagent mes valeurs: ouverture sur le monde, envie de découvrir un maximum de cultures, envie de vivre sans racines ni frontières.

Comme me l'a dit une amie finlandaise, "Paris, c'est bien pour un week-end. Mais s'installer là-bas...ça a l'air compliqué, non?" J'ai bien sûr approuvé: la France est un repoussoir bureaucratique. Donc à moins d'avoir un boyfriend fonctionnaire et de fantasmer sur la province, you'd better stay in London...

02 juin 2008

Romans à l'eau de rose et méritocratie

Penny jordan "Je n'arrive pas à me souvenir de mon dernier livre. J'en ai écrit tellement! Je ne choisis même pas les titres. Je suis à court d'idées!", affirme Penny Jordan, l'auteure de plus de 100 romans, dont l'inoubliable "Possédée par le Sheik" publié chez Mills & Boon. (Sce: The Independent, 29/05)

Eh oui, écrire des romans à l'eau de rose demande un travail de tous les instants. A sa grande période, Penny Jordan (qui a aujourd'hui 61 ans) écrivait 10 à 11 livres par an. Avec à chaque fois les mêmes ressorts dramatiques: le héros doit réaliser qu'il aime l'héroïne, puis consentir à des sacrifices pour vivre avec elle. Bien sûr, les obstacles sociaux ou religieux sont faits pour être surmontés. Et l'amour triomphe toujours à la fin...

Ce que je trouve étonnant, c'est qu'une maison d'édition comme Mills & Boon puisse continuer à prospérer, cent ans après sa création. Qui a envie de lire "Hot Nights with a Playboy"? Ou "Master of Pleasure"? Sérieusement ?

Mais au fond, les romans à l'eau de rose répondent à un besoin de fiction des milieux modestes. Avant de devenir un pilier de Mills & Boon, Penny Jordan était secrétaire. Elle s'est depuis mariée à un comptable.

Pour se faire publier, Mrs Jordan n'a pas eu à courtiser le milieu littéraire pendant des années; elle a simplement répondu à un concours organisé par la Romantic Novelists Association:

"there was an agent looking for new authors to write some Regency romances, under a fictional author he had created, called Caroline Courtney. Then I read Mills & Boon were expanding; I eventually got one book finished. To my utter astonishment they were interested."

En clair, la sélection méritocratique par le concours est offerte aux romanciers de genre (chick lit, polars, fantastique,...) Ceux qui ont la prétention d'écrire de la "haute littérature" peuvent toujours envoyer leur roman par la Poste. Et collectionner les lettres-types de refus...

27 mai 2008

Bluestockings @National Portrait Gallery

Bluestockings Si vous êtes de passage à Londres, ne ratez pas l'exposition sur les "Bluestockings" à la National Portrait Gallery. Il n'y a que deux salles, mais l'ensemble donne un bon aperçu du courant des Lumières en Angleterre.

Au 18ème siècle, les "Bluestockings" (ou "Bas bleus") étaient des Londoniennes éduquées, qui se retrouvaient dans les salons. Elizabeth Montagu animait ainsi un des salons les plus en vue, où l'on parlait litérature mais aussi histoire et biologie.

En ça, les "Bluestockings" sont les cousines anglaises des Emilie du Châtelet et autre Julie de Lespinasse.

Bien sûr, les bas bleus ont attiré une avalanche de critiques. On les accusait entre autre d'être asservies aux idées révolutionnaires françaises. "Gallic frenzy", comme disaient leurs détracteurs...

Exposition à la National Portrait Gallery, Trafalgar Square, jusqu'au 15 juin.

05 mai 2008

Adieu Ken le rouge, bienvenue à Bonnet Jaune...

Borisking2 Boris Johnson, dit "Boris Bonnet Jaune" à cause de sa coupe de cheveux, a fait passer la mairie de Londres dans le camp des Tories (= parti conservateur).

C'est donc avec un petit pincement au coeur que je vois partir Ken Livingstone, surnommé "Ken le rouge" pour ses positions gauchistes radicales.

Mayor Ken a dirigé Londres pendant 8 ans et nous avait habitués au pire comme au meilleur. Le pire avec ses prises de positions en faveur de l'islam radical, et du régime d'Hugo Chavez. Le meilleur, avec l'amélioration du système de transport (augmentation des bus, introduction d'une carte unique de transport...)

Mais surtout, Ken Livingstone avait su comprendre l'essence de Londres: une ville multi-culturelle, globale, capable d'attirer les étrangers les plus qualifiés.

En comparaison de Ken, Boris "Bonnet Jaune" fait pâle figure. Il a pourtant fait un triomphe dans les banlieues de Londres, en promettant de supprimer la taxe de £25 contre les 4x4 et autres véhicules polluants.

Boris a également promis de lutter contre la criminalité des teenagers: 15 ados ont été tués à Londres depuis le début de l'année...

Et dans son discours d'investiture, "Bonnet Jaune" a reconnu que Londres ne serait jamais une ville de conservateurs. Voilà un point sur lequel je suis d'accord: contrairement à ce que croient les Français, la capitale britannique n'est pas le haut-lieu du capitalisme sauvage, mais plutôt un paradis pour bobos. Ou du moins, ça l'était sous le règne de "Ken le rouge"...

Source de l'image: The Londonist

18 avril 2008

Wyndham Lewis et le refus du copinage

Painting_by_wyndham_lewis La vie de Wyndham Lewis est la preuve qu' "un talent prodigieux et largement reconnu n'est pas suffisant pour asseoir sa réputation: le léchage de bottes, la capacité à mentir ou à se mordre la langue pour ne rien dire, sont souvent nécessaires pour faire carrière [en tant qu'écrivain]", peut-on lire dans ce post du Guardian.

Wyndham Lewis est un peu le Céline britannique: un écrivain résolument moderne, avec ce côté "in-your-face" qui lui a valu d'innombrables ennemis.

Après avoir fréquenté toute l'avant-garde londonienne (T.S. Eliot, Ezra Pound, James Joyce,...), Wyndham Lewis participe à la Grande guerre. Cette expérience le laisse aigri: son retour à la vie civile le déçoit; le milieu littéraire britannique lui semble maintenant prétentieux et ridicule.

Bien sûr, il sait qu'il ferait mieux de se taire: qui a envie de se mettre à dos la famille Sitwell ou le groupe de Bloomsbury?

Pourtant, Wyndham Lewis choisit d'écrire "The Apes of God". Ne trouvant pas d'éditeur, il doit autopublier cette satire du "Tout Londres" des Lettres.

Le milieu littéraire ne lui pardonnera jamais: la presse, quand elle n'est pas hostile, passe sous silence son travail.

Pas étonnant quand on sait que Wyndham Lewis accusait les journalistes littéraires de copinage:

"A hundred books of fiction every month are referred to by eminent critics in language of such superlative praise that, were it the work of Dante that was in question, it would be adequate, though a little fulsome."

Lewis a payé cher son indépendance et son refus des compromissions: il passa ses dernières années dans la misère, et son oeuvre ne fut redécouverte que des années après sa mort.

[Bon, il ne me reste plus qu'à écrire une satire du milieu de l'édition pour suivre le chemin de ce Grand Homme...]

15 avril 2008

London Book Fair: Prière de ne pas toucher les livres

Blake_morrison La London Book Fair, c'est un salon immense avec tout le gratin du monde de l'édition. On est là pour parler affaires, contrats, digitization, next big thing, publishing's future... Bref, pas le genre de trucs qui devrait m'intéresser. Mais il y a quand même quelques rencontres/ signatures avec des écrivains, donc je me suis décidée à aller y faire un tour.

"Avec un peu de préparation à l'avance, votre visite devrait bien se passer", prévient le website. Je m'avance donc avec mon badge et mon plan vers l'entrée "Earl's court 2" (il y en a trois en tout), je passe la sécurité, et une fois la porte franchie, je suis aspirée dans la fosse. Un type en costard me fonce dessus, je l'évite de justesse, je serpente entre les assistantes en pantalon noir et pulls cashmire, je longe les stands au pas de course. Au bout d'un moment, alors que je croyais m'être perdue, je tombe sur le "Literary café".

Enfin, heureusement que le panneau prévient que c'est un café littéraire. Pour moi, c'est juste deux fauteuils posés sur une estrade, avec des trois rangées de bancs devant.

Le pauvre Blake Morrison, l'auteur de "And when did you last see your father?", a du mal à se faire entendre. Son micro couvre à peine le bruit du salon, son fauteuil est à côté du passage, les gens s'arrêtent deux secondes et repartent. La fille devant moi, cheveux blonds filasse, pantalon noir et pull cashmire, feuillette un catalogue de chick lit en entourant ce qui l'intéresse ("Sluty bitch", "A girl's guide to finding Mr Right",...) Blake Morrisson parle de South London et des renards: "Avant de m'installer à Londres, je n'en avais jamais vu autant; ça pullule! ça pullule littéralement!" La fille blonde se lève, son catalogue à la main, sans jeter un coup d'oeil à l'estrade.

Le "talk" dure depuis cinq minutes, et mes nerfs sont déjà à bout. Je repars dans l'autre direction, je passe devant un champagne bar avec pleins de belles filles et de costards, puis devant des stands égyptiens, allemands, français, je repère le roman de Thomas Clément sur un étalage Diable Vauvert, je m'avance mais je sens que tout le monde me regarde.

"Prière de ne pas toucher les livres", c'est LA règle implicite de la London Book Fair. Je doute qu'aucun écrivain, ou simple lecteur, s'y sente à l'aise. Blake Morrison doit sûrement être de mon avis...

12 avril 2008

Faïza Guène à Londres

Faiza_guene Faïza Guène, l'auteur de "Kiffe kiffe demain", est de passage à Londres: elle participe à "Free the World", un festival littéraire avec des intervenants prestigieux (on compte Salman Rushdie, notamment).

Ce qui me fait un peu rire, c'est que le milieu littéraire parisien n'a que mépris pour Faïza Guène (accusée, entre autre, d'être un simple produit marketing pour la "jeunesse des banlieues").

Les Britanniques, au contraire, la comparent à Zadie Smith. Pour eux, Faïza Guène incarne le "multiculturalisme à la française": ses romans parlent d'une France que les étrangers connaissent peu, la France des cités.

Finalement, Faïza Guène, avec son écriture naïve et pas toujours aboutie, a réussi à toucher des lecteurs. Sachant qu'elle a seulement 22 ans, c'est une sacrée prouesse...

08 avril 2008

Chimamanda Ngozi Adichie à Londres

Adichie460 Chimamanda Ngozi Adichie, l'auteur de "Half a yellow sun", était de passage à Londres. Et vous me connaissez, autant je déteste les soirées littéraires, autant je ne raterais pour rien au monde le "talk" d'un auteur que je respecte.

La discussion avait lieu au Bloomsbury Theatre, près de Russell Square (LE quartier littéraire de Londres, depuis Virginia Woolf et consorts). Il devait y avoir environ 100 personnes, dont pas mal de British-Blacks.

Adichie est arrivée sur scène habillée sexy: jupe, bottes en cuirs à haut talons, et chemisier jaune vif à manches courtes. "She's adorable", a soufflé ma voisine.

Belle, talentueuse et successful: Adichie a tout pour elle. Son objectif avec "Half a Yellow Sun" (parler d'un conflit largement oublié, la guerre du Biafra) a été largement atteint.

Si ce roman n'avait pas obtenu le Orange Prize en 2007, je ne l'aurais probablement jamais lu (comme beaucoup d'autres lecteurs qui lisent peu de fiction africaine...)

"Do you feel you have become the conscience of Nigeria?", lui a demandé un type de l'audience. Chimamanda s'est mise à rire: "C'est un peu prétentieux, tout ça! Dès qu'un Africain écrit, il doit forcément devenir un porte-parole. Jamais on n'exigerait la même chose d'un écrivain européen..."

[Pour commander "Half a Yellow Sun", c'est ICI]

01 avril 2008

Quand les éditeurs commentent les textes de wannabes...

Disneylandnoel Que faire de la slush pile (= pile des manuscrits envoyés par des wannabes)?

Random House, un des plus gros éditeurs britanniques, a décidé de transmettre une partie de ces manuscrits à Youwriteon.com.

Le principe est simple: les textes sont commentés par les lecteurs du site, puis un classement des dix meilleurs apparaît pour chaque genre.

Et chaque mois, les éditeurs de Random House commentent en détail les textes du Top 10.

Je trouve l'initiative intéressante: imaginez qu'un éditeur de Gallimard ou de Flammarion vous laisse un commentaire sur votre roman. C'est toujours mieux que la lettre-type de refus...

Et apparemment, Random House et sa filiale Transworld ont déjà signé un auteur découvert par YouWriteon.com. Le roman s'appelle "Caligula" et est signé Doug Jackson.

Je sais que tout cela fait un peu conte de fée. A mon avis, Youwriteon.com permet surtout à des auteurs comme Patricia J. Delois de se faire connaître: son roman a été élu "Book of the Year" et a été publié par un éditeur online.

A quand l'équivalent de Youwriteon.com en France?

Rentrée littéraire 2008

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